Protection et promotion de la diversité des expressions culturelles: L’UNESCO recommande de « Re/Penser les politiques culturelles »

Dans le cadre du cinquantenaire du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou, tenu du 23 février au 02 mars 2019, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), a présenté son rapport mondial 2018 « Re/Penser les politiques culturelles ». Ce rapport montre les avancées et les défis dans la mise en œuvre de la Convention 2005 de l’UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Des progrès importants ont été faits, même si des défis importants doivent encore être levés.

Selon Danielle Cliche, Secrétaire de la Convention 2005 sur la protection  et la promotion de la diversité des expressions culturelles, quatre (4) principaux objectifs guident la mise en œuvre de cette convention : soutenir des systèmes de gouvernance durable de la culture ; parvenir à un échange équitable de biens et services culturels et accroître la mobilité des artistes et des professionnels de la culture ; inclure la culture dans les cadres de développement durable ; promouvoir les droits de l’Homme et les libertés fondamentales.

Les participants se sont dits satisfaits des résultats présentés

Pour le soutien des systèmes de gouvernance durable de la culture, des efforts énormes sont faits dans le monde. Des progrès notables ont été obtenus dans nombreux pays (mise en place de bases législatives favorisant l’accès à Internet, la liberté et la diversité des médias, les industries culturelles ; hausse des investissements dans la créativité numérique et l’entreprenariat ; mobilisation de la société civile sur les enjeux de politiques culturelles, etc.). Mais l’UNESCO a identifié de nombreux défis qui impactent l’accomplissement de cet objectif : Des budgets insuffisants pour mettre en œuvre les politiques culturelles dans leur intégralité ; le manque de capacités de la société civile pour avoir un réel impact sur les actions politiques ; des rémunérations injustes pour les créateurs dans le domaine du numérique ; les politiques des médias de service public ne bénéficient pas à tous les groupes de la société. Pour résoudre ces difficultés, il faut développer des plateformes structurées pour encourager le dialogue politique ; adopter des plans d’infrastructure sur le numérique ; fournir des ressources et compétences adéquates à la société civile ; investir dans la production de contenu local de qualité.

Ensuite, pour un échange équitable des biens et services culturels et l’accroissement de la mobilité des artistes et des professionnels de la culture, les progrès sont nombreux : augmentation des collaborations transnationales et de la mobilité dans les pays du Sud ; hausse du nombre de plateformes numériques, de réseaux et stratégies d’exportation donnant accès pour les pays du Sud aux marché de l’audiovisuel ; utilisation élargie des clauses culturelles dans les accords commerciaux bilatéraux et régionaux. Mais certains obstacles se présentent : des restrictions de voyage dans le climat sécuritaire mondial actuel ; des déséquilibres persistants des échanges de biens et services culturels à l’échelle mondiale ; des prises en compte limitées de la Convention de 2005 dans les accords de partenariats méga-régionaux. Pour parvenir aux résultats escomptés, il faut donc améliorer les procédures de visa pour les artistes ; mettre en œuvre des mesures d’aides pour le commerce et des traitements préférentiels ; accorder un statut spécifique aux biens et services culturels dans les accords commerciaux portant sur le commerce électronique.

Par ailleurs, pour la promotion des droits de l’Homme et les libertés fondamentales, les avancées sont entre autres : la prise de conscience de l’importance de promouvoir l’égalité des genres dans le secteur culturel ; de nombreuses mesures prises pour soutenir les droits économiques et sociaux des artistes, surtout en Afrique ; la présence croissante de villes refuges pour les artistes menacé. Par contre, il y a encore, malgré l’adoption de la Convention de 2005, la sous représentation marquée des femmes dans les rôles créatifs clés et fonctions décisionnelles ; l’accès limité des femmes aux financements et les écarts salariaux substantiels ; la surveillance numérique accrue et la liberté artistique menacée sur Internet (trolling). Pour relever ces défis, il faut, selon l’UNESCO, abroger les lois sur la diffamation, les insultes et le blasphème ; établir des systèmes de suivi des violations de la liberté artistique ; intégrer une perspective genre dans les politiques culturelles.

Mise en œuvre de la Convention 2005 au Burkina Faso : Acquis et défis

Depuis la ratification de la Convention 2005 par le Burkina Faso (le 15 septembre 2006), deux rapports quadriennaux périodiques ont été produits (avril 2013 et avril 2017). Dans le rapport quadriennal périodique dont les résultats ont été validés le 25 avril 2017, on peut noter des acquis significatifs sur le plan de la gouvernance culturelle ; des échanges des biens et services ; de l’inclusion de la culture dans les politiques de développement durable ; de la promotion des libertés et des droits humains.

En matière de gouvernance culturelle, il y a eu : le renforcement de la déconcentration (création des 45 directions provinciales de la Culture, des Arts et du Tourisme), de la décentralisation (création du CERAV/Afrique) ; la mise en œuvre d’une stratégie de développement des industries culturelles et créatives (création d’une section industries culturelle et créatives à la Chambre de commerce du Burkina en 2016 ; institutionnalisation des Journées de promotion des industries culturelles et créatives ; etc.) ; la mise place de mécanismes de financement (Fonds de la téléphonie mobile en 2014 et Fonds de développement culturel et touristique en 2016 ; des partenariats avec des organismes de coopération bilatérale et multilatérale), etc.

Pour les échanges et la mobilité des artistes et professionnels, les mesures prises par l’administration culturelle ont facilité l’accroissement de la mobilité des artistes et professionnels de la culture (88 demandes de sorties en 2015 et 130 en 2016). L’appui des programmes mis en place au profit des structures de formation, de création, de production et de diffusion a permis d’accroître la production et les échanges des biens et services culturels (plus de 200 films burkinabè inscrits dans les différentes sections lors des éditions 2015 et 2017 du FESPACO).

En matière d’inclusion de la culture dans les politiques de développent durable il y a  la réalisation systématique de salles polyvalentes dans les chefs-lieux de région accueillant les célébrations de la fête de l’indépendance ; l’introduction (en cours) de modules culturels et artistiques dans le cadre de la mise en œuvre de la Stratégie de la valorisation des arts et de la culture dans le système éducatif burkinabè (adopté en 2015) et de la relecture des curricula de l’enseignement engagé par le MENA.

Pour la promotion des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, il y a l’adoption du statut de l’artiste en 2013, le foisonnement des médias de façon générale (164 radios et 20 médias en ligne), le foisonnement de créations artistiques véhiculant des messages de respect des libertés fondamentales et des droits humains, de l’égalité des genres, de refus des abus et des extrémismes.

Toutefois, il existe toujours des défis à relever. Ce sont entre autres : le renforcement des capacités opérationnelles des organismes publics en charge de la mise en œuvre de la Convention ; l’implémentation de la Convention 2005 dans les politiques locales, sectorielles, nationales et dans les accords de coopération internationale ; le renforcement des capacités productives et de mise en marché des expressions nationales ; l’appropriation par la société civile de son rôle de veille et d’interpellation sur la Convention ; la disponibilité des données statistiques exhaustives sur les résultats des politiques publiques et des actions des OSC ; la prise en compte des questions transversales (genres, environnement, numérique, droits humains, jeunesse).

Du reste, le lancement du Rapport mondial 2018 a connu la présence de Aristide Dabiré, Secrétaire général de la Commission nationale pour l’UNESCO ; de Dimitri Sanga, Directeur régional/Afrique de l’Ouest ; du Dr Lassina Simporé, Secrétaire général du ministère de la Culture, des Arts et du Tourisme.

Jean-Yves Nébié

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