Je m’appelle Wend-puire…(1ère partie)

Je m’appelle Wend-puire. Je vis au Centre d’accueil des enfants en détresse (CAED) de Yiika. Nous y sommes nombreux. Et chacun a son histoire…plus ou moins complexe. Notre univers, comme l’a dit quelqu’un, est celui de  la souffrance,  des secrets et  des questionnements, mais aussi de l’espérance, de l’acceptation et de l’affection.

De qui sommes-nous les rejetons ? Nous ne le savons pas toujours. Ce qui est certain, c’est qu’« on » nous a arrachés de notre cadre familial originel pour nous placer en structure d’accueil. Orphelins, enfants issus de relations incestueuses ou adultérines, enfants à paternité contestée, enfants de mère malade mentale, enfants en situation de handicap ou de maladies chroniques, enfants délaissés… beaucoup sont abandonnés avant l’âge de 5 ans… aux abords des routes, ruelles, WC, poubelles, brousses, à la porte des Centre d’accueil… « Abandonner », c’est « bannir, rejeter, se séparer, se débarrasser, rompre avec, lâcher, larguer, exposer, s’éloigner, ne plus vouloir de quelqu’un ». D’autres sont juste confiés pour une période bien déterminée. Fort heureusement, certains parviennent à revêtir une « peau neuve » après l’institution. Malheureusement, nous n’avons pas tous un mental fort ; nous ne trouvons pas tous un remède à ce handicap qui s’est installé au début de notre jeune vie.

Nous sommes les enfants des autres… décédés, divorcés, infidèles, lâches, courageux, irresponsables, abandonnés, fous, prostituées …

Moi Wend-puire fais partie des enfants rejetés avant de naître. Je ne saurais vous dire exactement qui m’a engendré. Où partir lorsqu’on ne sait d’où on vient ? Le CAED de Yiika est mon seul repère depuis l’âge de trois jours. Ici, J’ai une mère et des amis-frères. Lydie est ma « mère » et les autres pensionnaires, mes amis-frères.

J’ai entendu dire que la femme qui m’a mise au monde fut l’amie d’un riche homme de mon pays, le Burkina Faso. Elle était contente de l’être et les deux étaient en très bon terme jusqu’au jour où elle fût enceinte. Malgré ses méthodes, j’avais trouvé le moyen de m’installer dans ses entrailles. Quel scandale ! Scandale, parce que leur deal était assez clair ; c’était une relation sans lendemain qui ne devait laisser aucune trace ; surtout pas un enfant. Et moi j’avais trouvé le moyen d’être là. Mon créateur avait t-il fait exprès ? C’était t-il trompé ? Je n’en sais rien. Mais j’étais là, bien accroché…Mon géniteur, après avoir sommé ma mère réelle de s’en débarrasser, l’abandonna finalement. Elle aussi ne m’avait pas désirée ; mais que faire d’un petit être qui s’invite en vous ? Faut-il vraiment lui interrompre son processus de vie ? Elle attendit patiemment neuf mois, et me donna la vie.

Le 3 décembre 1993 à 4h30 du matin, elle était à la maternité pour donner naissance au petit garçon que je suis. Deux jours après, elle alla me déposer à côté du mûr du CAED de Yiika aux environs de 23 heures. 23 heures parce qu’à minuit, elle devait fuir vers un autre pays, et moi je devais commencer une nouvelle vie ; celle des enfants abandonnés et recueillis en institution…

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