Sessouma Yassala, ingénieur de son: « En 50 ans, le FESPACO a fait ses preuves… »

La 26ème édition du Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO), commémorant son cinquantenaire, fera son ouverture officielle le samedi 23 mars 2019. Pour se remémorer les beaux jours de cette biennale, notre rédaction va à la rencontre des acteurs du cinéma. Sessouma Yassala, Ingénieur Son a bien voulu se prêter à nos questions. Ayant intervenu dans une soixantaine de films, il a aussi joué le rôle de scénariste et d’assistant réalisateur. Désormais à la retraite, il a occupé le poste de Directeur du développement du contrôle de la production et de la diffusion à la direction générale du cinéma et de l’audiovisuel. Entretien !

Présentez-vous à nos lecteurs…

Je suis Sessouma Yassala. J’ai commencé d’abord fait ma formation à l’Université de Ouagadougou. J’ai fait deux (02) années de Lettres Modernes avant de passer mon test pour aller à l’Institut Africain d’Education Cinématographique (INAFEC). J’y ai fait trois (03) ans en étude générale et je suis sorti avec une Licence. Le cinéma et l’audiovisuel sont une même entité parce que quand on dit audiovisuel, cela requiert la sollicitation de l’ouïe et de la vue c’est-à-dire le son et les images. Je suis allé faire une spécialisation en son à Paris. J’ai également fait un approfondissement en audio et je suis revenu en tant qu’opérateur de prise de son. Quand on dit opérateur de prise de son, c’est quelqu’un qui mène de bout en bout la prise de son au plateau et qui peut faire même la prise de son en studio. C’est à ce titre que j’ai participé à plusieurs films en tant qu’assistant de prise de son ou perchman. Je suis intervenu dans une soixantaine de films. Et c’est par la suite que je me suis intéressé à l’administration. Le réalisateur Gaston Kaboré m’a appris à étudier le scénario et c’est fort de cela que j’ai fait des stages pour étudier l’écriture de scénario.

Le travail d’un Ingénieur Son consiste à assurer la gestion du son dans les secteurs d’activités que sont le cinéma, la musique, la radio, la télévision…Quel rôle jouez-vous concrètement ?

L’ingénierie consiste à voir en quoi il faut fabriquer la bande son. La bande son comprend les dialogues des gens, les bruits qu’on appelle ambiance. Cela permet d’améliorer la qualité de la bande son. Généralement pour progresser dans la bande du son, on commence par être un assistant son ou perchman. C’est celui qui est chargé de l’emplacement microphonique. Il y a des sons qu’on prend directement et des sons qu’on peut ajouter, par exemple, une musique préexistante pour faire l’ambiance d’un film. La musique de film est différente de la musique préexistante qu’on peut prendre et mettre dans un film. Vous avez des banques de sons qui sont du genre ‘’Vent qui souffle’’, ‘’Tonnerre qui gronde’’, ‘’Ambiance fôret’’ etc. On ne peut pas se passer de ces banques de sons qui sont des sons préexistants mais qui peuvent enrichir la bande son. L’objectif dans la fabrication de la bande son est de rendre le plus réaliste ce qu’on voit. Pour que ce soit vraisemblable, il faut qu’il y ait un son qui accompagne l’image pour lui donner une autre vie pour améliorer son réalisme. On a beau utiliser tous les subterfuges, si je vois le film qui doit avoir un son, tant que cela ne projette pas dans quelque chose d’existentielle, c’est inutile. Ce sera une juxtaposition de sons.

En quelle année vous êtes-vous lancé dans la prise du son sur les plateaux de tournages cinématographiques ?

En tant qu’assistant réalisateur, j’aimais bien le son et j’ai commencé dans les années 1983 avec des ainés tels que Issa Traoré, Johanny Traoré qui travaillaient déjà dans le son. J’ai commencé avec eux comme assistant en prise de son. Ils m’ont appris ce que je devais faire pour ne pas entrer dans le champ de vision. Après, je suis allé en France pour me perfectionner, dans les années 1988, dans le métier d’opérateur de prise de son. Je suis revenu dans les années 1990, avec le profil de chef opérateur de prise de son. Le chef opérateur de prise de son est le chef de l’équipe de prise de son mais l’ingénieur du son est celui qui règle la rentrée de tous les sons avec les différents canaux et les curseurs. Tout ce qu’on peut faire faire par un son comme variation pour améliorer la qualité de la bande sonore. Il faut vraiment l’aimer. C’est comme on aime à nous le dire, le son est mesquin parce qu’on a par exemple dans une équipe de tournage, deux (02) ou trois (03) personnes qui prennent le son sur une quinzaine de personnes autour du réalisateur et presque tout le reste tourne autour de l’image. Il y a rare de réalisateurs qui travaillent en fonction du son. Et ceux avec lesquels j’ai tourné, on a par exemple Guy Désiré Yaméogo et Gaston Kaboré qui mettent l’accent sur le son car pour eux, le son ne vient pas s’ajouter à l’image mais plutôt vient multiplier la compréhension du visuel.

Vous êtes intervenu dans une soixantaine de films. Pouvez-vous nous en citer quelques-uns ?

Il y a des films où je suis également intervenu en tant qu’assistant réalisateur, scénariste. Pour les films où j’ai été ingénieur de son, je peux citer : «Sankofa» en 1993 réalisé par Haile Gerima (Ethiopien), « Kawilasi » de Abalo Kilizou Blaise (Togolais), « Un pas deux pas » et « Si longue que soit la nuit le jour viendra » de Guy Désiré Yaméogo. Egalement sur des feuilletons comme « A nous la vie » de Dani Kouyaté. En tant qu’assistant réalisateur, j’ai travaillé dans l’adaptation du livre « Au gré du destin » de Ansomwin Ignace Hien. En tant que scénariste, j’ai travaillé sur des films tels que « Ina » de Valérie Kaboré, dans L’avocat des causes perdues de Tahirou Ouédraogo. J’ai créé au moins huit (08) scénarios.

Avant, les films étaient en analogiques. De nos jours, on parle de l’ère du numérique. Quels sont les avantages et les inconvénients de ce revirement ?

L’avantage qu’il y avait à travailler en analogique et surtout sur le support celluloïd était que les supports étaient séparés. On pouvait plus ou moins bien travailler l’un des supports notamment au niveau du son par exemple, il y avait l’avantage de pouvoir faire des sons qu’on enregistrait en magnétique d’abord qui étaient arrangé puis reportés en report optique. Mais l’inconvénient c’était qu’il fallait travailler part à part les supports avant ce qu’on appelle l’injection du son au bord de la pellicule, ce qu’on appelle le report optique. Là, il y avait des limites ; ce qui est dû au fait que le son reporté sur le support ne pouvait pas avoir la qualité du son original qui était sur la bande magnétique à cause du support et des limites techniques. Il fallait travailler d’abord la pellicule d’un point de vue négatif avant de faire le tirage positif. Tout cela participait à faire des pertes en qualité en analogique par rapport au numérique. On disait analogique parce que selon l’intensité qu’on avait, la traduction en signal audio était plus ou moins fiable. Avec le numérique, nous avons l’avantage de pouvoir travailler et d’affiner d’un point de vue de la façon dont est transcodé le son, ce n’est pas la même chose à l’analogique. Théoriquement on aime dire que, que ce soit au niveau du cinéma de la pellicule ou celui de la bande magnétique qu’on utilise pour filmer en vidéo, on n’a presque pas de perte d’un point de vue qualité sonore. Avec le numérique, on a l’avantage de travailler plus ou moins directement et d’avoir un son plus fin ou d’avoir une image plus fine, plus définie par rapport à l’analogique. Donc, aujourd’hui, il y a de grands réalisateurs qui ne savent pas ce que c’est que le numérique. Ce sont nous les africains, compte tenu du fait que c’est un seul support et qu’on peut acquérir cela facilement que beaucoup se sont mépris, que le numérique peut permettre à tout le monde de devenir réalisateur. C’est vrai que cela permet à beaucoup de gens d’exercer mais cela n’enlève en rien la qualité technique et artistique que doit avoir un créateur pour avoir l’engouement de celui qui regarde. Nous les anciens, on nous dit généralement qu’on est trop attaché à l’analogique qui était très lourd. Des bobines pouvant atteindre 120 mètres. Aujourd’hui, on peut filmer avec une seule bande magnétique pendant des heures. En plus de cela, la pellicule coutait cher. On a aussi gagné en possibilité de faire une rentabilité mais, on a perdu à travers la facilité dans laquelle les gens tombent.

Le Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO) souffle ses cinquante (50) bougies cette année. Que pensez-vous de ce festival ?

En 1969, on parlait de première quinzaine du cinéma africain qui a été organisée au Centre culturel franco-voltaïque par des gens comme Sembène Ousmane. C’est un cercle d’amis qui avait pris l’initiative de projeter, pendant quinze (15) jours, des films africains pour que les Africains puissent voir leur propre cinéma. C’est en 1972 en réalité qu’a été institutionnalisé le FESPACO. Et c’est fort de l’engagement de la Haute Volta qui avait convié les cinéastes à Ouagadougou qu’on a institutionnalisé le FESPACO par décret de la Haute Volta. La télévision est d’essence un diffuseur. Il y a des diffuseurs qui donnent de l’argent pour pouvoir avoir, dans leurs programmes, des films qu’ils financent dès la production. Il y a plusieurs volets que sont la production, la distribution, l’exploitation et la diffusion qui entrent en compte. Moi je pense que pour ce cinquantenaire, nous devons faire une halte afin de voir le chemin qu’on a parcouru par rapport aux ambitions premières de ce festival. C’est de savoir si on a atteint les objectifs qu’on visait à savoir faire du cinéma et de la télévision un moyen d’intercommunication et de fabriquer des produits culturels qui peuvent nous permettre de mieux nous connaître et participer un tant soit peu au développement de nos différentes sociétés. On en a fait un instrument pour contourner la difficulté de langue qu’on avait. C’est fort de cela que la Haute Volta au temps de Sangoulé Lamizana avait décidé d’inscrire ce festival dans son programme de développement socioculturel et économique. Le cinéma et l’audiovisuel a pu apporter ce moyen d’expression qui est de se servir de l’image du son pour  communiquer. Des cinéastes ont souvent pensé que le cinéma était uniquement un moyen de lutte. Derrière le cinéma engagé, il y a ce cinéma de divertissement. Comment faire de cet instrument celui qui puisse nous permettre de nous distraire en nous cultivant. A cinquante (50) ans, le FESPACO a gagné en ‘’galons’’, mais on peut toujours faire davantage. C’est moins un problème de moyens qu’un problème de structuration. C’est de repenser une nouvelle économie du cinéma et de l’audiovisuel dans tous ses secteurs. Sans être obligé de faire de grands fora sur la politique du cinéma et de l’audiovisuel, on peut travailler à mettre en œuvre déjà les décrets et arrêtés sur lesquels on est convenu avec l’ensemble des acteurs du cinéma et de l’audiovisuel.

Avez-vous un appel à lancer au monde du cinéma ?

Au départ, on a concentré toutes les salles au centre-ville. Maintenant la ville est en train de s’étirer. Nous avons un projet de relance du secteur de l’exploitation en proposant la construction de salles standards qui ne seront pas des salles trop luxueuses mais qui vont permettre aux gens de pouvoir suivre nos films. L’ensemble des acteurs du cinéma doivent travailler la main dans la main pour qu’on puisse investir dans le cinéma. Il faut qu’on réfléchisse sur notre cinéma en tant que moyen capable d’insuffler un dynamisme à notre économie. Je n’ai pas besoin d’aller prendre une histoire française pour venir pendant que notre terroir est plein de contes et de légendes qui peuvent nous inspirer.

Entretien réalisé par Roland Kaboré

rolandkabore89@yahoo.fr

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