Dr Valentin Edgar Traoré, généticien à l’INERA Kamboinsé: »Bientôt du riz de 9 tonnes à l’hectare! »

Très dynamique, Dr Valentin Stanislas Edgar Traoré est très actif au CREAF/Kamboinsé, absorbé qu’il est par plusieurs activités. Passionné des rizières, ce généticien qui a obtenu brillamment son Ph.D à l’université de Lagon au Ghana, en soutenant sa thèse de doctorat, est en train de concocter de nouvelles variétés de riz, tout en répondant aux préférences des producteurs, lesquels pourront atteindre dans certaines zones 9 tonnes à l’hectare.
Qui est réellement notre interlocuteur? Découverte !

Vous avez effectué des études au Ghana sur le riz; comment cela s’est-il déroulé?
J’ai longtemps travaillé durant plus d’une dizaine d’années sur les contraintes liées à la production du riz; l’une des plus grandes concerne un virus appelé le virus de la panachure jaune du riz, qui dévaste nos rizières, notamment dans la zone de Banzon mais aussi un peu plus loin vers la frontière malienne. Ce virus a aussi créé des dégâts au Mali dans les années 90 en dévastant plusieurs hectares, parfois avec des pertes allant jusqu’à 100%. Au finish, j’ai été envoyé par mon Institut au Ghana pour travailler sur la partie génétique pour la résistance. Dans le cadre de ma thèse, j’ai oeuvré à développer des variétés nouvelles qui vont prendre en compte les critères de préférence de nos producteurs de riz, c’est-à-dire le cycle, l’adaptation à nos sols, à notre climat, à nos goûts et à notre marché. Nous essayons de créer du riz à haut rendement avec des gènes de résistance à ce virus. Et nous nous appuyons sur les biotechnologies agricoles, notamment les marqueurs moléculaires pour rendre plus rapide l’aboutissement aux variétés.

Nous avons eu écho de la brillante soutenance de votre thèse de doctorat au Ghana et de la remise de votre parchemin par l’ex-secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies ; qu’avez-vous ressenti à ces moments ?
Je considère Kofi Annan comme notre papa. Il fait partie de ceux qui ont senti venir la problématique parce que, ces dix dernières années, l’Afrique souffre de compétences en termes de généticiens. La situation est devenue criarde au niveau des instituts nationaux. Kofi Annan et d’autres personnalités ont donc fait un clin d’œil à AGRA pour qu’il dédouble un programme installé en Afrique du Sud, particulièrement à l’Université du Kwazulu natal. Ce programme, qui était ACCI au départ, a été transformé en WACCI, un centre pour former des sélectionneurs généticiens en Afrique et pour l’Afrique. Il est également connu comme un des chanceliers de l’université Legon. Il a donc patronné les aspects politiques pour le financement de 40 sélectionneurs africains. Nous étions la deuxième promotion. Il était heureux de constater que l’université Legon pouvait délivrer 10 Ph.D africains dont deux Burkinabè : un sur le maïs et moi-même sur le riz. Ce fut pour moi un honneur de récupérer mon diplôme de ses mains.

Quelle est votre part de contribution en ce qui concerne les expériences sur les cultures génétiquement modifiées ?
Ma part de contribution en tant que biotechnologue, c’est d’assister un programme à l’interne pour les aspects de biosécurité. Pour la partie scientifique qui a été accordée à l’INERA, il faut des ressources humaines pour conduire les tests relevant de l’exigence de l’Agence nationale de biosécurité. Je fais partie de cette équipe qui se soucie des aspects quantification de la protéine, qualité des plants avec la protéine ; et de plus en plus, je vais travailler sur la partie longueur de la fibre qui pose problème au niveau du coton Bt. Je dois me pencher sur les aspects génétiques pour pouvoir délivrer des variétés qui respectent les fibres au niveau commercial et qui contiennent les deux gènes pour contrôler les ravageurs.

En tant que chercheur, vous communiquez beaucoup à travers les conférences du Forum ouvert sur la biotechnologie agricole (OFAB) pour élever le niveau de compréhension du public sur les questions de biotechnologie moderne, notamment les OGM. Etes-vous satisfait de votre action ?
En dehors du labo et des rizières, nous sommes également sur le terrain pour faire comprendre ce que nous faisons au public. La communication est aujourd’hui essentielle pour les scientifiques ; c’est pourquoi OFAB, dont je suis le responsable à l’organisation, constitue une opportunité fantastique pour différents acteurs d’interagir, d’échanger ensemble sur la biotechnologie moderne. Je salue l’œuvre du Réseau des communicateurs ouest-africains en biotechnologie (RECOAB) qui suit de près ces activités importantes. On entend des gens parler des méfaits des OGM avec une manière malsaine comme si les chercheurs burkinabè qui travaillent là-dessus génèrent des technologies contre leurs propres frères. Nous profitons leur dire que ce n’est pas le cas. Nous sommes plutôt à la recherche de solutions, avec les OGM s’il le faut, mais avec la souveraineté burkinabè.

C’est vrai que la recherche burkinabè ne travaille pas uniquement sur les OGM mais aussi sur des variétés conventionnelles, biologiques…Confirmez-vous cela ?
Tout à fait !En ce qui me concerne je travaille sur du riz conventionnel ; il n’y a pas d’OGM dans tout ce que je produis ; je suis en train d’œuvrer, à travers un projet qu’AGRA vient de m’accorder, pour délivrer cinq (05) nouvelles variétés de riz à haut rendement capables d’être produites dans des zones pouvant tolérer le sorgho ou le maïs mais aussi des variétés de bas-fonds ou de zones irriguées qui vont dépasser 5, 6, voire 8 tonnes à l’hectare. J’ai l’ambition même jusqu’à 9 tonnes à l’hectare. Dans les deux années à venir, on pourra discuter de la prouesse desdites variétés.
Cyr Payim Ouédraogo

Biographie express !
Edgar est natif de Nouna, dans la province de la Kossi ou il a bouclé son cycle primaire avec succès. C’est alors qu’il a été sélectionné parmi les meilleurs élèves de sa région pour faire partie de la promotion 1982 du prytanée militaire du Kadiogo (PMK). Mais les cours de l’histoire politico-militaire de notre pays ont eu raison de son ambition de devenir officier supérieur de l’armé burkinabé. Comme la plupart de ses nombreux compagnons brutalement suspendus de l’armée et remis à leurs parents, il traversa des moments difficiles pour finir le reste de son cursus scolaire au lycée Philipe Zinda Kaboré puis au lycée Bogodogo. Après son baccalauréat, il est recruté comme technicien de laboratoire contractuel à l’INERA. De par son ardeur au travail, son abnégation et sa persévérance, il retourna sur les bancs à l’université de Ouagadougou où il décrocha son DUT en Contrôle Qualité (Agro industrie) ; puis sa licence en Biochimie/Microbiologie. Peu après il bénéficiera d’une bourse offerte par l’Alliance pour la Révolution verte en Afrique (AGRA) qui lui permettra d’accéder au programme master/doctorat du centre ouest-africain pour l’amélioration des plantes (WACCI) hébergé par l’université du Ghana-Legon d’où il a défendu en 2013 son PhD en génétique et amélioration des plantes.

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