Thierry Roisin, metteur en scène de « La tempête »:« Rendez-vous à Paris en 2016 ! »

Thierry Roisin, metteur en scène, poursuivait des études littéraires d’allemand et de suédois à Paris, avant de devenir comédien. Formé sur le tas, il intègre pendant dix années plusieurs compagnies théâtrales. Il fonde avec la complicité́ de François Marillier, percussionniste et compositeur, la compagnie Beaux-Quartiers. Un réseau d’artistes proches accompagne régulièrement ses créations, parmi lesquels Jean-Pierre Larroche, scénographe, Gérald Karlikow et Christian Dubet, éclairagistes, Frédéric Révérend et Olivia Burton, dramaturges. De 2004 à 2013, il dirige la Comédie de Béthune, Centre Dramatique national du Nord / Pas-de-Calais. Il reprend ensuite ses activités au sein de la compagnie, avec La Tempête, de Shakespeare, qui a été créée à Ouagadougou en novembre 2015.

Comment avez rencontré les acteurs burkinabè ?
Je dirige une troupe théâtrale en France. Après avoir travaillé plusieurs années dans l’institution et avoir dirigé un centre dramatique national, j’ai eu l’aventure théâtrale hors du commun de monter pour la première fois une pièce théâtrale de Shakespeare. Je tombe sur La tempête, dernière pièce de Shakespeare, avec une chose très particulière évoquant les esprits. Chez nous en Occident, les esprits, nous n’avons pas du commerce avec eux. Quand j’ai décidé de travailler sur cette pièce, je me suis dit qu’il fallait peut être allé à la rencontre d’une autre communauté pour qui ce commerce était encore plus vivant et voilà le hasard a voulu que ce soit le collectif Bénéré. Un Collectif d’acteurs burkinabè. Nous avons fait des ateliers de travail et l’envie de mener ce projet est venu.


Comment vous vous sentez après avoir monté pour la première fois une telle pièce ?

Pour un metteur en scène, monter pour la première fois une pièce de Shakespeare, c’est un peu comme le premier tour de France pour un cycliste, le premier immeuble pour un architecte, le premier vol-au-vent d’un cuisinier, la première traversée de l’Atlantique pour un navigateur, la première sonnante de Beethoven pour un pianiste, le premier but en reprise de volée d’un footballeur, le premier albatros d’un ornithologue. Vous pouvez bien faire semblant de regarder ailleurs, de le contourner, quoique vous fassiez, un jour ou l’autre, il s’approche un peu plus près et il vous dit : « Now, come on ! ». Et là, vous n’avez pas le choix. Vous êtes saisi à la fois par un mélange d’inquiétude et d’excitation, comme avant un long voyage qui va compter. Et vous vous mettez au travail !

Combien de temps avez-vous consacré pour la mise en scène de cette pièce ?
Pour moi, ça fait un an de travail. Et pour les acteurs, deux (02) mois. Par exemple le rideau de capsules que vous avez vu, nous avons pris deux mois pour le confectionner.

Pour cette première représentation au CITO, comment jugez-vous la réaction du public ?
Pour moi, on a assisté un beau spectacle en communion totale avec les spectateurs. Pareil à l’Institut français où elle a été jouée le 07 novembre 2015.

Quel message voudriez-vous faire passer à travers cette représentation ?
Je vais être très honnête avec vous. Je ne fais pas du théâtre pour délivrer des messages. Ce qui m’intéresse, c’est de poser des questions plutôt que de délivrer des messages. Shakespeare nous montre que l’homme est traversé de quantité de désirs, de sensations, qui font que la vie n’est pas si simple. Par exemple parmi les personnages il y a des ivrognes, des gens du pouvoir qui sont des arrivistes. La vie est faite de cela. Comment trouver une place dans ce grand mélange qui se joue à l’intérieur de chaque homme ? Voilà c’est ce qui m’intéresse.

Cette pièce sera caractérisée aussi par un mélange linguistique : du mooré, du dioula, de l’anglais, du français. Pourquoi cela ?
C’est une inspiration venue des acteurs qui ont jugé bon de faire ce mélange pour donner plus d’originalité. Si certains termes ont été également « réactualisés », en tenant compte du contexte de la création, ce qui a été avant tout recherché est de l’ordre de l’évidence poétique.

Pourquoi avez-vous fait de Prospero, le duc, un noir ?
Il faut dire que cette pièce-là est toujours jouée avec Caliban (esclave) noir et Prospero (duc) blanc. C’est en discutant avec les acteurs qu’on a eu envie de faire l’inverse pour ne pas retomber sur une question de colonisation de façon frontale. Le fait également d’inverser avec un Prospero noir et un Caliban blanc, nous permettait d’aborder la question de manière plus large qui est celle de la supériorité d’une culture sur l’autre ou plutôt comment une certaine personne de posséder la vérité cherche à la transmettre à l’autre ?

Une telle représentation a dû vous coûter certainement une fortune !
Evidemment ; c’est beaucoup d’argent. Il faut bien payer tous les acteurs, les techniciens, les musiciens ainsi que les accessoires, etc.

Avez-vous d’autres projets ?
Oui ! Après ici, la pièce sera jouée à Paris en janvier et février 2016.

Sougrinoma Guigma

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *