Souleymane Cissé, double Etalon de Yennenga: « Le but du Fespaco, c’était d’unir le continent »

Double lauréat de l’Etalon de Yennenga (avec Baara en 1978 et Finyè en 1983), Souleymane Cissé était à Paris pour la conférence internationale de presse du FESPACO. Infos Sciences Culture l’a rencontré le 16 janvier 2019. Avec lui, les échanges ont porté sur ces projets en cours, son avis sur le FESPACO et son évolution, ses souvenirs du festival, etc. Pour ce cinquantenaire du festival, il réserve une belle surprise aux jeunes. Lisez plutôt… 

Nous sommes là pour la conférence internationale de presse du FESPACO (NDLR : la rencontre a eu lieu le 15 janvier 2019 au siège de l’UNESCO), que pensez-vous de ce rendez-vous qui est pratiquement récurrent ?

Cette année, pour moi, c’est assez symbolique parce que ça se passe à l’UNESCO. Je crois qu’on ne peut pas avoir une plus grande lumière que ça. On attend de voir les films parce que c’est la raison de cette conférence de presse. Et je pense que lors cette édition, on doit avoir de très bons films.

Vous êtes l’un des rares réalisateurs à avoir deux Etalons de Yennenga, mais depuis un moment, on a plus de vos nouvelles. Est-ce que vous nous préparez une surprise ?

Comme d’habitude, je n’aime pas parler de mes projets avant de les réaliser. On se prépare. Au moment opportun, vous verrez.

Pour cette édition qui coïncide avec le cinquantenaire, il s’agit de parler de la mémoire et de l’avenir du cinéma africain. Vous qui avez remporté deux Etalons, racontez-nous comment le festival était à votre époque ?

Le FESPACO à l’époque, c’était d’abord l’envie d’exister. Aujourd’hui, l’Etalon vaut vingt (20) millions. A nous, on nous a donné seulement une attestation et d’ailleurs je le réclame au délégué général du FESPACO, il faut qu’il me verse mes quarante (40) millions (Rires). Ceci dit, je pense effectivement que nous sommes à un tournant décisif et que la nouvelle génération doit se dire que des hommes et des femmes se sont battus pour qu’ils existent ; et quant ils existent, il faut qu’ils arrivent à dépasser les frontières. Et c’est cela l’intérêt du festival. Il faut que le cinéma africain dépasse nos frontières. C’est pour cela que nous nous sommes battus. Je crois que la nouvelle génération va continuer cela.

De bons souvenirs ?

Vous savez, c’est toujours une surprise quand un prix tombe. D’abord, j’étais là avec « Bara ». Vraiment, je ne sais comment vous expliquer avec toute la modestie. J’ai reçu ce prix et cela m’a fait plaisir.

Des souvenirs de quelques personnalités ?

Là, je ne peux pas parce que le temps a effacé un peu la mémoire.

Les bons moments passés avec Idrissa Ouédraogo, Gaston Kaboré, Sembène Ousmane…

Vraiment, je dis que ce sont des moments inoubliables pour nous. Il n’y a qu’une seule famille, c’est l’Afrique. On ne sait pas qui est de quel pays et cela était extraordinaire. Nous avons dépassé ces frontières. Je pense que c’est le but du FESPACO d’unir le continent et c’était des moments très forts. On était en famille, entre frères et sœurs. On se côtoyait, on faisait la fête.

Il y a eu un sujet évoqué lors de cette conférence, celui des archives du FESPACO. Aujourd’hui, on est obligé de demander à la France… pour avoir les avoir. Pour vous, comment doit-on gérer cela vu le thème de cette édition ?

C’est très grave ce qui se passe. Ce n’est pas seulement avec le cinéma et l’audiovisuel. L’archivage est un véritable problème dans nos pays. Nos administrations n’ont pas conscience de la valeur des archives. Le monde se construit sur des archives et si nous négligeons nos archives, nous sommes obligés d’aller demander ailleurs. Et c’est ce qui arrive à tous les pays d’Afrique.

Qu’attendez-vous concrètement de la célébration de ce cinquantenaire ?

J’avoue que j’attends de voir un film qui sorte de l’ordinaire. Ma vision, elle est basée sur l’image. Et le film qui me fera évader sera la plus grande surprise.

Vous avez encore beaucoup à donner à la nouvelle génération…

Je pense qu’on a toujours des choses à donner à cette génération. J’ai un DVD, un film que j’ai réalisé sur Sembène Ousmane et je voudrais qu’il soit vu par les nouvelles générations. Ce n’est pas une leçon mais c’est un film qui marque son temps et qui se projette dans le futur.

Comment le FESPACO a-t-il survécu aux difficultés tout au long de ces années ?

Le FESPACO a survécu parce que les cinéastes ont adhéré à la vision. Ils l’ont créé eux-mêmes et je pense qu’il pu avancer malgré les difficultés pour donner au festival l’élan qu’il fallait. C’est pourquoi le cinquantième anniversaire est très important.

Faut-il opté pour les films commerciaux ou faut-il continuer à faire des films d’auteur ?

L’un ne gène pas l’autre. Il faut continuer à faire des films. Il faut qu’il y ait des industries de cinéma. Les films commerciaux et ceux d’auteur vont tous ensemble. Il ne faut jamais les distinguer. Mais il faut qu’ils soient dans le même bateau pour faire avancer le cinéma.

La FEPACI est en train de revenir et d’occuper son siège à Ouagadougou. Cette association des cinéastes a également beaucoup souffert un moment. Quel est votre commentaire ?

Je n’ai pas de commentaire. Cette souffrance est peut-être due aux hommes. L’Afrique a des problèmes et ce sont les hommes qui nous gèrent, qui nous dirigent. Le jour où nous aurons l’homme qu’il faut à la place qu’il faut, je pense que ce sera un grand pas en avant. C’est tout ce que je peux vous dire.

Cyr Payim Ouédraogo

Retranscription : Jean-Yves Nébié

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