Le broyeur polyvalent:Une technologie de pointe pour assurer la sécurité alimentaire!

L’inventeur Oumar Tibila Rouamba a mis à la disposition des agriculteurs et des éleveurs des pays sahéliens depuis 2008 une technologie de pointe dont le but est de développer l’agriculture et l’élevage : le broyeur polyvalent. A ce jour, c’est plus de 1200 unités qui ont été distribuées à travers tout le Burkina Faso. L’impact de cette innovation sur la production agricole et animale fait un objet de convoitise par d’autres pays comme la Côte d’ivoire. Reportage !

Située à la périphérie sud de Ouagadougou, à une centaine de mètres de l’hôpital national Blaise Compaoré, la société de production des broyeurs polyvalents (KATO) a été notre point de convergence le jeudi 19 novembre 2015. Il est 9 heures quand nous arrivions sur les lieux, pour honorer notre rendez-vous avec l’innovateur Oumar Tibila Rouamba.
Aussitôt notre téléphone sonne : « Allo, allo…Vous êtes là ? Ok j’arrive dans quelques instants». Au bout du fil, notre inventeur ! Après un bref moment, une voiture se gare juste devant la société. Un homme de teint noir, taille relativement moyenne, moulé dans un costume bleu marine bien blanchi, en sort. «Salut ! Comment allez-vous ? On peut entrer », nous dit-il avec un large sourire, parenté à plaisanterie oblige, en digne moaga, tout en nous indiquant l’entrée principale du bâtiment. A l’issue de quelques brèves présentations, nous déclinons avec plus de détails l’objet de notre visite, comme nous le lui avions signifié au cours de nos précédentes communications. Qu’est-ce que le broyeur polyvalent ? D’où lui est-il venu l’idée de créer une telle technologie ? A quoi sert-elle ? Quel est son intérêt ? A ces questions, Oumar Tibila Rouamba, visiblement très enchanté de notre présence, indique que la création du broyeur polyvalent fait suite à un constat. En effet, selon l’innovateur, dans les pratiques courantes, les réserves d’aliments pour bétail, constituées par les producteurs et les éleveurs en fin de campagne agricole, sont vite épuisées bien avant le début de la prochaine saison pluvieuse. Ces réserves, destinées à nourrir les animaux, ne sont pas rentabilisées dans la chaîne des valeurs alimentaires de ces bêtes. Ainsi, poursuit-il, une bonne partie de ces aliments était rejetée car n’ayant pas été consommée par leurs destinataires. « Ayant observé ces rejets d’aliments, nous avons décidé de mettre au point une technologie à grande valeur ajoutée qui permet de broyer les sous-produits de l’agriculture et du couvert végétal afin de faciliter leur consommation par les animaux », avance l’innovateur, comme étant l’une des raisons de son initiative. Et de poursuivre que sa création (le broyeur polyvalent) est une technologie nouvelle et complète perçue comme un salut à plusieurs niveaux, notamment dans la création d’emplois, la protection de l’environnement, la maîtrise des stocks de réserves d’aliments et les performances des animaux, le développement des activités génératrices de revenus des femmes.

Le broyeur polyvalent, un moyen de lutte contre la pauvreté

Pour Oumar Rouamba, conscient que le Burkina Faso est un pays pauvre où le chômage va grandissant, il fallait la naissance d’une activité qui va juguler ce fléau, d’où l’idée de son invention. Déflaté d’une société qui a connu de nombreux déboires et les affres du chômage, le concepteur du broyeur, d’une humilité bien connue de ses pairs et de ses connaissances, peut être considéré comme un modèle de réussite pour la jeunesse burkinabé, pour les sans-emplois. L’installation de cette usine, à en croire son inventeur, dans une zone agro-pastorale, engendre des facteurs socio-économiques, notamment l’indépendance financière. En effet, elle permet aux éleveurs de transformer des aliments en quantités suffisantes pour la consommation de leurs animaux, le surplus étant destiné à la commercialisation. Il a par ailleurs indiqué que l’implantation de cette technologie dans une localité facilite la fixation des jeunes dans leur terroir, car elle leur offre une opportunité de développement de nouvelles sources d’emploi. Les broyeurs sont de deux types : le polyvalent mobile et le polyvalent fixe, chacun jouant le même rôle. Cette technologie est-elle à la portée de tous quand on sait que la situation financière de nombreux paysans laisse à désirer ? « Je me dis que dans un monde où l’on veut se développer, il ne faut pas se baser sur les coûts d’une technologie qui peut nous être utile et même pour les générations futures. Lorsque vous vendez 10 bœufs pour vous acheter un broyeur polyvalent à 1 500 000 FCFA et qu’ en 2 ans vous avez la reproduction au niveau de votre cheptel qui s’augmente, on peut dire en ce moment que ce n’est pas cher. », explique Rouamba. Pour lui, il ne faut pas juger une technologie par rapport à son coût ;si l’on veut le faire, il faut voir d’abord son impact sur le développement. Oumar Tibila Rouamba emploie environ une dizaine de personnes pour la fabrication des broyeurs. Souvent, il a recours à une main-d’œuvre extérieure quand la demande est forte. Des propos confirmés par le chef de l’atelier, Bienvenu Lankoandé, qui avoue que la tâche n’est pas du tout aisée, surtout en cette période où la demande est forte, et ce jusqu’au mois de février. Autre invention en perspective, le presse-bloc multifonctionnel solaire. C’est une machine qui sert à produire des blocs par pressage grâce à son vérin fonctionnant à l’aide d’une pompe hydraulique. Le dispositif utilise de l’énergie propre avec une source d’énergie solaire. Cette disponibilité de l’énergie lui confère la possibilité de s’implanter partout.
Issa Karambiri

Les différentes distinctions de l’innovateur
-Prix du ministère des Ressources animales à la 9e édition du Forum national sur la recherche scientifique et des innovations technologiques
-Chevalier de l’ordre de mérite
-Le broyeur polyvalent retenu parmi les 100 innovations en Afrique par l AFD
-1er prix de l’Organisation africaine pour la Propriété intellectuelle pour la meilleure invention à la 6e édition du forum national sur la recherche scientifique et des innovations technologiques
-3e prix FAO à la 3e édition des Journées agro-alimentaires
-2e prix UEMOA à la 2e édition des Journées agro-alimentaires
-Prix de l’Union Africaine/Bureau de recherche et de développement sur les cultures vivrières dans les zones semi arides d’Afrique

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