Statut de l’artiste au Burkina Faso : Enfin le bout du tunnel ?

«…Les Etats membres devraient s’efforcer de prendre les mesures utiles pour que les artistes bénéficient des droits conférés à un catégorie comparable de la population active par la législation nationale et internationale en matière d’emploi, de conditions de vie et de travail, et veiller à ce que l’artiste dit indépendant bénéficie dans des limites raisonnables d’une protection en matière de revenu et de sécurité sociale…» .(Recommandation de l’UNESCO relative à la condition de l’artiste adoptée le 27 octobre 1980, p.27)
Il est de plus en plus question de «Statut de l’artiste» au Burkina Faso. S’il existe généralement dans la législation sociale de pays occidentaux, américains, etc., certaines règles spécifiques applicables aux artistes, il faut convenir que le Burkina Faso, en la matière, est en passe de relever le défi. Même si récemment les textes d’application de la réglementation sur le Statut de l’artiste ont été adoptés, plus d’un se pose la question de savoir comment tout cela pourra être mis en œuvre dans un univers où rien n’est jamais acquis.
En Belgique par exemple, pour les artistes, « la loi a étendu, depuis le 1er juillet 2003, l’application du régime de sécurité sociale des travailleurs salariés, à toutes les personnes qui, sans être liées par un contrat de travail, fournissent des prestations artistiques et/ou produisent des œuvres artistiques contre paiement d’une rémunération pour le compte d’un donneur d’ordre, personne physique ou personne morale » (www.smartbe.be). Cependant, à chaque pays ses spécificités juridiques et règlementaires.
S’il y a des avantages certains pour les artistes à bénéficier d’un statut de reconnaissance professionnelle, avec toutes les opportunités que cela offre, il n’en demeure pas moins que ce statut exige, en retour, des garanties de preuves, de professionnalisme, de qualité et de rentabilité financière reconnues par des structures ou commissions mixtes de reconnaissance ou de validation (à mettre sur pied).
Par exemple, n’importe quel quidam ne serait pas autorisé, sans expérience ni pratique professionnelle confirmée, dans la durée, à s’autoproclamer artiste, du simple fait de son affiliation au BBDA (Bureau burkinabé du droit d’auteur), comme c’est le cas actuellement. Parce que, posséder juste la carte de membre de cette institution de protection des droits d’auteur (qui elle-même devrait reconsidérer le mode et les conditions d’affiliation en tant que membre) ne justifie ni du professionnalisme ni de la compétence des bénéficiaires (allusion est faite surtout au domaine de la musique). Cet état de fait est source de confusion professionnelle, d’usurpation de rôle et de compétence, de revendications populistes inopportunes et asphyxiantes, un frein à l’excellence et à l’épanouissement du professionnalisme et des professions artistiques.
Ces dernières années, il nous a été souvent donné de constater l’arrogance et le populisme exacerbé de groupuscules de pressions et de chantages égoïstes (association de deux à cinq personnes, souvent moins que cela) qui se sont accaparés et continuent de s’accaparer, indument et pompeusement, de l’environnement médiatique et professionnel, surtout dans le domaine de la musique où les imposteurs sont légion. Le statut de l’artiste devrait permettre de mettre de l’ordre dans le charivari magnifié qui est devenu une source de revenu pour beaucoup de « périphériques artistiques », la sève nourricière d’une forme de corruption généralisée, de trafics d’influence et de passe-droits, de la mendicité déguisée.
Gageons donc que le prochain gouvernement issu des urnes fera dudit statut de l’artiste son cheval de bataille pour le bien-être et l’émancipation des professions artistiques.
Sosthène Yaméogo
Professeur de musique

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