Ebola du manioc: Le Burkina se dote d’un plan de prévention et de riposte

Le mercredi 05 décembre 2018, a eu lieu l’atelier de validation du plan national de prévention et de riposte contre les maladies virales du manioc et de la patate douce comme la striure brune et la mosaïque africaine du manioc, etc. Cette rencontre, organisée par le programme West african virus epidemiology (WAVE), avait pour objectif de valider le plan d’action national élaboré lors d’un atelier technique tenu du 26 au 29 novembre 2018.

Le manioc est devenu une culture importante de subsistance et de rente pour les producteurs africains. Cette plante rustique et résiliente, troisième plus grande source de glucides pour l’alimentation humaine, s’est imposée comme une culture stratégique pour la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté. Il constitue un aliment de base pour près de 800 millions de personnes dans le monde, dont près de 500 millions d’Africains. Ses produits dérivés (gari, pâte fermentée, amidon, tapioca, attiéké, farine, chips, etc.) font l’objet de commerce et de consommation sous-régionaux. L’Afrique en est d’ailleurs le plus grand producteur mondial (57%), mais elle a le plus faible rendement moyen (10t/ha) comparé à l’Asie qui présente un rendement de 21,34t/ha en 2016. Toutefois, le continent noir dispose de variétés hautement productives dont le potentiel peut dépasser 40t/ha.

Au Burkina Faso, le manioc est une culture vivrière en plein essor avec les changements des habitudes alimentaires des populations. Utilisé sous plusieurs formes (attiéké, gari, tapioca, farine, granulés, etc.), il constitue pour de nombreuses populations une source de revenus et d’alimentation.

Malgré les avantages qu’il présente, sa culture est sujette à de nombreuses contraintes affectant la productivité. En dehors des maladies mineures que représentent les mycoses (cercosporiose, anthracnose, pourridiés), les bactérioses (feu bactérien, bactériose vasculaire, pourriture molle), les maladies virales demeurent les plus dommageables. Parmi celles-ci, la mosaïque africaine et la striure brune (Ebola du manioc) tiennent une place importante mais peu soupçonnées par plusieurs acteurs de la filière manioc.

De par sa distribution géographique, la mosaïque africaine du manioc, causée par les Géminivirus, constitue la première contrainte. Elle peut entraîner 40 à 70% de perte de rendement pouvant se traduire par une perte économique annuelle de 2 à 3 milliards de dollars (USD) pour l’Afrique subsaharienne. De plus, l’apparition récente de la striure bure brune du manioc en Afrique de l’Est et Centrale vient s’ajouter au péril sur les productions avec des pertes de rendement pouvant atteindre 90%, voire 100%. Ces deux maladies virales, transmises par les mouches blanches (Bemisia tabaci), sont disséminées par l’homme à travers l’utilisation de boutures infectées pour établir de nouveaux champs. Au regard du péril présenté par ces maladies, il est nécessaire de disposer d’un plan de prévention et de riposte pour réduire les risques.

Selon Dr Fidèle Tiendrébéogo, virologue, Coordonnateur du programme WAVE au Burkina Faso, les maladies virales sont une réalité, de même que celles de la patate douce. « Ces quatre dernières années, nous avons fait les surveillances qu’il fallait dans toutes les grandes zones de production. On a notamment remarqué, pour le manioc, la mosaïque africaine du manioc classique, mais nous avons aussi découvert qu’il y a un variant venant de l’Afrique de l’Est qui est présent ici », a-t-il souligné. Puis il explique qu’il existe des actions déjà menées sur le terrain. «Ces plantes étant à multiplication végétative, l’ignorance des producteurs contribue à propager  et à maintenir la maladie. Pour le moment, il y a la formation des vulgarisateurs agricoles et des producteurs pour qu’ils reconnaissent les plantes malades et ne les prélèvent pas pour éviter la dissémination. Au niveau de l’INERA, nous travaillons à l’assainissement par l’installation de la culture in vitro pour qu’il y ait un système semencier propre au manioc et à la patate douce de sorte à avoir des semences saines et de qualité », ajoute-t-il.

Quant à Samuel Neya, représentant du DG/CNRST, il estime que ce plan de prévention et de riposte permettra à terme de mieux conduire les activités de recherche, de formation et d’information avec l’implication des systèmes nationaux de vulgarisation agricole.

Concrètement, à l’horizon 2023, le dispositif de prévention et de riposte contre les menaces virales sur les cultures à racines  et à tubercules devrait être performant et contribuer à la sécurité alimentaire. Il s’articule autour de cinq axes stratégiques. Premièrement, la mise en place d’un dispositif opérationnel de surveillance des menaces virales des cultures  à racines et à tubercules. Ensuite,  la construction d’un système d’alerte précoce et de riposte contre les menaces virales. Puis, il est prévu l’opérationnalisation du système de contrôle, de certification et de quarantaine des semences des plantes à racines et à tubercules. De plus, le renforcement des capacités techniques et matérielles des acteurs du dispositif de prévention, de surveillance et de riposte. Enfin, le développement et la mise en œuvre d’une stratégie de communication pour accompagner les actions de prévention et de riposte.

Cyr Payim Ouédraogo

Jean-Yves Nébié

Avis de quelques participants

Sissandebe Albert Traoré, Directeur régional le l’agriculture et des aménagements hydrauliques/Sud-Ouest

Je viens du Sud-Ouest et je sais que l’activité de production, de transformation et de commercialisation du manioc et de ses produits dérivés occupe les producteurs et productrices dans notre région. En termes de transformation, on a 24 unités de transformation, avec près de 200 femmes qui sont employées. Donc c’est une activité qui génère des revenus. Il est alors très important de protéger la filière afin de permettre aux femmes d’en vivre. Un tel atelier qui se penche sur la protection de la filière en élaborant un plan est le bienvenu. Les chercheurs de l’INERA nous ont présenté un document où ils décrivent les attaques sur le manioc dans les pays voisins. Ils nous ont sensibilisés  et proposé un plan de prévention et de riposte contre les virus. Il est nécessaire de protéger les cultures en mettant en œuvre ce plan. L’institut  prévoit donc la surveillance, la formation des acteurs. Je pense que c’est un atelier qui est vraiment le bienvenu, qui peut porter des résultats intéressants pour la protection de la filière manioc.

Julien Ouédraogo, Directeur régional l’agriculture et des aménagements hydrauliques des Hauts-Bassins

Il faut dire que la région des Hauts-Bassins est l’une des grandes régions où l’on produit le manioc, précisément dans la province du Kénédougou. C’est une racine qui est vraiment en bonne évolution dans cette localité. C’est une culture de rente car la production est d’abord destinée à la commercialisation et à la transformation par les femmes. Il faut donc saluer l’initiative importante qui consiste à trouver des solutions de prévention et de riposte contre les maladies virales du manioc. Ce plan permettra notamment de booster la production en circonscrivant les maladies existantes sur le terrain et de préparer une réponse contre les nouvelles maladies. Dans ce sens, il faut saluer les initiateurs de cet atelier car cela nous permet de savoir ce qu’il faut faire pour la prévention et la riposte lorsqu’il y aura un foyer déclaré. C’est vraiment important parce qu’il ne faut laisser le mal s’installer avant de chercher des solutions. Nous  sommes vraiment satisfaits d’avoir été associés. Ils pouvaient, à partir de Ouagadougou, réfléchir et nous proposer un plan qui pouvait ne pas tenir compte de nos réalités. Mais en nous associant dès la conception, nous savons que nos préoccupations sont prises en compte.

Pié Barro, Responsable de la protection des végétaux/Direction régionale de l’agriculture et des aménagements hydrauliques des Cascades

Au niveau de la région des Cascades, nous avons une forte production et un engouement pour la culture du manioc et de la patate douce. Ces deux cultures sont intégrées dans les habitudes alimentaires des consommateurs de notre région. Du coup, le niveau de production et les superficies emblavées ont augmenté. Mais on a des contraintes avec les maladies virales qui détruisent les productions et il faut trouver des solutions urgentes. C’est pourquoi je tiens à remercier les organisateurs de cet atelier car, sur le terrain, les résultats vont nous permettre d’aider les producteurs à lutter contre ces maladies. C’est vraiment un atelier décisif qui permettra d’avoir un plan efficace de prévention et de riposte. Nous sommes vraiment heureux d’être présents à cet atelier et nous pensons vraiment que nous pouvons lutter contre les maladies virales du manioc et de la patate douce. Après cet atelier, nous allons prendre les dispositions pour mettre en œuvre la surveillance pour prévenir l’apparition des nouveaux virus. Il est notamment prévu la surveillance des transferts transfrontaliers des boutures. En cas d’apparition des virus, nous serons prêts à cause de l’adoption de ce plan d’action.

Manoé Réné Sanou, Chef de service des pesticides/Direction de la protection des végétaux et du conditionnement

La direction de la protection des végétaux est la structure en charge de la protection des cultures au Burkina Faso. Elle est chargée de la surveillance phytosanitaire, de l’organisation de la lutte contre les différentes maladies et de la gestion des pesticides. Pour nous, cet atelier permet de connaître les menaces que constituent les maladies virales comme la striure brune et la mosaïque africaine du manioc. Et de nous préparer à la lutte. En tant qu’acteurs du terrain, nous nous préparons toujours pour agir de manière efficace. C’est pourquoi cet atelier est important puisqu’il nous permet d’élaborer un plan de prévention et de riposte contre ces maladies. Lorsque la stratégie sera effective, elle nous permettra, en cas d’introduction de ces maladies, de pouvoir intervenir rapidement et efficacement.

Dr James Neya, Phytopatologiste, Chef de département production végétale/INERA

La première chose à faire remarquer est que cet atelier est la suite de la rencontre de Cotonou à laquelle vous avez participé (Ndlr : Lire ISC N°66 du 15 juin 2018), où tous les pays ont décidé de lutter ensemble contre les maladies virales du manioc. Il faut vraiment mener la lutte de manière collégiale, au regard de la porosité de nos frontières. On ne peut pas assainir chez soi sans que les autres ne participent également en assainissant chez eux. La particularité de ces virus est qu’ils sont très nuisibles. En cas d’infection, il n’y a pratiquement rien que l’on puisse récupérer. On le sait aussi : 500 millions de personnes vivent du manioc. Si ce manioc est atteint, que vont devenir ce gens ? Je crois que ce plan de prévention et de riposte et le bienvenu. Le ministère de l’Agriculture doit déclencher le plan élaboré, car sans la volonté politique, ça ne va pas marcher. Après que nous avons analysé la situation, nous leur adressons une lettre pour qu’ils procèdent à la mise en œuvre du plan. Vous voyez qu’il y a de nombreux participants des directions de l’agriculture des grandes zones de production de manioc. C’est donc une grande satisfaction.

Cyr Payim Ouédraogo

Jean-Yves Nébié

 

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