Jean Cyrille Bado à propos du FAFEL 2019: « Les femmes croient en nous, nous tiendront cette édition »

La 3e édition du Forum africain des femmes leaders (FAFEL) aura lieu du 29 au 31 mars 2019 au SIAO. Elle aura lieu sous le thème : « Leadership féminin et commerce transfrontalier : alternative digitale », malgré quelques difficultés. Une dizaine de pays attendus, la Côte d’Ivoire comme pays invité d’honneur, des formations, des panels, des séances de dépistage du cancer du col de l’utérus et du sein, etc. : c’est le menu de cette rencontre majeure du leadership féminin. En prélude de l’évènement, nous avons rencontré Jean Cyrille Bado, le promoteur, avec qui nous avons échangé sur les grandes articulations de l’édition, les difficultés, sa vision du leadership féminin, etc. lisez plutôt !

1. Jean-Cyrille Bado, promoteur du FAFEL

Vous êtes Jean Cyrille Bado. Vous êtes coach en art oratoire et développement personnel, fondateur d’Armonik Vizion, promoteur du Week-end spécial des mères et du Forum africain des femmes leaders (FAFEL). Mais que retenir de vous lorsque vous vous présentez ?

Je suis un entrepreneur. Mais je me rends compte que je suis de plus en plus orienté vers les activités sociales. Donc je me définis comme un entrepreneur socioculturel parce que je mène des actions dans le domaine de la culture et du social. Je me suis donné une mission de vie, celle de défendre la cause de la femme. Je me préoccupe beaucoup plus du sort des femmes et de l’avenir des jeunes.

Vous pilotez toutes vos activités grâce à votre structure, Armonik Vizion. Peut-on en savoir davantage ?

Armonik Vizion est une agence de conseil et de création de solutions de visibilité, née en 2010. Le but premier de sa création était d’honorer la mémoire de ma défunte mère. C’est pourquoi vous verrez Armonik Vizion qui ne s’écrit pas de manière standard. Elle s’appelait Monique, paix à son âme. Elle nous a toujours dit de créer de l’harmonie autour de nous, de vivre en bonne intelligence avec nos semblables et proches. C’est tout naturel que cette structure porte son nom pour lui rendre hommage. Bientôt nous fêterons nos dix (10) ans. Nos actions s’articulent autour du conseil et de la création de solutions de visibilité pour les entreprises, les institutions, les particuliers dans le cadre du « personnal branding ». Le volet évènementiel, nous l’avons ajouté depuis 2015. Le premier évènement que nous avons tenu était le « Week-end spécial des mères ». Ensuite, il y a eu le Forum africain des femmes leaders (FAFEL) en 2017.

En créant le Forum africain des femmes leaders (FAFEL) en 2017, vous avez opté de défendre les causes des femmes. Quel est l’objectif du forum ?

Ce forum est né suite au « Week-end spécial des mères ». Après un bilan des deux éditions de cet évènement, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait des femmes qui ne se sentaient pas concernées par la vision que nous avions. Elles nous disaient qu’elles n’étaient pas des mères ; car lorsque nous approchons les jeunes filles, elles étaient réticentes. Notre but était de préparer la jeune fille à être une bonne femme, une bonne mère, une bonne épouse, une leader qui participe de façon active et holistique au développement de la société. C’est pourquoi ce forum a centré sa vision sur la femme en tant que socle de la vie, épicentre du développement. En 2017, nous avons tenu la première édition et nous avons posé un acte social en allant au Centre Delwendé pour rencontrer ces femmes exclues, chassées de chez elles pour des raisons vraiment discutables. Mais elles restent toujours des humains, des mères, des femmes, qui ont besoin d’être soutenues.

L’affiche de la 3e édition

Du 29 au 31 mars 2019, se tiendra à Ouagadougou la troisième édition de ce forum. Elle aura lieu sous le thème : « Leadership féminin et commerce transfrontalier : alternative digitale ». Comment se prépare cette édition ?

Nous avons commencé les préparations depuis septembre 2018. Cette troisième édition, nous l’avons commencée avec beaucoup d’espoir en ayant la conviction que l’expérience des deux précédentes éditions, les acquis que nous avons engrangés, seraient des atouts indiscutables pour le bon déroulement de celle-ci. Ça se prépare bien. Dans nos têtes, tout le monde est engagé car nous sommes convaincus que nous pouvons apporter des solutions aux problèmes des femmes et de l’humanité. Un aigle ne peut voler qu’avec ses deux ailes en bon état. Si l’une est handicapée, c’est sûr que l’aigle ne peut plus être cet oiseau majestueux. De même, l’humanité ne peut être équilibrée et harmonieuse, propice à la création de richesses, si les deux entités, que sont les hommes et les femmes, ne sont pas traitées de manière équitable et n’ont pas les mêmes droits et les mêmes possibilités. Nous pensons donc que ce forum vient, dans sa dimension holistique, faire de la femme un bon leader, une bonne mère, une bonne épouse, une bonne entrepreneur, une citoyenne à part entière. Pour cela, nous sommes engagés. Malheureusement, une chose est de vouloir faire quelque chose, pouvoir la réaliser en est une autre. Entre les deux, il y a souvent une frontière. On se retrouve aujourd’hui avec quelques difficultés. Sur le plan du sponsoring, par exemple, l’évènement n’a pas encore l’accompagnement nécessaire mais cela ne nous arrête pas. A cœur vaillant, rien d’impossible. Nous avons décidé d’être des créateurs de solutions et de possibilités. De manière spontanée, des gens viennent nous apporter leurs soutiens, même s’ils ne sont pas financiers. Tout n’est pas financiers non plus. On espère que d’ici là, on espère voir l’accompagnement qui va permettre de mieux tenir le programme des activités de cette édition.

Pourquoi le choix de cette thématique de la 3e édition ?

Pour nous, il est question d’échanger sur l’alternative digitale, parce que le digital est aujourd’hui la première ressource partagée. Si les femmes doivent être autonomisées, il faut qu’on leur apprenne et les encourage à utiliser les moyens qu’offre le digital. Comment le digital peut-il être un moyen qui permet à la femme, peu importe son domaine d’activité, de commercer plus facilement, développer son business sans avoir à se déplacer d’un pays à un autre ? C’est cette question qui est au cœur de cette édition. Il faut parvenir à briser les frontières pour permettre aux femmes de créer, développer et promouvoir leurs entreprises grâce au digital. Il faut aussi lui permettre de faire son « personnal branding », car on a coutume de dire que si tu te vends moins chère, on te paie à crédit. Nous voulons donc apprendre aux femmes à soigner leur image, les emballages.

Il faut également rappeler que la Côte d’Ivoire est le pays invité d’honneur. Cette édition se tient sous le patronage de Kapielétien Soro, Ambassadeur de Côte d’Ivoire au Burkina Faso ; sous la présidence d’Hélène Marie Laurence Marchal/Ilboudo, Ministre de la Femme, de la Solidarité nationale et de la Famille ; sous le parrainage de Bintou Djibo/Boly, Secrétaire permanente du Centre d’Arbitrage, de Médiation et Conciliation de Ouagadougou (CAMC-O). Une dizaine de pays est attendue.

Quelles seront les activités au programme ?

Tout d’abord, nous avons la plateforme de renforcement des capacités de penser et d’agir des femmes. Pour cela, il y aura des panels, des masters class, un boot camp digital, etc.

Ensuite, nous aurons la plateforme commerciale avec le Marché africain des femmes leaders (MAFELA). Dans ce volet, il n’y a pas que le commerce. Il y aura des formations en techniques de vente, le réseautage.

De plus, il y a la partie culturelle avec le Festival africain de promotion culturelle et artistique (FAPROCA). Il n’y a pas que le commerce. Il y a des femmes qui ont des talents artistiques dans la mode, la danse, la musique, etc. Nous leur donnons l’espace pour promouvoir leurs talents. Les femmes constituent les premiers vecteurs de transmission de notre culture.

Nous avons également la veille socio-sanitaire avec les cliniques mobiles. La première clinique mobile est consacrée à la veille sanitaire. Pour ce faire, il y aura des dépistages du cancer de l’utérus et du sein, des contrôles de la glycémie, de la tension. C’est gratuit. La seconde clinique, c’est la clinique juridique. Avec l’association des femmes juristes, il y aura des séances de conseils juridiques. La troisième clinique est la clinique Eco-Vert qui traitera de la thématique de la protection de l’environnement. Enfin, nous terminerons par la cérémonie de remise de récompenses aux femmes leaders qui se battent au quotidien.

Vous aviez parlé des difficultés pour le sponsoring. A part cela, quelles sont les autres difficultés que vous rencontrez ?

Personnellement, je me suis toujours présenté comme un créateur de solutions. J’évite de m’attarder sur un problème pour ne pas épuiser mon énergie. Même quand il y a des problèmes, je préfère m’appesantir sur les solutions. J’ai fait récemment une publication sur Facebook pour faire l’état des lieux de nos préparatifs et des difficultés. C’était un cri de cœur, mais aussi un ras-le-bol.

Aujourd’hui, on incite les jeunes à aller à l’entrepreneuriat que l’on présente comme la panacée qui résoudra les problèmes de chômage, parce que la Fonction publique n’arrive plus à absorber les diplômés qui sortent des universités et des écoles de formation. Dans le même temps, il n’y a pas de mécanisme qui encourage fortement les jeunes qui s’y mettent. C’est déplorable. Tu inities ton projet ou ton activité et tu vas voir autant de sponsors (entreprises privées, institutions, le gouvernement, etc.). Ils te disent qu’ils te soutiennent parce que l’idée est bonne. Mais il faut que tu fasses tes preuves. Soit. Mais il faut encourager les jeunes dès la première initiative. Que l’on trouve un mécanisme qui les encourage. Quant on va vers les banques, par exemple, elles demandent des garanties pour entrer en possession de leurs dus. A ce que je sache, au Burkina Faso, pas plus qu’à ailleurs en Afrique, un jeune ne nait avec un titre de propriété. Quand on entreprend, on va voir une banque, on demande le PUH. Où un jeune peut-il trouver cela si on n’a pas un père qui possède des propriétés ?

Une autre chose. On se bat avec nos moyens et le soutien de personnes de bonne volonté. On fait une première édition réussie avec de bons résultats. A la deuxième édition, on revient avec ces résultats, ils regardent et te félicitent, mais il n’y a pas d’accompagnement. Ils te reprochent d’être arrivé en retard. On apprend toujours et on revient à la troisième édition avec des résultats plus renforcés en termes d’acquis. On y va à temps. On dépose le dossier et quand on commence à faire des relances, on ne retrouve plus le dossier, on ne s’est plus où il est passé. Ou encore, le dossier est déposé, il y a eu un premier entretien et des garanties. A l’approche de l’évènement, on vous dit que la personne chargée de gérer le dossier est absente (en mission, malade, etc.). Le dossier est affecté à une autre personne. Celle-ci vous fait comprendre qu’en raison des délais courts, elle ne peut pas débloquer les fonds. Qu’est-ce qu’il faut alors comprendre ? Quel message véhicule-t-on vraiment ? Veut-on vraiment aider les jeunes de manière sincère ? Si oui, il faut trouver un mécanisme. Nous parfois comptable de cette situation. Oui, mais il faut trouver des solutions. Nous avons des aînés qui peuvent nous aider à aller de l’avant. Il y a une fuite de responsabilité à tous les niveaux. Il faut changer les choses.

Quel bilan faites-vous des deux précédentes éditions ?

Après ces deux éditions, je pense qu’il y a une satisfaction morale d’avoir contribué à permettre aux femmes de pouvoir avoir confiance en elles. Nous recevons des témoignages de femmes qui estiment que nous leur avons apporté une valeur ajoutée. Même si ce ne sont que dix personnes qui disent merci, nous savons que ce sont dix personnes en moins sur l’échelle des problèmes que nous avons. Le Forum africain des femmes leaders est une richesse. Il mérite d’être soutenu pour ce qu’il représente en termes d’activités et d’impact. Nous sommes contents de ce que nous faisons avec le peu de moyens dont nous disposons. Après ces deux éditions, nous avons terminé avec des soldes négatifs. Nous sommes là pour la troisième édition. Des gens me disent que je suis fou. Ce n’est pas de la folie. C’est de la conviction. Nous sommes satisfaits sur le plan moral. Le côté financier sera résolu si et seulement si des personnes, en âme et conscience, se disent que ce projet doit être soutenu. On n’a pas besoin de connaître le promoteur du projet pour soutenir le soutenir pour les résultats positifs qu’il engrange. Au-delà de nos personnes, c’est l’image du pays qui est valorisée.

Vous avez été récemment distingué pour vos actions en faveur de la promotion du bien-être et de l’épanouissement des femmes. Quel est le sentiment qui vous anime ?

Humblement, je rends grâce à Dieu. Quand on m’a appelé pour m’informer que je devais recevoir cette distinction à l’occasion de la 3e édition de la grande rencontre d’échange des femmes camerounaises du monde qui a eu lieu au Togo, j’étais à la fois heureux et peiné. Peiné parce que c’est de l’extérieur que l’on reconnait notre travail. Lorsque je suis allé recevoir ce prix, il y a eu des perspectives qui se sont ouvertes. J’étais également en Côte d’Ivoire pour rencontrer des gens pour cette édition. Il y a eu de belles rencontres. J’ai également été invité à Cotonou (Bénin) par l’Observatoire panafricain du leadership féminin (OPALEF) dont la présidente exécutive est Catherine Samba-Panza, ancienne présidente de la Transition en Centrafrique. L’idée était de créer une synergie entre le FAFEL et l’OPALEF. Aujourd’hui, le forum est membre de cet observatoire et des actions seront menées dans les jours à venir. Sauf erreur de calendrier, Catherine Samba-Panza sera au Burkina pour le FAFEL. On rend grâce à Dieu, mais c’est aussi une invite à faire mieux et plus. Je dirai enfin que même si le trophée porte mon nom, cette récompense est adressée au comité d’organisation, aux personnes de bonne volonté qui nous soutiennent. Nous disons merci à toutes ces personnes qui nous ont accompagnés et qui continuent à le faire. Toutes nos excuses, aussi, à toutes ces personnes qui, d’une manière ou d’une autre, ont été froissées. Nous sommes humains. Nous essayons de faire ce que nous pouvons. Mais c’est parfois difficile et on blesse sans le vouloir.

Votre message…

Mon message s’adresse à tous ces jeunes entrepreneurs. Le leadership ou l’entrepreneuriat, c’est 90% de solitude. C’est vous que l’on voit et tout le monde pense que vous êtes nanti. Mais quand vous rentrez à la maison, tu pleures et c’est vous et Dieu seul qui le saviez. Mais dès le lever du jour, il faut faire bonne mine et aller à la rencontre des gens avec le sourire. Il faut que l’on accepte cela et faire le sacrifice qu’il faut. Merci à Infos Sciences Culture et à toute l’équipe !

Jean-Yves Nébié

augustenebie9@gmail.com

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