Musique burkinabè : Ah ! Ces grandes dames de l’ombre !

Quand on parle des femmes en musique, on se réfère généralement et uniquement à celles qui exercent le métier de musicienne, qui sont sous les feux de la rampe, mais jamais de celles, l’autre moitié des musiciens, vivant en couple. Nous nous sommes laissé tomber dans les confidences de l’une d’entre elles, une de ces femmes de musiciens qui ont fait la fierté de la musique burkinabè, Jeanne Bamogo née Zoundi, épouse du regretté Jean Claude Bamogo dit « Man ».
En attendant de pouvoir revenir un jour sur des portraits détaillés de ces dames de l’ombre, au travers du témoignage de madame Bamogo, son expérience, ses émotions, son courage, etc, nous avons pu toucher du doigt les prouesses de ces battantes de l’ombre dont les époux, sans leur soutien et leur persévérance, n’auraient peut-être jamais pu accéder à la reconnaissance sociale, à leur statut de gloire, etc.
Nous avons également une pensée pour les compagnes de François Tapsoba de l’Harmonie Voltaïque, d’Issouf Compaoré (décédée), de Désiré Traoré (sympathique), de Cissé Abdoulaye, de Traoré Saidou Richard, des regrettés Samboué Jean Bernard, Tidiane Coulibaly, Thomas Tiendrébeogo (Kombèmba), Sandwidi Pierre, Simporé Maurice, Georges Ouédraogo (Le Gandaogo national), Traoré Amadou Balaké, etc. Et comme beaucoup ne le savent pas, le père de Cyr Payim Ouédraogo, le fondateur du journal Infos Sciences Culture, fut un musicien renommé du nom de Maurice et les Mauricettes comme à l’image du Français Claude et ses Claudettes. La liste n’est pas exhaustive et nous nous en voudrions d’en avoir la prétention.
Nous voulons donc, par ce petit rappel, rendre un vibrant hommage public à toutes ces amazones qui ont su, à l’ombre de leurs époux, souvent absents pour des raisons professionnelles (confidences de madame Bamogo : elle a donné naissance à ses trois premiers enfants en l’absence de son mari qui était toujours parti pour des prestations musicales à l’intérieur du pays), gérer le bien-être de leur foyer, veiller à celui des enfants et à leur éducation. En outre, madame Bamogo, comme bien d’autres (femmes de musiciens), avait une fonction stable (agent de banque) qui lui permettait de ne pas être un poids asphyxiant mais plutôt une épouse complémentaire.
Ces femmes, comme le dit si bien notre interlocutrice , ont dû se battre contre la précarité des revenus dans la profession de musicien, la risée et les médisances d’une opinion sociale défavorable à la profession, tout en restant de bonnes épouses et de bonnes mères jusqu’au bout, en compagnie de leurs hommes respectifs, souvent volages, instables, rêveurs, difficiles…La réussite de leurs progénitures attestent de leur valeur certaine.
Ne dit-on pas que derrière un grand homme se cache une grande dame ? Et si derrière chaque musicien, grand ou petit, se cachait une grande dame, tolérante, patiente, aimante et d’un soutien inestimable ! Car nous savons que le métier d’artiste, surtout sous le ciel burkinabè, hier comme aujourd’hui, est très mal considéré. Vivre en tant que femme de musicien relève d’un courage, d’un sacerdoce et d’un vrai amour, nous assure madame Bamogo.
Wend na fièg y nôodo n pass y nô-kouda (Puisse Dieu ajouter encore plus de bonheur de vivre à votre bonheur de mère et d’épouse aimantes !)
Sosthène Yaméogo
Chanteur/Professeur de musique

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