Espace culturel Gambidi: «Nous avons en charge un lourd héritage à perpétuer» (Kira Claude Guingané)

Revenu en pompier pour voler au secours de l’Espace culturel Gambidi (ECG) juste après la mort du fondateur, Jean Pierre Guingané, Kira Claude Guingané (fils de l’illustre disparu) dirige la structure depuis maintenant cinq (5) ans. Dans cet entretien qu’il a accordé à ISC le 23 février 2016, il nous livre sans réserve les difficultés auxquelles fait face le centre au quotidien et sa vision de la culture au Pays des hommes intègres.

 

Claude 2ISC : Comment se porte l’Espace culturel Gambidi?
KCG : L’ECG se porte bien en dépit des difficultés que tout centre culturel rencontre. Vous savez,ici au Burkina Faso, nos centres ne sont pas subventionnés comme c’est le cas dans d’autres pays. Il faut donc à la fois l’animer et faire preuve d’initiatives pour générer les recettes qui vont pouvoir financer nos projets. Ce qui n’est pas du tout évident.

Vous venez de commémorer le 5e anniversaire de la mort de votre père, fondateur de l’espace Gambidi. Comment l’avez-vous vécu?
Personnellement c’est une date d’anniversaire toujours chargée d’émotions, puisque nous sommes entourés par des gens et dans un lieu totalement inspiré, pensé par cet homme. Nous ne faisons que continuer ce qu’il a initié. Pour nous c’est une date extrêmement importante. Cela nous permet de marquer notre respect pour tout ce qu’il a fait. Nous avons en charge un lourd héritage que nous devons perpétuer ; ses écrits, son héritage intellectuel et surtout la direction qu’il a donnée à ce centre. Nous devons les garder sans trahir son esprit.

Beaucoup d’observateurs craignaient la fermeture du centre à la mort de votre père. Comment avez-vous pris la relève de ce lourd héritage?
Cet héritage a été très compliqué parce qu’à la mort du fondateur, tout s’est arrêté. Jean Pierre Guingané portait tous les projets du centre, et lorsqu’il a disparu beaucoup de questionnements sont arrivés. L’équipe a douté d’elle-même et s’est posé des questions quant à l’avenir. Personnellement je n’y étais pas (NDLR : l’interviewé vivait à l’étranger), donc je suis arrivé croyant que j’allais aider ce centre mais je me suis rendu compte que c’était beaucoup plus compliqué que je le pensais. Si je suis encore ici aujourd’hui 5 ans après, c’est que je n’ai pas réussi à repartir tranquille en me disant que l’équipe pourrait continuer. J’avoue qu’aujourd’hui je suis assez passionné par le travail que je fais. Côtoyer les artistes au quotidien, ça vous transforme personnellement ; vous êtes plus alerte et plus conscient des enjeux. C’est peut-être cela la différence entre le moment de mon arrivée et aujourd’hui. On ne peut pas tricher lorsqu’on organise un spectacle; si vous n’avez pas l’envie, vous ne pourrez pas le faire. Je peux vous dire que c’est plus compliqué qu’avant parce que nous n’avons plus l’aura du professeur Jean-Pierre Guingané qui savait certainement trouver des financements pour de gros projets.

Le Festival international de Théâtre et de Marionnettes de Ouagadougou (FITMO) est une idée originale de votre père. Est-ce une activité que vous allez continuer à faire vivre?
C’est un des premiers festivals qui a été créé. Il a vacillé et connu de grands doutes quant à sa continuité par manque de moyens, surtout financiers. Cependant, il faut l’organiser nonobstant les maigres moyens dont nous disposons. L’année où mon père est décédé, on s’est dit qu’il fallait organiser au moins un FITMO en son honneur. Cette année on a essayé une nouvelle forme de décentralisation en envoyant des activités en province après les activités de la capitale. Tout cela pour des raisons budgétaires. Cependant, on s’est rendu compte que partir tous ensemble en province après l’étape de Ouaga était plus intéressant. On avait le retour des artistes et le temps de faire des formations.

Certes vous rencontrez des difficultés…
Assurément ! Le principal souci, ce sont les finances. Je crois que tous les problèmes découlent de là. Quand vous avez les moyens, vous pouvez choisir la meilleure personne pour faire le boulot et cela vous simplifie énormément la tâche. Par contre, si vous ne l’avez pas, vous devez composer avec celui qui vous proposera un traitement plus bas et moins compétent. Et là, vous êtes donc obligé de vous impliquer un peu plus. L’absence de politique littéraire empêche aussi la parution des œuvres de Jean Pierre Guingané. Mais il ne faut pas se décourager, j’ai pu faire paraître « Le Fou » et j’espère pouvoir le faire avec d’autres œuvres. Il m’a fallu aussi du temps pour rentrer dans ce système, c’est très lourd et c’est beaucoup de choses à faire. L’école, la radio, le théâtre, l’infrastructure sont autant de choses dont il faut prendre soin au quotidien.

On constate que beaucoup d’artistes se produisent en Europe. Est-ce à dire que la qualité de la formation est un gage de succès?

Oui, bien sûr ! C’est la vision de Jean Pierre Guingané et Prosper Kompaoré. Ces personnes ont compris très tôt l’importance de la formation. Elles ont développé la première formation d’artistes. L’actuel espace Gambidi est en fait la suite de cette école qui, finalement, a été baptisée le 3 janvier dernier « Ecole Supérieure Jean Pierre Guingané ». On y poursuit donc la formation. Depuis mon arrivée à la tête de cet espace, j’ai vu sortir deux promotions. Quand vous êtes formés, vous devenez plus compétents. Par exemple, une troupe a fait une tournée en Europe, sur quatre artistes, trois étaient issus de l’ECG. Cela sous-entend que l’apprentissage y est pour quelque chose. Pour moi, la formation est capitale. Malheureusement, elle ne peut pas faire gagner de l’argent. Il ne faut pas espérer devenir riche par la formation d’artistes.

Pourquoi avoir choisi Info Sciences et Culture comme partenaire de l’espace Gambidi?
Quand j’étais petit, je recevais un journal de ce genre- là qui venait de France. Il s’appelait « Sciences Junior », avec des explications sur les phénomènes scientifiques. Quand j’ai vu ISC, j’ai été admiratif de ce projet qui cherche à cultiver les gens. Parce que je suis assez critique de la presse qui s’intéresse plus à des choses sensationnelles et que personne n’exploite ce côté culture, science. Alors, quand j’ai vu le premier numéro, j’ai apprécié le travail abattu.

Quels sont vos projets à moyen terme?
Il y a 5 ans, je me disais que si je gagnais au loto je me construirais une grosse maison, j’achèterais un gros 4×4 pour pavaner dans Ouagadougou. Aujourd’hui, si je gagne au loto, je rêve d’une grande création artistique qui ferait une tournée remarquable. Je rêve de voir l’Epopée, c’est-à-dire un grand spectacle à la manière de Broadway, une comédie musicale ; grâce à cela on pourra expliquer aux gens que tout le monde découle des Bissas (rires). C’est cela le grand intérêt. Une grande comédie qui expliquera aux gens comment le royaume Mossi est né. Il y a de belles choses à faire artistiquement. J’aimerais aussi essayer de développer des choses avec des partenaires en Europe et continuer à concocter des projets qui apportent des soutiens aux jeunes. Mon combat c’est de voir le théâtre devenir une matière scolaire comme dans bien d’autres pays.

Issa Karambiri
Simon Vermot Desroches
(Stagiaire)

Gambidi’s cultural center: “We have to perpetuate a heavy inheritance”

(Kira Claude Guigané)

He came back to save the Gambidi’s Cultural center after the death of its founder Jean Pierre Guingané. For five (5) years Kira claude Guigané (his son) manage the structure. He allows us to make an interview February the 23rd 2016, and he said how difficult it is to succeed to his father. He also shows his vision of the culture in Burkina Faso.

Claude 2ISC : How are things with the Gambidi’s Cultural space?
KCG : The Gambidi’s Cultural center (ECG) is doing fine. Neverthe less we get difficulties. As you know in our country, center aren’t subsidize like in other country. So we have to manage it and moreover we have to find means to pay our projects.

You just commemorated the 5th anniversary of your father’s death. How did you live it?
Personally, it’s a date fill with emotion, since we are in a place think and choose by this man. We just continue with his work. That’s why this date is important. It’s a way to show how much we respect him and what he done. We have to perpetuate a heavy inheritance. All his work ; his writing, his intellectual inheritance, and the center’s direction. We have to keep it and don’t betray his spirit.

A lot of observer feared the center’s closure when you father died. How do you handle this?
It has been really complicated because when he died everything stop. He carries on every center’s project and when he disappeared a lot of questions have been asked. The team starts to doubt. Personally I wasn’t here (He was living abroad) so I came thinking it will be easy, but I saw that it was a lot harder that I thought. If I’m still here, that’s because I can’t leave thinking “everything is going to be alright”. And today I’m really passionate by what I do. Being near to the artist every day change your way to see the world; you become more conscious of the stake. That’s maybe the difference between the man I was 5 years ago and who I am know. You can’t cheat when you do a show. If you don’t want to, you can’t do it. I think it’s harder than when my father was alive, because he could easily get funding for big plans.

The Ouagadougou’s International Festival of Theatre and Puppets (FITMO) is one of your father’s idea. Do you want to keep it alive?
It’s one of the first festival which appeared. He has been tormented because of a lake of money. But it seems essential to organize a FITMO even if we don’t have money. When my father died, we has to organize a FITMO, it shouldn’t die with his creator and we have to pay homage to Jean Pierre Guingané. This year we change the way to do it. For budget’s reason we decide to make the activities in Ouaga and then to go around the country whereas we used to make activities in the same time. However it seems to be more interesting in the new way because we earned time to do formation.

Do you have difficulties?
Of course! The most important is financial. Every problem arise from lake of fund. When you have enough means, you can choose the best person to do one job. On the other hand, if you don’t, you have to do with the one that is less qualifying and so less expensive, and you have to do more to compensate. The absence of literature’s policy prevents the publishing of Jean Pierre Guingané’s books. Nevertheless I managed to do “Le fou” (the crazy one) and I hope to do the same with the other ones. The school, the radio, the theatre, it take time to be able to manage all of this every day.

We can see a lot of artist happened in Europe. Is it a forfeit of the formation’s quality?
Yes, of course ! That’s Jean Pierre Guingané and Prosper Compaoré’s vision. They understood really early the formation’s importance. They developed the first artiste’s school. The gambidi’s center is the extension of this school and last January the 3rd we named it “Ecole Supérieur Jean Pierre Guigané”. Since I’m here I have seen two classes. When you are train, tou became skillful. For example, a troop makes a tour in Europe and 3 over 4 artists came from the Gambidi’s center. It means the quality of the formation and for me it’s essential. Sadly you can’t get money with artist’s formation, do not hope to become rich with that.

Why do you choose Info, Sciences et culture to be the partner of the Gambidi’s center?
When I was a child, I received a French newspaper on sciences and culture. There were scientific explanations. I like this project which is to learn something to people, because I don’t really like the press which only searches the sensational. When I saw the number 1, I had really liked the work done.

What are your project?
Five years ago, I wondered if I won the lottery I boiled a big house, bought a 4×4 and just strut around Ouaga. Today, I dream of a big artistic creation like in Broadway, a musical to explain how the whole world came from Bissas (laugh). There are so many great things to do. I would like to develop our relation with European’s partner and keeping on with the projects that help young people. I hope there will be theatre’s classes in school like in plenty of other country.

Issa Karambiri
Simon Vermot Desroches
(stagiaire)
Traduction : Simon Vermot Desroches

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