Kadidiatou Haezebrouck: « L’entrepreneuriat féminin est une clé pour le développement économique et social du Burkina Faso »

Le domaine de l’énergie solaire n’est pas un milieu très courtisé par la gente féminine. Kadidiatou Haezebrouck avec son entreprise Energy and Services est l’une des rares femmes à s’y adonner et à tirer son épingle du jeu. Rencontrée par une d’Infos Sciences Culture lors de l’exposition au Forum de l’Emploi et de l’Entrepreneuriat Féminin (FEEF) dans la salle des fêtes de Ouaga 2000, le samedi 30 mars 2019, c’est à cœur joie qu’elle a bien voulu répondre à nos questions. Ainsi, elle a évoqué ses différentes formations, le fonctionnement de Energy and Services et s’est aussi prononcée sur l’entrepreneuriat féminin au Burkina Faso. Entretien !

 

Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis Kadidiatou Haezebrouck, Directrice Générale de la société Energy and Services. Je suis ingénieure en Gestion et maintenance des installations électriques et industrielles. Je suis passée par le Lycée Technique de Ouagadougou (LTO) où j’ai eu un Baccalauréat série F3. J’ai ensuite étudié à l’Université Polytechnique de Bobo-Dioulasso où j’ai fait une filière génie électrique option électrotechnique. Après cela, j’ai fait une formation appliquée en Centrale aux Pays-Bas, à l’Université de Eindhoven dans la Centrale de Essent. J’ai, par la suite, fait l’ingénierie à l’Institut International de l’Eau et de l’Environnement (2ie) en Gestion et maintenance des installations électriques et industrielles. Cette formation est aussi parsemée de beaucoup de formations et de certifications dans le domaine de l’énergie, de la sécurité ainsi que dans celui de la qualité.

Parlez-nous de Energy and Services, votre entreprise

Energy and Services est une société qui travaille dans le domaine de l’énergie comme son nom l’indique ; elle est axée sur des solutions appliquées de l’énergie. C’est une entreprise qui existe depuis janvier 2012. Nous avons le siège de l’entreprise à Koudougou mais les bureaux principaux sont à Ouagadougou et nous avons deux (02) autres agences à Bobo-Dioulasso et à Ouahigouya.

Comment fonctionne Energy and Services ?

Energy and Services depuis sa création a embauché à ce jour plus de vingt-cinq (25) personnes, majoritairement de sexe féminin. Aujourd’hui, nous avons douze (12) personnes qui travaillent dans l’entreprise de façon permanente. Il faut noter que, par projet, nous faisons appel à des travailleurs temporaires. En effet, à ce niveau, nous embauchons beaucoup plus mais comme c’est lié au projet, on ne peut pas les garder permanemment dans l’entreprise.

Comment êtes-vous venus dans le domaine de l’énergie solaire, un domaine accaparé par la gente masculine ?

Depuis le LTO, je m’intéressais déjà au domaine de l’énergie. Quand j’ai fini les études universitaires, j’ai commencé à travailler dans les centrales (NDLR : elle a effectué un stage à la Société nationale d’électricité) et, du coup, lorsque je me suis retrouvée à Koudougou avec ma famille, je me suis rendue compte qu’il y avait un besoin de sociétés privées qui puissent se pencher sur l’énergie pour pouvoir apporter des réponses aux besoins des structures, des ménages et de certaines associations. C’est ainsi que j’ai créé Energy and Services. Au départ, mon but était d’aider les gens à avoir l’énergie chez eux, dans les hôpitaux, dans les centres. Donc, avec le temps, on a grandi et aujourd’hui, Energy and Services occupe une place très importante dans le monde de l’énergie au Burkina Faso. Nous faisons partie des sociétés qui travaillent avec du matériel de qualité. Nous avons une renommée sur la qualité du savoir-faire dans le domaine de l’énergie.

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans le domaine de l’énergie solaire ?

C’est l’entrepreneuriat. Je pense que je suis une femme remplie d’initiatives. Le goût de l’entrepreneuriat a toujours été présent en moi. Donc, pour avoir étudié la technique, je n’avais pas d’autres choix que de me lancer dans l’entrepreneuriat. Mais, il faut également noter que nous avons tous des besoins énormes. Etant en plus l’aînée de la famille, je n’avais pas d’autre choix que de travailler à être autonome financièrement pour mieux soutenir mes frères et sœurs. C’est ce qui m’a motivé à persévérer dans l’entrepreneuriat.

Quelles sont les différentes prestations que vous faites ?

Nous proposons des études adaptées par client et par domaine d’activité. Cela veut dire que lorsque quelqu’un a un problème d’énergie, nous prenons le temps de faire une visite du site, de mesurer, d’apprécier ses besoins. Nous lui faisons, par la suite, une proposition de devis en tenant compte de résultats puisque nous garantissons toutes nos installations. Nos produits ont, en effet, des garanties de cinq (05) ans. Nous ne travaillons pas vraiment de façon aléatoire, mais de façon scientifique ; nous faisons des propositions adéquates. Nous avons la possibilité également de suivre les installations de nos clients à distance parce que les produits que nous distribuons qui sont de Victron Energy ont ces capacités. Cela nous permet de rassurer le client sur le bon fonctionnement de son installation. Donc à Energy and Services, nous faisons les études pour les dimensionnements, nous fournissons du matériel de qualité, nous installons des produits de qualité et nous faisons la maintenance ainsi que le suivi monitoring à distance de ces installations.

Il n’est pas fréquent de voir des femmes s’investir dans le domaine de l’énergie solaire. Que ressentez-vous ?

Rires. Quand tu es dans ce milieu, tu te rends compte que tu dois te battre ; je ne dirais pas doublement mais peut-être trois (03) fois plus parce que c’est un domaine assez spécial. Quand tu ajoutes la famille, le social et le besoin de résultat pour la société, tu dois vraiment te battre. Mais, c’est aussi un accomplissement que de pouvoir réussir à apporter des solutions pratiques pour l’agriculture de ton pays, pour l’électrification de ton pays et surtout pour résoudre le problème de besoin d’énergie dans les familles. C’est vraiment une fierté et je suis très reconnaissante à Dieu de m’avoir permis d’arriver jusque-là.

Que prévoyez-vous de faire pour ces jeunes filles qui voudraient emboiter vos pas ?

Au niveau de mon entreprise, je n’hésite pas à favoriser les candidatures féminines. Que ce soit au niveau des techniciens qu’au niveau de l’administration. Ce qui est intéressant avec les femmes, on n’a pas besoin de beaucoup parler avec elles. Lorsqu’elles voient que c’est possible seulement, elles emboitent facilement le pas. Donc, je pense que dans les années à venir, il ne faut pas qu’on se leurre, on va assister à une présence de plus en plus accrue des femmes dans les domaines techniques, énergétiques, industriels et miniers au Burkina Faso. Lorsque je fais des formations ou des salons comme celui-ci qui s’intéresse à l’emploi et à l’entrepreneuriat féminin, je n’hésite pas à participer et à promouvoir cela, en espérant que si des jeunes filles ou des femmes aussi me rendent visite, cela va les encourager. Voilà ce que j’essaie de faire…

Que pensez-vous de l’entrepreneuriat féminin dans notre pays ?

Je pense que l’entrepreneuriat féminin est une clé pour le développement économique et social du Burkina Faso. Mais malheureusement, il y a des choses qui handicapent beaucoup l’entrepreneuriat féminin. C’est le renforcement des capacités, l’accès des capacités intellectuelles dans la formation. C’est aussi l’accès au financement parce que c’est la croix et la bannière par moments pour avoir accès aux finances pour travailler. Parfois, c’est étonnant. Même avec un certain niveau d’études, ce n’est pas facile. Beaucoup de femmes ont un accès difficile aux connexions, aux relations ; ce qui handicape souvent l’entrepreneuriat féminin. En dépit de nombreuses difficultés, elles arrivent doucement et certainement à se positionner.

Quels sont les projets qui vous tiennent à cœur ?

Energy and Services envisage réaliser des projets qui peuvent bénéficier à un plus grand nombre de femmes mais aussi à la population surtout dans nos zones reculées. Vous savez, le problème énergique, s’il est sensible en ville, il est encore pire en milieu rural. Aujourd’hui, on a le soleil partout. Je le dis souvent la solution se trouve là où il y a le problème. Partout où on a besoin d’énergie pour l’agriculture, pour l’eau, pour l’électrification, on a le soleil. Donc aujourd’hui, l’énergie solaire est la solution pour nos populations rurales. Et pour les femmes, je voudrais pouvoir apporter des solutions qui boostent leurs activités économiques. Elles vous diront toutes que les coûts de l’énergie handicapent énormément leurs activités. Si tu prends une femme qui vend de la glace, par exemple, elle te dira que 40% de ses revenus sont utilisés pour payer l’énergie. Donc, on peut aider les femmes à avoir des chambres froides, des frigos solaires pour réduire les coûts de l’énergie et booster leurs activités. Et c’est la même chose pour celles qui ont des salons et quand il y a délestage tu ne peux pas terminer ta tête ; ce n’est pas intéressant. Tu as des taxes à payer alors que tu ne peux pas travailler. Avec des solutions de back up, des solutions énergétiques, toutes les acticités des femmes sans exception peuvent être boostées d’une certaine façon. C’est ce que nous envisageons dans un futur proche : déployer autant que possible pour booster l’entrepreneuriat féminin au Burkina Faso.

La mise en place de telles initiatives nécessite un accompagnement à plusieurs niveaux. Avez-vous un appel à lancer aux pouvoirs publics ?

Je voudrais simplement faire comprendre qu’au stade où nous sommes au Burkina Faso, on ne peut pas compter sans les femmes, qu’on le veuille ou pas. Et aujourd’hui, la fougue, l’énergie, la décision et l’engagement des femmes restent un moteur pour réellement booster l’économie nationale et tous les secteurs économiques de notre pays. A l’attention de ces autorités publiques, qu’elles nous fassent plus confiance et qu’elles nous donnent aussi des plateformes où on peut s’exprimer et apporter nos contributions.

Quel est votre message à l’endroit des jeunes filles intéressées par l’énergie solaire ?

Pour celles qui sont réticentes, je voudrais les encourager. Ce n’est pas une question de moyens financiers mais une question de volonté. On le dit souvent quand on veut, on peut. Une fois que tu veux, les opportunités et les capacités vont venir à toi. Je les encourage à avancer de manière professionnelle, réfléchie et étudiée, pour ne pas se jeter dans la gueule des loups. Pour celles qui se lancent, je voudrais leur dire de s’armer de persévérance et de courage. Ce n’est pas facile. C’est difficile mais ce n’est pas impossible. Je voudrais aussi encourager les institutions financières à faire encore plus confiance aux femmes parce que quand tu as accouché et que tu as des enfants, ton seul désir est de pouvoir réussir quelque chose pour ta maison et aussi pour tes enfants. A cause de cela, nous sommes généralement prêtes à être plus intègres dans la gestion des fonds. Donc, que ces institutions accompagnent les femmes pour l’atteinte des objectifs, en finançant leurs projets.

Entretien réalisé par Roland Kaboré

rolandkabore89@yahoo.fr

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