«russula sankarae»:Le champignon qui rend immortel le Pr Philippe Sankara

Les mérites des chercheurs burkinabè sont reconnus à l’international. Le Muséum national d’histoire naturelle de Paris a honoré en novembre 2014, le Pr Philippe Sankara en attribuant son nom à une espèce de plante : des champignons. En parlant de cette plante, les élèves, les étudiants, le monde de la recherche prononceront désormais, « Russula Sankarae ». 22 espèces de champignon dont 4 nouvelles ont été découvertes dans les forêts de Dindéresso à Bobo-Dioulasso et de Dan à Orodara à l’Ouest du Burkina Faso. C’est l’une des quatre espèces qui porte dorénavant le nom du Pr Philippe Sankara.

Lundi 12 octobre 2015, il est 16h à l’université de Ouagadougou. Rendez-vous est pris avec un éminent scientifique burkinabè honoré en novembre 2014 par le Muséum national d’histoire de Paris. Nous ressentons une grande fierté à l’idée de rencontrer ce grand monsieur que d’aucuns qualifient d’homme très pointilleux, bouillant mais très facile d’approche. A l’heure indiquée, nous étions donc face à notre interlocuteur, d’apparence sahélienne, très imposant par son physique et sa taille ainsi que par sa voix de stentor. Nous nous disions dans notre for intérieur qu’avec de tels enseignants dans nos amphithéâtres, nul point besoin de microphone pour se faire entendre. Nous sommes agréablement reçus par le Pr lui-même, qui commence par vanter le mérite de notre canard qui a décidé de jeter son dévolu sur les sciences et ses acteurs. « Ah ! L’initiative est très noble…Vous faites pratiquement œuvre de pionnier en la matière au Burkina et même dans la sous-région. Je viendrai m’abonner… », nous dit-il très souriant. Refermons cette parenthèse d’amabilités pour revenir aux raisons de notre visite chez le professeur. Il nous fit admirer son humilité, en nous demandant s’il pouvait nous présenter à son assistante, le Dr Elise Sanon dont la thèse de doctorat unique de l’université de Ouagadougou a été à la base de l’attribution de son nom à un champignon. Ce travail mené sous la conduite de Philippe Sankara a fait l’objet d’une soutenance le 7 mars 2015, sanctionnée par la mention « Très honorable avec les félicitations du jury ». « Nous avons accepté de travailler sur ces champignons parce que nous nous sommes rendus compte que nos parents les connaissent depuis de longues dates et les utilisent pour leur propre nutrition et pour la médecine », nous fait savoir le Pr Sankara comme une des raisons qui les ont poussés à s’intéresser à l’étude des champignons. Cela démontre une fois de plus la volonté des chercheurs à apporter leur touche pour le développement de la recherche. Selon Philippe Sankara, l’étude est très originale du fait que c’est la première fois que des recherches scientifiques ont été faites sur la diversité des russules du Burkina Faso. Ce sont 22 espèces qui ont été découvertes du genre Russula parmi lesquelles on dénombre 4 nouvelles espèces. « Ces 4 nouvelles espèces n’avaient été découvertes nulle part dans le monde », nous confie notre interlocuteur. C’est l’une d’elles qui porte désormais le nom du Pr Sankara. Pour lui, au-delà de l’acte de grande considération, il vient d’être immortalisé à jamais dans la communauté scientifique. « Si je venais à disparaître aujourd’hui, mon nom restera à jamais gravé dans les livres scientifiques au même titre que des noms scientifiques tels que « Parkia biglobosa ». Mais que peut-on retenir de cette nouvelle trouvaille baptisée du nom du natif du Passoré? Du latin russulus, rougeâtre, la russule, selon Le petit Larousse illustré de 2012, est un champignon basidiomycète à lames blanches à chapeau déprimé. Dans la famille des russulacées, certaines sont comestibles (charbonnière) et d’autres toxiques (émétique qui est indigeste). S’agissant des champignons auxquels s’est intéressé notre chercheur, ils sont comestibles et regorgent de nombreux avantages.

Des champignons à plus de 2 milliards de dollars par an !

Philippe Sankara informe que les champignons ont une valeur nutritionnelle très importante. « Les champignons macroscopiques comestibles comportent des carbones hydrates, des protéines, des lipides, des vitamines et sans oublier certaines substances qui apportent des éléments dont l’homme a besoin », déclare l’enseignant. Au-delà de cet aspect nutritionnel, il avoue que l’exploitation de ces champignons peut être d’un apport financier très rentable pour le Burkina Faso, partant pour les populations. C’est pourquoi il a pris l’exemple des pays développés qui ont un chiffre d’affaires de plus de 2 milliards de dollars, rien que dans l’exploitation des champignons. « En France, j’ai dénombré dans un supermarché 65 espèces de champignons macroscopiques qui s’achètent comme des petits pains. Par exemple, un kilo de truffe (champignon macroscopique) coûte 2000 euros», indiqué-t-il. Cet exemple montre combien l’exploitation et la commercialisation des champignons peut être bénéfique pour tous. Son ambition majeure, c’est de faire de l’exploitation des champignons au Burkina Faso, une activité génératrice de revenu. « Je souhaite qu’un jour au Burkina on puisse faire la cueillette des champignons comme celle des légumes qu’on pourra nettoyer, découper, sécher et vendre sur le marché comme le gombo séché », avance le scientifique avant de poursuivre qu’il travaille actuellement à produire des documents didactiques au profit des élèves afin que ces derniers puissent connaître mieux les champignons. Philippe Sankara a conduit de nombreux travaux sur l’étude des champignons. Il a conduit les travaux d’un étudiant qui a travaillé sur les champignons du Niger dans le parc W. Ce qui a abouti à une thèse ainsi que de deux diplômes d’études approfondies (DEA) sur les différents champignons. «C’est au regard de tous ces efforts que nous avons attiré l’attention de toute cette communauté scientifique C’est ainsi que le Muséum national d’histoire de Paris a décidé d’immortaliser notre action en donnant mon nom à un de ces champignons que nous avons découvert pour la première fois au Burkina Faso et au monde. C’est une des russules qu’on a nommé : Russula Sankarae », dit-il très ému.

Issa Karambiri

Le Professeur en bref!

Philippe Sankara est professeur titulaire de Phytopathologie à l’université de Ouagadougou. Il est l’ex-directeur de l’Ecole doctorale Sciences et Technique, responsable du laboratoire de biosciences (LABIOS) de l’unité de formation et recherche en Science de la vie et de la terre (UFR/SVT). Il a reçu plusieurs distinctions dont la médaille d’honneur du CORAF et lauréat du prix international (Recherche) du Roi Baudouin, la médaille de l’ANP II du Niger, Chevalier de l’Ordre des Palmes académiques, Chevalier de l’Ordre national et membre de l’Académie des Sciences du Burkina Faso.

Ce qu’il faut savoir sur les champignons!
Un champignon est un Cryptogame sans chlorophylle à croissance rapide dans les lieux humides et dont la reproduction s’effectue généralement par des spores. On parle de champignon hallucinogène dont l’indigestion peut provoquer des illusions psychosensorielles, voire des hallucinations. Certains champignons sont formés d’une cellule unique (levure). La plupart forment un réseau de filaments, le mycélium. Chez les champignons dit supérieurs, le mycélium souterrain se condense pour former des organes aériens portant les pores : ce sont les basidiomycètes (champignons à chapeau tels que les bolets et les amanites) et les ascomycètes (tels que les morilles et les truffes). Les champignons dits inférieurs comprennent des moisissures et de nombreux parasites végétaux (mildiou, rouille, charbon), des animaux et de l’homme (mycoses).
-Champignons comestibles : amanite des Césars, psalliote, fistule jeune, chanterelle, hydne, clavaire dorée, bolet bai, cèpe de Bordeaux, truffe, morille ;
-Champignons non comestibles : géaster hygrométrique, lycoperdon, polypore, fistule adulte, bolet Satan ;
-Champignons mortels : amanite vireuse, amanite phalloïde, cortinaire des montagnes.

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