N’teny: L’interprète de la voix mystérieuse

Si à première vue, N’Teny semble très réservée, elle déborde de générosité et de joie dans ses relations avec les autres. En débarquant dans nos locaux le mardi 10 octobre 2015, la chanteuse nourrissait le désir de nous présenter son nouveau clip « Zem Zem » mais finalement, la petite entrevue s’est vite transformée en des heures d’échanges très passionnantes avec cette belle voix kassena qui tire son inspiration d’un ange qui lui rendrait visite souvent. Ce qui nous fait dire que N’Teny est l’interprète de la voix mystérieuse.

N’Teny, tu es dans nos murs pour nous parler de ton nouveau clip ; de quoi s’agit-il ?
Le titre Zem Zem en mooré signifie Allons doucement. Ne soyons pas pressés dans la vie. Lorsqu’on a aussi les moyens, il faut savoir les gérer car on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve. C’est pourquoi, à travers mon nouveau clip, j’exhorte chacun à faire beaucoup attention. En effet, les gens, avec qui ils mangent, ne sont pas forcément de vrais amis. Nous pouvons avoir plus des ennemis autour de nous! Le clip a été réalisé dans de bonnes conditions, avec des danseuses professionnelles qui ont conçu elles-mêmes la chorégraphie. Cette œuvre vidéo permet de traiter d’une thématique d’actualité.

Qui est le réalisateur de ce clip ?
Le clip a été réalisé par Berger Africa d’Ali Veruthey. C’est seulement hier que j’ai pu le récupérer. Le clip était déjà fini, mais Ali Veruthey avait estimé qu’il manquait quelque chose. C’était la scénarisation. Nous avons donc revu le produit. C’est pour cela que le clip a trainé.
A ce jour, combien de clips disposes-tu?
Au total, nous sommes à 7 clips. Celui-ci est le deuxième du troisième album.

Que retenir de ta discographie?
Mon premier album de 09 titres intitulé Lumière a été chanté en kassena, français et un peu mooré ; le deuxième Wèperi qui signifie don de Dieu en kassena est riche d’un répertoire de 12 titres. Je prépare à l’heure actuelle un troisième. Je suis dans la tendance tradimoderne. Même si je surfe aussi sur la world music, je préfère qu’on m’identifie par le tradimoderne. J’essaie aussi d’apporter ma petite touche pour ne pas ressembler aux autres par exemple aux devanciers qui font de la musique typiquement traditionnelle de chez moi. Dans mes chansons, vous remarquerez toujours la présence du kassena même quand je chante dans une autre langue. Je crois que c’est merveilleux.

Combien as-tu déboursé pour ton clip Zem Zem ?
(Rires). Pour moi, le prix est raisonnable. Berger Africa a même proposé un tarif forfaitaire. Ce sont les accessoires par exemple les pagnes, les couleurs, qui ont coûté cher.

Comment es-tu arrivée dans la musique ?
(Rires). Je n’aime pas trop dire la vérité sur ce que je suis parce que je ne veux pas que les gens aient peur de moi. Je suis issue d’une famille de chanteurs tradimodenres. Mes parents ont chanté mais ils ne sont pas connus. Ils n’ont pas eu le privilège d’être diffusés par les médias. Chez nous quand un enfant commence à parler, il sait déjà chanter. Mais moi, mon histoire est venue du fait que vers 3h du matin, il y a une voix qui me réveille. Je ne sais pas si c’est une voix féminine ou masculine ; ce qui est sûr, la voix vient se coller à mon oreille et chante. N’teny a commencé à chanter sans connaître la signification d’une gamme ou d’un tempo. Donc, je suis souvent avec des gens qui ignorent qu’il y a des dons que Dieu donne naturellement. C’est Dieu qui m’a apprise à chanter. Lorsque j’ai rencontré Jérôme Zoma, il a constaté tout de suite que j’ai une belle voix ; il m’a emmenée dans son studio. Arrivée au studio, Yves De Bemboula a lancé un rythme et je balançais parce que j’ignorais le tempo. Pourtant, sans la musique, je chante bien. Zoma a appelé Abdoulaye Cissé pour lui dire qu’il y avait un cas exceptionnel; celui-ci est venu me chercher pour former. C’est ainsi que j’ai rejoint l’Orchestre municipal de Ouagadougou. Je partageais ma vie entre répétitions et mon travail de comptable dans une compagnie de transfert d’argent de la place. Avec Cissé, sans les sonorités de sa guitare, je m’en sortais ; mais dès qu’il commence à jouer, je m’embrouille complètement…(Rires). Il me demande qui m’a composée les chansons ? Je ne répondais pas, je riais et lui disais « Professeur ! C’est Dieu ». Il insistait. Moi, je ne pouvais pas lui dire que c’est une voix qui venait la nuit me les chanter car il pourrait avoir peur de moi. (Rires). Souvent, il me tapait sur le pied et criait tempo ! Je lui disais que tempo, c’est quoi ? Il se saisissait de mon pied et il cognait sur le sol en criant c’est ça le tempo ! Fatigué, il s’exclamait: « Oh ! Ça m’étonnera que tu puisses y arriver! ».Ce jour-là, je lui ai rétorqué : « Professeur, je vais vous étonner un jour », avant de m’en aller. J’ai disparu pendant un mois ; entre-temps, j’avais intégré la chorale de mon église où je chantais. Un beau jour, je suis repartie chez Abdoulaye Cissé en lui disant : « Professeur, prenez votre guitare et jouez. Il s’exécuta et j’ai chanté avec lui. A la fin, je lui ai rappelé ceci: « Professeur, ça m’étonne que je puisse vous étonner. Je suis en train de vous étonner. Un jour, je le dirai devant les médias ». Il me répond : « c’est bon, mais ce n’est pas arrivé tout en souriant ». Et moi de répliquer : «C’est bien arrivé ». C’est comme ça que j’ai compris que c’est peut-être l’ange qui m’a donnée la chanson. Je l’ai vénéré à travers une chanson de mon deuxième album. Mes débuts dans la musique n’ont été que frustrations !
Quel genre de frustrations ?
Il m’est arrivé d’avoir envie de chanter. Mais on m’a crié dessus et arraché le micro. (Rires). Un jour, il y a une collègue qui m’a ridiculisée publiquement en pleine prestation. J’ai eu très honte. Depuis ce jour, j’ai une bonne oreille musicale. C’est bien vrai qu’elle m’a humiliée mais je la remercie. Peut-être que c’est l’ange qui a voulu qu’on m’humilie avant que je puisse désormais me forcer à mieux faire.

Comment N’teny se porte sur le marché ?
Si vous constatez, je suis dans mon coin, assez réservée. J’aime la musique mais sans soutien, il est très difficile de la pratiquer avec beaucoup de professionnalisme et de constance au Burkina.

En tant que comptable, cela ne t’empêche de mener à bien ta carrière musicale ?
Je suis contente de pouvoir concilier ces deux métiers. Dans mon bureau, je travaille en chantant sans jamais me tromper sur les chiffres ou les opérations. Souvent mon patron me demande comment je fais pour travailler tout en chantant ? Cela relève d’un mystère !

Quelle est ta situation matrimoniale?
Je suis une femme mariée légalement. Je suis très famille. Mon mari n’est pas ici donc je préfère taire son identité.

Pourquoi ? Tes fans seront sûrement contents de connaître ton côté vie privée…
Je ne veux pas profiter de l’aura de mon époux pour me faire connaître. Il est populaire aussi. Si je donne son nom c’est comme si je voulais un peu de sa popularité pour me faire une place au soleil. Non ! Moi, c’est moi et lui, c’est lui !
Bon nombre d’artistes rencontrent des difficultés au niveau national et même international, n’as-tu pas peur d’échouer?
(Rires). Non ! Je n’ai pas peur parce que lorsqu’on est artiste, on doit s’attendre à tout. Quand sur scène, on essaie de m’humilier, cela me donne plus la force pour mieux faire. Donc j’adore qu’on m’humilier sur scène.

Quel est ton souvenir le meilleur ?
J’ai été ébahie de savoir que des gens reprennent en chœur la chanson su n yilna, une de mes chansons que je ne considérai pas comme un titre phare. Je la chante maintenant pendant mes prestations à cause du public qui m’a pratiquement imposé mon propre morceau. C’est ce qui encourage l’artiste, même si les finances ne suivent pas toujours. Le fait de savoir que des gens aiment ce que tu fais te procure une joie immense. Certes, je suis d’avis aussi que tout le monde ne peut pas m’apprécier. D’ailleurs, je ne veux pas que tout le monde m’apprécie car je n’aurai pas longue vie, même si mon nom signifie : « tu vas m’apprécier ».

Le mauvais souvenir ?
Le premier, c’est la mort de Djata. Paix à son âme ! 11 jours avant son décès, elle a dormi sur mes pieds. Le deuxième, c’est lorsqu’un jour je suis partie à Manga avec l’Orchestre pour une prestation. On m’a donnée un pantalon traditionnel très évasé sans corde. Apparemment, c’était la seule tenue qui restait et en tant que stagiaire je ne pouvais que me plier à la situation J’ai donc attaché le pantalon avec un pagne tout en priant Dieu de ne pas avoir la honte devant les autorités et le public. De peur que le pantalon ne tombe, je bougeais moins, donc difficile de m’exprimer sur scène comme je le voulais !

Quelles sont tes relations avec les acteurs du showbiz ?
Je suis plutôt très amie avec les hommes parce qu’ils ne savent pas faire des commérages. Pour tous ceux qui me connaissent, ils savent que je ne suis pas coriace. Mais, je préfère la compagnie des hommes que des femmes. Je n’ai pas de problème avec celles-ci mais j’entretiens des relations restreintes avec elles.

Il y a une association des femmes artistes, en es-tu quand-même membre?
Je ne suis dans cette association. Je ne veux pas être dans une association de femmes. Je préfère un regroupement de l’ensemble des artistes musiciens burkinabè sans distinction de sexe qu’une structure composée uniquement de femmes artistes.

Tes relations avec les managers…
Hum ! Sans vous mentir, j’ai été sérieusement maltraitée! J’ai été abusée par quelqu’un qui actuellement a même perdu la tête. Je lui pardonne. Ce dernier m’a fait dépenser inutilement pour la promotion de mon album. En effet, nous avons décidé ensemble de faire jouer ma musique dans 40 grands maquis de Ouagadougou et chaque maquis devait recevoir 20.000 FCFA. A ma grande surprise, aucun maquis n’avait reçu mon album. Concernant les t-shirts, il les a distribués à ses amis…

Est-ce que les nouveaux artistes prennent le temps de bien tâter le terrain avant de s’y s’engager ?
C’est un milieu hypocrite. Normalement, quand tu es novice dans un domaine comme la musique et on te voit avec un manager douteux, on doit te prévenir. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Et même s’il arrivait que tu te renseignes sur ton manager avec les autres, ils te diront qu’il est de bonne foi, même si sa tête a été mise à prix. Ils vont même t’encourager. Mon erreur aussi est de n’avoir pas bien tâté le terrain avant de me lancer. De toute façon, c’est un milieu hypocrite.

Des projets…
Les projets ne manquent pas, ce sont les moyens qui font toujours défaut. Ce qui me tient à cœur, c’est de sortir avec succès mon troisième album.

Sougrinoma Guigma

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