Paludisme au Burkina Faso: Vaccin, moustiques stériles et moustiques OGM!

Cette année est vraiment particulière car le paludisme semble sévir dans de nombreux foyers et familles. De la période du putsch avorté à nos jours les hôpitaux et surtout les pharmacies ne désemplissaient pratiquement pas. De longues files perceptibles au point de demander si ce n’est pas tout simplement une épidémie. Du côté de la recherche, les travaux pour trouver enfin un vaccin sont toujours d’actualité. Outre cela, il existe des moustiques stériles et des moustiques génétiquement modifiés (MGM) pour lutter contre le paludisme qui cristallise l’attention de nos chercheurs. Contre la dengue, certains pays de l’Amérique latine comme le Brésil ont recouru à ces moustiques génétiquement modifiés.

 

Le paludisme est l’un des principaux fléaux planétaires, surtout en Afrique. Il affecte plus particulièrement l’Afrique subsaharinne et provoque au moins un million de morts prématurées (et 250 millions d’infections) par an et d’incalculables conséquences médicales, sociales et aussi économiques dans les pays les plus touchés qui sont souvent impuissants à combattre la maladie.

Le vendredi 18 septembre 2015, un atelier de restitution des résultats sur un vaccin sur cette maladie devait se tenir à Ouagadougou, mais celui-ci a dû être reporté sine die du fait du coup d’Etat du général Gilbert Diendéré. Les travaux sur le vaccin au Cemtre médical de Nanoro présagent de résultats probants; ce qui permettra, si tous les ingrédients venaient à être réunis, de passer à une étape ultime de la lutte contre cet autre fléau qui a longtemps endeuillé les populations.

On peut dire qu’au Burkina Faso l’Etat a décidé de conjuguer les efforts pour venir à bout de la pandémie. Ainsi, un projet sur la multiplication de moustiques stériles afin de travailler à réduire la population des anophèles qui transmettent la maladie est en cours d’expérimentation sous la direction de l’Institut de recherche des sciences de la santé (IRSS), nous a laissé entendre le Directeur général du Centre national de recherche scientifique et de l’Innovation technologique (CNRST), Dr Roger Nébié.

Ailleurs, des scientifiques travaillant en France et en Allemagne ont donc réussi à identifier un gène à l’origine de la résistance au paludisme chez certains des moustiques vecteurs du parasite paludéen. Les résultats de cette étude ont été publiés dans la revue américaine « Science » datée du 2 octobre 2009. Ces chercheurs (de l’EMBL, Heidelberg et de l’unité Inserm «Réponse immunitaire et développement chez les insectes – analyse post-génomique de la réponse antiparasitaire chez l’anophèle», Strasbourg) expliquent comment ils ont découvert que de subtiles variations dans un seul gène jouent ou non sur la capacité des moustiques à résister à l’infection par le parasite du paludisme.

«Le parasite du paludisme doit passer une partie de sa vie dans le moustique, et une autre partie chez l’homme. En comprenant comment le moustique résiste au paludisme, nous pourrions mettre au point de nouveaux outils pour limiter sa transmission à l’homme dans les zones endémiques», précise Stéphanie Blandin (Inserm) qui a conduit ce travail en collaboration avec Rui Wang-Sattler et le groupe de Lars Steinmetz à l’EMBL à Heidelberg.

Un moustique génétiquement modifié contre le paludisme! Saura-t-on bientôt transformer ce redoutable ennemi en un puissant allié?

S’agissant des moustiques génétiquement modifiés (MGM), Dr Roger Nébié précise que ce dossier est au stade embryonnaire, car il faut d’abord travailler à respecter les préalables, voire les mesures de sécurité édictées par l’Agence nationale de biosécurité. C’est donc dire que ce dernier projet mettra encore du temps avant de prendre corps au niveau de nos laboratoires.

Si les MGM suscitent beaucoup de curiosité et de méfiance de part et d’autre, surtout sous nos cieux, il nous est paru nécessaire de nous intéresser à d’autres expériences ailleurs dans le monde sur l’utilisation de la biotechnologie moderne (technologie OGM) pour venir à bout de la dengue, maladie transmise aussi par les moustiques.

Le Brésil a autorisé le 10 avril 2015 la commercialisation d’un moustique génétiquement modifié, afin de lutter contre la dengue, maladie tropicale répandue dans le pays. Ce moustique OGM deviendrait le premier animal transgénique lâché à grande échelle dans la nature.

Dans un article de Juliette Deborde du journal « Le Nouvel Observateur« , il ressort que ce sont justement les moustiques femelles, principalement de l’espèce aedes aegypti, qui sont vecteurs du virus de la dengue. Pour que cette espèce ne transmette plus la maladie en piquant les êtres humains, on a modifié son patrimoine génétique, par l’insertion de deux gènes. Un de ces gènes perturbateurs rend les moustiques dépendants à un antibiotique, la tétracycline : sans ce médicament, les moustiques génétiquement modifiés ne peuvent pas survivre. L’usine où sont produits les moustiques détruit ensuite les œufs femelles et ne relâche que les mâles : eux ne peuvent pas piquer, et ne sont donc pas vecteurs de la maladie. Ces moustiques mâles génétiquement modifiés sont ensuite censés s’accoupler dans la nature avec des femelles dites « sauvages », qui n’ont pas été modifiées. Comme leur progéniture est privée de l’antibiotique, elle n’a que très peu de chance de survie (environ 3%). Résultat : l’espèce s’éteint progressivement. Et l’épidémie avec.

Aucune étude indépendante n’a prouvé que l’OX513A (c’est le nom du moustique génétiquement modifié) est vraiment efficace. Oxitec, la société britannique qui a mis au point ce moustique, n’a publié aucun résultat vraiment concluant des essais déjà menés au Brésil, aux îles Caïman et en Malaisie.

La société britannique Oxitec, qui a le monopole de la production du moustique OX513A, a aussi tout intérêt à le commercialiser. Surtout que l’éradication de la dengue nécessitant des lâchers massifs, le moustique modifié doit être produit à très grande échelle. Il faudrait 7 millions de moustiques OGM par semaine pour pouvoir inonder les zones traitées et pour supprimer 20.000 moustiques sauvages. La production du OX513A pourrait donc s’avérer rentable.

On ne connaît pas vraiment les conséquences que pourrait avoir l’élimination de l’aedes aegypti, l’espèce de moustiques visée par l’opération. Ce qui est sûr, c’est que le nouveau moustique ainsi lâché dans la nature pourrait s’avérer difficile à maîtriser. « Ce n’est pas propre aux OGM, tout ce qui nage ou ce qui vole, c’est difficile à contrôler, explique Louis-Marie Houdebine. Il faut qu’il y ait un vrai suivi de la dissémination, via une commission de surveillance. »

Plusieurs scénarios catastrophes sont déjà évoqués par les anti-OGM : l’extinction d’une espèce de moustique pourrait favoriser un moustique concurrent, le moustique tigre (aedes albopictus), lui aussi vecteur des virus de la dengue et du chikungunya. Plus inquiétant : plusieurs ONG, comme GM Watch, ont aussi souligné que l’introduction du nouveau moustique pourrait engendrer une baisse de l’immunité humaine (dit « effet rebond »). Un des effets collatéraux pourrait être une généralisation de la forme la plus grave de la maladie, la dengue hémorragique, potentiellement mortelle.

 

Aucun vaccin ni aucun traitement spécifique n’ont pour l’instant été trouvés contre la dengue, une infection virale aux symptômes grippaux qui peut parfois être fatale. La stérilisation des moustiques par irradiation, une technique appliquée depuis plusieurs décennies à certains insectes nuisibles, n’est pas non plus assez efficace. « Ces autres solutions ne sont pas idéales. La transgénèse, c’est une alternative », défend Louis-Marie Houdebine, ancien chercheur, ouvertement pro-OGM. « Mais à condition de bien l’utiliser. »

Mais, pour l’heure, en attendant des solutions tangibles et concrètes, il est plus qu’important de protéger nos populations exposées avec des moustiquaires imprégnées de produits chimiques de l’action des moustiques. Des moustiquaires qui doivent être à la portée de tous et disponibles partout, car il est inconcevable de matraquer l’opinion de dormir sous ces filets alors qu’à Falagountou ou à Tansarga, il n’en existe pratiquement pas! Sur ce, meilleure santé à tous!

Cyr Payim Ouédraogo

 

 

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