Gestion foncière: La question des conflits en milieu rural

La recrudescence des conflits fonciers est due à plusieurs facteurs qui sont, entre autres, l’accroissement démographique, la raréfaction du capital naturel (la terre, l’eau et la végétation) de même que la multiplicité des lois qui sont souvent contradictoires. La plupart des conflits en milieu rural sont d’essence foncière. Cependant, on constate que les plus récurrents sont ceux qui opposent très souvent agriculteurs et éleveurs.
Même si les conflits peuvent constituer des moteurs de développement à travers les changements qu’ils engendrent, ils demeurent, à bien des égards, un important frein au développement. Il est de nos jours établi que, pour être durable, le développement doit être participatif. Ce développement participatif nécessite une forte implication de tous les acteurs. Or, les situations conflictuelles compromettent cette collaboration. Ainsi, les conflits en milieu rural au Burkina Faso font obstacle au développement durable. Dans le cadre de la présente analyse, nous adoptons l’acception la plus couramment utilisée selon laquelle: le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. (Brundtland, 1987).
Au Burkina Faso, le développement durable est en grande partie compromis par la recrudescence des conflits en milieu rural. Plusieurs facteurs expliquent cet état de fait , parmi lesquels on évoque régulièrement la démographie galopante, la pression foncière, les migrations, l’élevage transhumant, les pratiques socioculturelles et de production.
Dans l’ensemble, ces différents facteurs semblent avoir une imbrication dont la conséquence est une forte occupation de l’espace rural. De nos jours, certaines provinces du Burkina Faso ont nettement dépassé ce que les experts en dynamique des populations appellent le seuil critique de la mise en valeur de l’espace agricole qu’ils estiment à 25% de la superficie totale (MAHRH, 2005). Cette inégalité dans l’occupation de l’espace pose le problème de l’équilibre entre la population et les ressources disponibles. Pour assurer cet équilibre, des lois ont été énoncées. Il s’agit, entre autres, de la Réorganisation agraire et foncière (RAF), de la loi 034 portant sur le régime foncier rural, du code de l’environnement et du code pastoral. Ces différents textes intègrent les mesures devant réduire considérablement les conflits liés à la gestion et à l’exploitation de ces ressources. Malgré l’existence de ces textes juridiques, les conflits liés à la gestion des ressources naturelles persistent.
La revue de la littérature et les observations de terrain montrent une certaine diversité et une multiplicité de conflits. La typologie sur les conflits s’appuie sur les types d’acteurs impliqués : conflits entre agriculteurs et éleveurs, conflits entre éleveurs, conflits fonciers impliquant les pêcheurs, conflits autochtones et allochtones, conflits intrafamiliaux, conflits intercommunautaires, conflits opposant l’Etat et la population. Parmi ces conflits, les plus récurrents sont ceux qui mettent en opposition agriculteurs et éleveurs. Cela pourrait s’expliquer en partie par l’importance numérique des acteurs impliqués dans ces activités, mais aussi par leurs caractéristiques divergentes. En effet, en termes d’enjeux de la production agricole, l’économie du pays repose essentiellement sur les secteurs de l’agriculture et de l’élevage qui contribuent à plus de 30% du PIB, assurent près de 80% des exportations et occupent plus de 85% de la population active. Agriculteurs et éleveurs ont besoin d’espaces, mais pas pour le même usage.
Face à ces conflits qui touchent les secteurs vitaux, l’agriculture et l’élevage de notre économie, des actions sont menées dans un souci, soit de les contenir, soit de les éviter. Cependant, les actions menées tendant à la résolution de ces conflits ne sont pas très performantes. Leur gestion en milieu rural revêt un caractère complexe lié parfois à des oppositions entre institutions modernes et traditionnelles. Selon le chef coutumier Naaba Padré, « l’administration a montré ses limites dans la résolution des questions foncières, contrairement aux autorités coutumières, qui ont donné la preuve de leurs compétences en la matière ». (L’Observateur Paalga, 11/05/10). Le bémol que l’on peut apporter à ces propos, c’est que les conflits entre agriculteurs et éleveurs prennent souvent des allures d’opposition entre groupes ethniques. Dans ce cas, les institutions traditionnelles sont impuissantes face à de telles dérives ethniques. Il faut alors trouver des alternatives pour tenter de résoudre les conflits.
Dans cette tentative de trouver des solutions, la médiation préconise de plus en plus des méthodes participatives permettant soit de prévenir les conflits soit de les résoudre. Il s’agit, entre autres, des méthodes alternatives de gestion des conflits promues par la FAO, de la communication non violente (CNV) et de la gestion des usages conflictuels des ressources en eau. Pour compléter ces méthodes alternatives, d’autres actions doivent être envisagées et renforcées. Il s’agit par exemple de la valorisation des ressources naturelles à travers des aménagements judicieux ; l’accroissement et la diversification des revenus des producteurs, puis l’appui à l’émergence de compétences locales de gestion des conflits dans le cadre de la décentralisation.
Il apparaît impératif d’engager des actions d’aménagement intégré et concerté pour la prévention des conflits, car leur résolution laisse toujours des séquelles. Ne dit-on pas que « Gouverner, c’est prévoir » ? La sagesse recommande que l’on s’intéresse non seulement à la résolution des conflits actuels, mais que l’on recherche en parallèle des voies et des moyens qui permettent surtout de les prévenir car un conflit, même résolu, peut renaître de ses cendres.
Dr. Arouna Goama NAKOULMA
Ph.D. en Géographie
Chargé de recherche, INSS/CNRST
Chef de service coopération et relations publiques, DS/CNRST
Spécialiste en Aménagement du territoire et gestion foncière

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