Merci hier !

« Nous saluons Blaise et tout son derrière ! » De cette traduction littérale malencontreuse faite par un opérateur économique de la ville de Bobo-Dioulasso, on ne retient généralement que la métonymie hilarante qui assimile la suite de l’ex-Président du Faso (en termes d’hommes et de femmes) à une partie de son anatomie. Et pourtant, il y en plus de cette question de … postérieur le sens du mot « saluer ». Dans la plupart des langues burkinabè, ce verbe peut avoir d’autres significations en dehors de ses sens usuels de politesse (« bonjour » ou « bonsoir ») et d’honneur (« Je salue votre clairvoyance »).
Il y a, d’une part, la compassion qu’on exprime, par exemple lorsqu’on va « saluer des funérailles », c’est-à-dire présenter ses condoléances à une famille qui a perdu l’un des siens. Dans une moindre mesure, on peut aussi « saluer un malade » en exprimant son empathie et en lui souhaitant un prompt rétablissement.
D’autre part, « Saluer » signifie « remercier », et c’est l’acception qui nous importe aujourd’hui. Ainsi, dans la phrase de l’opérateur économique ci-dessus, il faut entendre également : « Nous remercions Blaise. » Cette gratitude peut atteindre son summum lorsqu’il prend un sens religieux. Ainsi, en mooré, le verbe « Puuse » signifie, en plus de « saluer » et « remercier », « prier ». Prier, c’est littéralement « saluer Dieu » (n puus Wende).
La gratitude étant une manifestation de la bonne éducation, il convient de l’exprimer en tout temps et de le rappeler à son bienfaiteur quelle que soit la durée. C’est ainsi que vous entendrez dans le français des Burkinabè « Merci hier ! » (Ne y zaamen en moore et Aw ni kunu en dioula) Hier peut ici signifier la veille, mais aussi, par une extension mémorielle, un passé plus ou moins lointain. Il peut même encourager celui qui a eu des bontés pour vous à renouveler sa mansuétude par une providence inépuisable. Chez les Mossis cela se traduit par la formule énigmatique : « Vos hier demain ! » (Y zaamen beogo !) En dioula, on dit « Merci toujours !) (Aw ni lon bɛɛ).
En conclusion, après la janviose, n’oubliez d’aller saluer ceux qui vous soutenu en leur disant « merci hier » sinon vous expérimenterez ce proverbe dioula qui dit ceci : « Pour la bouche qui ne connaît pas hier, il n’est point besoin d’être prodigue. »
La janviose ? Tiens. Ça ne serait-ce pas un burkinabisme, ça ?
Sid-Lamine Salouka

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