Mariam Soré dite Mamy Sor: »Les valeurs africaines illuminent toujours mes créations! »

Mariam Soré, financière de formation, est une grande férue de la mode. Aujourd’hui, elle partage sa vie entre une entreprise en qualité de responsable financier et les scènes de défilé. Au détour d’une présentation de sa nouvelle collection, « La grande taille », à Ouagadougou au mois d’août dernier, Mariam Soré, notre compatriote vivant en terre d’Ebrnie, se dévoile et nous amène dans les profondeurs de sa passion, à travers sa marque Mamy Sor.

Comment es-tu arrivée à la mode ?
Je me suis beaucoup intéressée à la mode dès mon jeune âge. Je m’amusais à réaliser des dessins de coupe de vêtements. Et c’est parti comme ça pour cette aventure.

Comment se passent tes activités du côté de la lagune Ebrié?
Je réside à Abidjan dans le cadre mon travail. J’y ai été affectée depuis février 2014. Néanmoins, Abidjan est une ville que je connais très bien pour y avoir grandi. Ma mère est née en Côte d’Ivoire et mon père également a grandi dans ce pays.
Tout se passe bien pour moi car la capitale économique de la Côte d’Ivoire constitue un cadre idéal pour la mode. Quand j’y suis arrivée, j’ai pratiquement trouvé un environnement favorable pour exercer et vivre ma passion à fond.

Comment parviens-tu à concilier ton job d’agent de finances et celui de styliste-modéliste?
Je me suis entourée d’une équipe. Dès que je descends de mon premier travail, le reste de mon temps est consacré à ma passion. Je dispose de plusieurs couturiers qui, eux, travaillent à temps plein. Une fois par semaine je leur montre les dessins pour m’assurer qu’ils feront exactement ce qui a été prévu. Chaque semaine également, je cherche moi-même la matière première, notamment les tissus, parce que cela est aussi important dans la chaîne de la mode. Mon équipe fonctionne avec un planning de travail clair. J’essaie de mieux m’organiser ;sinon je n’allais pas du tout m’en sortir.
Quelle est la touche artistique de Mamy Sor?
Dans une tenue banale, j’essaie de mettre une touche africaine, une certaine originalité. Mon credo, c’est que, quel que soit ce que nous faisons, nous ne devons perdre nos valeurs africaines. Même quand je suis en jeans, j’aurai toujours une chaussure ou un sac en pagne. La mode, pour moi, ce n’est pas seulement le prêt-à-porter, il y a plein d’autres choses ; et l’Afrique a beaucoup à partager avec les autres dans ce domaine. Dans mes créations, vous remarquerez aussi la simplicité; j’aime aussi le confort, être à l’aise dans ce que je porte. J’utilise énormément les pagnes, notamment ceux tissés des différents pays africains comme le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Ghana…J’associe en outre des cauris, des pois. Pour me résumer, une tenue Mamy Sor, c’est un pagne simple ou tissé, des cauris, un foulard.

Abidjan est souvent considérée comme la capitale de la mode africaine avec des créateurs de renom. Quelles relations entretiens-tu avec tes devanciers?
Tout à fait! Comme je le disais, Abidjan a été la porte idéale pour moi. Quand je suis arrivée, je me suis beaucoup intéressée à ces devanciers qui portent très haut le flambeau de la mode africaine. Je l’ai fait également en direction des jeunes créateurs, sans oublier le fait que je participe pratiquement à tous les événements qui se déroulent dans ce cadre.
Cela donne l’opportunité de rencontrer beaucoup de personnes, d’élargir mon carnet d’adresses. L’un des couturiers ivoiriens qui m’inspire beaucoup, c’est Gilles Touré. Pathé’O aussi à cause de la simplicité de son label.
Et pourquoi Gilles Touré?
Ses créations sont merveilleuses, magiques! Je suis très sensible à ce qu’il fait. Quand tu as une de ses tenues devant toi, ça brille et il y a aussi de l’élégance…

En moins d’une année, tu as déjà défilé, à deux reprises, à Ouagadougou, notamment au « Paradis des meilleurs vins »; c’est vraiment une opération de charme à l’endroit du public et de conquête…
Oui, il le faut! Résidant à Abidjan, j’ai besoin de garder le contact avec ma clientèle du Burkina Faso pour aussi lui permettre de suivre pas à pas le travail que je fais. Le défilé est nécessaire car il permet d’avoir une vue d’ensemble du talent d’un styliste-modéliste, alors qu’au niveau de la boutique les clients peuvent ne pas découvrir tous les styles et modèles. Je suis consciente de l’importance d’un tel événement, et c’est pourquoi j’organise un défilé toutes les fois que j’ai l’opportunité de venir à Ouagadougou.
Que retenir de la nouvelle collection que tu as présentée au public le 15 août 2015 ?
Cette collection a été baptisée « La grande taille ». Pourquoi? Je me suis rendu compte que mes clients et clientes étaient particuliers avec aussi des goûts spéciaux (Rires). J’ai beaucoup de clients tant de grande que de petite taille. Et Dieu merci, la mode n’est pas seulement faite pour les corps filiformes. J’ai donc décidé de mettre l’accent sur des créations de personnes à forte corpulence à travers une collection élégante et très colorée. J’ai donc fait défiler quatre grandes tailles différentes (mesures XL, XXL, etc.) pour montrer que tout le monde a sa place dans la mode.
Où es-tu située à Abidjan ?
L’atelier est situé aux Deux plateaux Wallon. Il emploie quatre couturiers.
Et à Ouagadougou ?
A Ouaga, c’est juste la boutique pour le moment. C’est un magasin où sont exposées mes créations. Il se trouve au quartier Samandin, non loin de l’Ecole des télécommunications. Dieu merci, la clientèle du Burkina arrive à me joindre depuis Abidjan pour passer ses commandes.
Tout cela doit te coûter une belle fortune ; comment arrives-tu à faire face aux différentes charges ?
Quand on aime quelque chose, on ne réfléchit pas avant de s’exécuter. C’est exactement mon cas. La mode, c’est ma passion. J’ai commencé avec mes ressources propres depuis 2008. Avant ça, j’étais plus dans le prêt-à-porter. Et par la suite le besoin s’est manifesté d’apporter ma touche personnelle en créant mes propres tenues. Au départ, ça se limitait à des ventes privées, de petits défilés entre amis ; je conseillais les parents, les amis qui voulaient s’habiller, car ce sont ces derniers aussi qui ont été mes premiers mannequins. Les moyens faisaient défaut ; j’ai fait des économies, mais j’ai également l’appui de certaines institutions financières. Dieu merci, grâce à ce que je gagne à travers mon boulot, j’arrive à tirer mon épingle de jeu.
Le stylisme n’est pas un métier facile ici parce que les gens aiment les imitations, le copier-coller parce qu’on veut la « même chose » à peu de frais. Pourtant, lorsqu’on veut prendre tout en compte jusqu’à la finition, il faut y mettre le prix. Seul un bon travail pourra faire avancer la mode africaine. Ce qui suppose que le coût constitue aussi un élément très important. Nous pratiquons vraiment des prix assez étudiés. C’est pratiquement du donné au regard des investissements réalisés.
Et quels sont les tarifs en vigueur ?
A Mamy Sor, vous avez toute une gamme de prix en fonction des modèles, de la matière première, etc. Les coûts vont de 5000 à 50 000 FCFA ; et même au-delà, tout est fonction du type de commande.
Quel est le profil de tes clients ?
Les commandes viennent surtout des travailleurs ; des jeunes cadres, mais surtout des expatriés. Il faut avouer que ces derniers reconnaissent réellement la valeur du travail que nous faisons. C’est vrai qu’ils ont plus de moyens, mais en outre ils savent mieux apprécier nos œuvres. Ce qui fait qu’ils ne discutent pas trop sur les prix. Mais, dans l’ensemble, ça se passe bien avec nos jeunes cadres aussi !
Quel est ton meilleur souvenir en tant que styliste ?
Ce fut mon tout premier défilé parce que ce fut une belle expérience. Naïvement, j’ai loué mon local, j’ai invité mes camarades, mes clients. En toute sincérité, on ne dépassait pas une quinzaine de personnes dans la salle (Rires). Mes mannequins étaient plus nombreux que mes invités (Rires). Bon ! Ce défilé s’est passé quelque part à « Petit Paris », à Ouagadougou. Je n’étais pas déçue ; bien au contraire, j’ai compris ce jour qu’il fallait toujours commencer modestement dans la vie et le reste suivra. Me connaissant très ambitieuse, je me suis juré qu’un jour je défilerai dans une salle archicomble. Ce premier défilé m’a marquée positivement car j’ai fait une bonne vente malgré le petit nombre de gens. Jusqu’à présent, j’ai toujours des commandes de cette première expérience qui a permis de comprendre que c’est à ce métier que j’étais destinée.
Comment les responsables de ta société apprécient ton engagement au niveau de la mode?
Vous me donnez l’occasion de remercier mes supérieurs et mes responsables pour leur esprit de compréhension. Ils savent que le stylisme est ma passion. Je leur demande de me comprendre et de me soutenir, surtout qu’avec Internet on ne peut rien cacher de nos jours ! Seulement, il me faut travailler comme une folle pour être à la hauteur des deux côtés.

Quid de tes collègues ?
(Rires). Mes collègues ??? Dieu merci, ils sont mes premiers clients. D’ailleurs, dans la mode, il faut d’abord conquérir ses proches. Et, tenez-vous bien, quand je suis arrivée à Abidjan, ce sont même ces collègues qui ont été mes premiers mannequins. Si vous visitez la page Mamy Sor, les toutes premières photos avec mes tenues sont celles de mes collègues. Je suis fière d’eux. Et je leur témoigne toute ma gratitude.

Comment se passent tes relations avec les mannequins ? Parfois, les tensions ne sont pas loin…
Tout à fait ! Ce n’est pas facile. Pour commencer, j’ai utilisé mes proches comme mannequins pour minimiser les charges. Mais, petit à petit, quand la marque se faisait davantage connaître, j’ai dû faire appel à d’autres pour renforcer l’équipe. Dans l’ensemble, j’ai pu m’en sortir. Dans les coulisses, par moments, il y a le stress à gérer ; suivre de près les mouvements des mannequins ; je noue moi-même les foulards de mes mannequins car, vu que c’est une de mes touches, je dois veiller à ce que tout soit correct.
Des projets ?
Oui ! Je pense à un événement sur la mode au Burkina Faso que je souhaite d’envergure régionale. Il y a beaucoup d’excellents créateurs burkinabè qui ont besoin d’être connus. Je trouve qu’on n’est pas assez valorisé. En plus, il y a ceux-là qui prennent des photos de nos défilés pour aller les remettre au petit tailleur du quartier, alors que ce sont des œuvres d’inspiration, de recherche qui nous ont valu des nuits sans sommeil et des investissements importants. En attendant, pourquoi pas une semaine de mode en lieu et place d’une soirée gala, pour laisser plus de place à l’expression des créateurs mais aussi à des échanges et à des rencontres entre ces derniers et le public ou leurs clients ?
Ton adresse particulière….
Mon coup de cœur va à l’endroit de la jeunesse burkinabè qui doit croire à ses rêves car la clé de tout succès, c’est la détermination. Il faut être fier d’être africain ! Nous avons du talent à revendre.
Cyr Payim Ouédraogo

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