Face au Danfani: « C’est le film à voir absolument à ce FESPACO…» (Abdoul Karim Koné)

Le cinéma est un puissant vecteur d’images. Son rôle est prouvé dans le changement de comportements des populations. Et ça, Abdoul Karim Koné, réalisateur de documentaires de création l’a bien compris. Il a donc réalisé un long métrage intitulé « Face au Danfani » qui met en exergue le pagne tissé du Burkina Faso. Ce film est d’ailleurs sélectionné pour le cinquantenaire du FESPACO dans la catégorie panorama. Son plus grand souhait est de promouvoir le Faso Danfani par le biais du cinéma. Et cette biennale est pour lui une grande aubaine. Nous l’avons rencontré le 12 février 2019.

 

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Je suis slameur, conteur et comédien parce que j’ai eu plusieurs rôles dans des films. Aujourd’hui, je suis devenu réalisateur de documentaire de création après plusieurs formations, notamment avec Africadoc. J’ai réalisé aussi quelques films de fiction courts métrages.

Parlons donc de votre jeune carrière de réalisateur…

J’ai une jeune carrière de réalisateur parce que je m’y suis lancé en 2007 grâce au réseau Kino (un réseau universel de cinéma). Par la suite, j’ai été sur le plateau de mon mentor Kollo Daniel Sanou pour son film « Le poids du serment ». A partir de là, au regard de sa manière de travailler, je me suis rapproché de lui, je posais beaucoup de questions sur le jeu d’acteur et la réalisation. Je me suis lancé, j’ai fait des recherches sur internet, j’ai posé des questions pour m’informer et me former parce que c’est très important. A cause du manque de moyen financier pour se former dans les grandes écoles comme l’Institut supérieur de l’image et du son (ISIS) et l’Institut IMAGINE, j’ai continué à travailler, à réaliser des courts métrages. Après j’ai répondu à un appel à candidature en 2012 via le réseau Africadoc (qui forme beaucoup en documentaire de création), on a été formé à Bobo-Dioulasso et il fallait sélectionner des gens pour venir à Ouagadougou et j’ai été retenu dans l’équipe. J’ai été encore sélectionné pour représenter le Burkina au Sénégal avec Mamounata Nikiéma et d’autres jeunes cinéastes. J’ai appris beaucoup de choses. En 2013, je suis allé en Allemagne pour une formation. Ensuite, je suis allé à Lyon, etc. Voilà comment je me suis formé avec des professionnels Francis Wolff, Kollo Daniel Sanou, Bernie Golbat, Mamounata Nikiéma. Nous avons un petit réseau qui nous assure une formation continue. De toutes les façons, j’ai de l’amour pour ce métier et rien ne peut m’arrêter. Quand on désire quelque chose, il faut apprendre d’abord.

En tant qu’acteur, j’ai joué dans « Le clash » (2005), un film ivoirien qui relatait les péripéties de la guerre en Côte d’Ivoire. Au Burkina Faso, j’ai joué dans « Le poids du serment » et « Takami » de Kollo Daniel Sanou, etc.

Vous avez réalisé un documentaire intitulé « Face au Danfani », sélectionné pour le FESPACO 2019. Parlez-nous de ce film ?

Ce documentaire parle du Faso Danfani, le pagne tissé du Burkina Faso. C’est le pagne tissé de chez nous. Ce film attire notre attention. Par le titre, « Face au Danfani », j’attire l’attention sur les réalités de ce pagne tissé qui vient de chez nous. Ce film parle de la culture du coton jusqu’au produit final qui est la tenue vestimentaire, en posant des questions sur l’avenir de ce pagne. Ce pagne existe depuis la nuit des temps. Thomas Sankara l’a relancé et aujourd’hui le gouvernement burkinabè le promeut. Le problème n’est pas de dire qu’il faut consommer burkinabè. Il faut savoir comment consommer burkinabè. Ce film évoque toutes ces questions, parle de ces femmes qui se battent sous le soleil pour la filature, la teinture, la vente ; ensuite, il propose des pistes de solutions. C’est un pan important de notre culture qui est aujourd’hui mis en lumière lors de certains salons internationaux. J’ai voulu que ce film soit vu sur le plan international pour susciter plus d’engouement pour le Faso Danfani. Cela peut enclencher une dynamique, celle de la création d’écoles professionnelles, de nouvelles méthodes de filage, de teinture, etc.

D’où vous vient cette motivation de parler de ce pagne tissé qui fait la fierté des Burkinabè ?

Ma motivation vient de mes parents. Je suis issu d’une famille de tisserands de Safané (Boucle du Mouhoun). Je n’ai pas connu mon grand-père, mais j’ai vu ses pagnes tissés. Il y a un pagne qu’une personne âgée du village m’a présenté et il a soixante (60) ans. Cela m’a encore motivé. Toute ma famille tisse et teint les pagnes.

Vous êtes le seul réalisateur de la ville de Bobo-Dioulasso à faire partie de la sélection officielle pour le Fespaco 2019. Quel est le sentiment qui vous anime le plus ?

Il est énorme ce sentiment. C’est cette joie qui m’anime de dire que ce jeune perdu de la ville de Bobo-Dioulasso, qui n’a pas été soutenu, même par la mairie de sa ville, qui n’a pas été soutenu par des gens qui clament que Bobo est la capitale culturelle du Burkina Faso, qui s’est battu avec ses maigres moyens, a réussi à déposer un projet au Fespaco qui a été retenu. Ce film, je le dédie à toute la jeunesse de Bobo et toute la jeunesse du Burkina Faso. Avec rien, on peut faire bien. Avec peu, on peut faire mieux. Mais surtout, il faut le faire maintenant. C’est dans ce sens que j’ai travaillé et je suis très heureux. Je serai à la table des doyens, des grands frères, qui me donneront encore des conseils, des idées pour que je puisse enrichir mes œuvres. Vous ne pouvez pas imaginez ma joie d’être au Fespaco. C’est un grand rêve qui se réalise. Depuis la Côte d’Ivoire, mon rêve, c’était de faire le cinéma. Le Fespaco m’a toujours fait rêver et fait rêver le monde entier. On m’a toujours dit que si je voulais faire du bon cinéma de rentrer au Burkina Faso. Un jour, j’ai cherché sur internet les mots « réalisateurs burkinabè ». Le premier nom qui est apparu c’est Gaston Kaboré. Je me suis donc dis que si j’arrivais au Burkina Faso, je vais tout mettre en œuvre pour le rencontrer. Et je continuais de rêver du Fespaco. Je voulais vraiment y participer, même si c’est en tant que festivalier. Heureusement tout s’est réalisé cette année. Je suis retenu au Fespaco dans la catégorie panorama. Ce n’est pas la compétition mais ce n’est pas grave, ça viendra. C’est tout doucement. Je dédie ce film à ma famille et à mon épouse Sabrina Delenne-Koné.

Dans quelles conditions avez-vous réalisé ce film documentaire ?

J’ai vraiment travaillé dans des conditions difficiles, sans accompagnement de ma ville, du ministère, etc. Les conditions étaient vraiment misérables. Par exemple, il y a eu le Salon international du coton et du textile (SICOT) à Koudougou ; nous y sommes allés pour faire des tournages. On n’avait pas les moyens d’y aller. Une société de transport nous a offert les billets pour l’aller seulement. On s’est jeté dans le car et on est parti. Là-bas, il y a eu d’autres difficultés comme l’hébergement, le transport, etc. On avait eu des promesses pour le logement mais on a failli dormir à la belle étoile. Une connaissance de mon technicien nous a hébergés finalement et même là j’ai dormi sur le sol parce qu’il n’y avait pas de place. Même pour le tournage, on a eu des difficultés. Mais j’étais animé par ma passion et nous avons résisté. Il y a eu de nombreuses péripéties mais nous avons tenu bon et voilà le résultat.

Que pensez-vous de ce cinquantenaire du FESPACO ?

Le FESPACO est une grande fête du cinéma africain, on rencontre des gens, il y a des projets qui naissent, il y a des acheteurs de films, il y a du monde, des discussions, etc. C’est vraiment génial, c’est une grande opportunité pour nous. Nous devons promouvoir le Danfani par le cinéma. C’est une grande opportunité. C’est un grand changement qui se prépare, un changement vers le futur et la nouvelle génération. C’est l’occasion rêvé de faire cohabiter les aînés, les doyens et les jeunes réalisateurs afin qu’il y ait une transmission du savoir.

Quelles sont vos perspectives ?

Je cherche à rencontrer du monde, à vendre le film. Je veux aussi faire tourner le film parce qu’il faut qu’il soit vu. C’est très important, c’est la priorité pour moi. Il faut que la jeunesse connaisse l’histoire de ce pagne tissé. Ensuite, c’est faire du business pour rembourser mes petites dettes (rires).

Votre message…

Je lance un appel aux autorités de ce pays. Faites confiance à la jeunesse. Si j’ai réussi, pendant deux ans, à faire ce film, sans de grands moyens financiers, et réussir à être sélectionné, c’est que nous pouvons faire de belles choses. Il faut croire en la jeunesse et lui faire confiance.

Jean-Yves Nébié

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