Dr Roger Nébié, délégué général du CNRST: « Notre budget de 5 milliards FCFA reste insuffisant ! »

Structure centrale de coordination de la recherche au Burkina Faso, le Centre national de la recherche scientifique et technologique (CNRST) est un des maillons forts devant conduire les politiques de développement de notre pays en matière de recherche scientifique, d’invention, d’innovation technologique. Dans cette interview exclusive, le nouveau délégué général de la structure en poste depuis avril 2014, le Dr Roger Nebié, directeur de recherche en chimie organique, dévoile les grandes missions et les orientations de son institution. Entretien !

 Vous avez remplacé un homme qui a fortement marqué l’institution de son empreinte (le Pr Basile Guissou), réussissez-vous à cheminer dans le même rythme qu’il a impulsé ?

C’est toujours difficile de remplacer un monument. Les hommes ne sont pas pareils mais nous travaillons de manière sereine avec tous les collaborateurs ; même si on ne peut pas faire plus pour le moment, nous arrivons à maintenir au moins le cap.

 Pour ceux qui ignorent toujours le CNRST, que pouvez-vous dire?

Le CNRST est l’organe de contrôle et de coordination de toutes les activités de recherches qui se mènent dans des différents instituts qui lui sont rattachés. Sa mission première est de contribuer à définir et à mettre en œuvre la politique nationale en matière de recherche scientifique et technologique. Le Centre est chargé de générer et de diffuser des connaissances pour le développement socio-économique du Burkina Faso. Les bras armés de l’institution sont au nombre de quatre (04). Le plus grand, c’est l’Institut de l’environnement et de recherches agricoles (INERA). Il est également est le plus connu. Nous avons aussi l’Institut de recherche en sciences de la santé (IRSS), l’Institut de recherche en sciences appliquées et technologies (IRSAT) et l’Institut des sciences des sociétés (INSS).

 On constate que ces structures techniques sont porteuses de projets ; quels sont donc les plus importants enregistrés et qui méritent d’être connus par le grand public ?

Il existe un grand nombre de projets et de résultats qui sont déjà connus par le grand public, surtout ceux de l’INERA en matière de protection et de fertilisations des sols et bien d’autres. Aussi, si je prends un institut comme l’IRSS, qui a mis au point un certain nombre de produits à base de plantes ;on a les phyto-médicaments qui interviennent dans plusieurs domaines. Par exemple le FACA qui a été mis au point et qui permet de calmer la crise drépanocytaire. Quant à l’INSS, il a été mis en place une carte linguistique qui permet de localiser les différentes langues parlées au Burkina et leurs descriptions. Cet institut a produit également beaucoup d’ouvrages sur l’histoire de certaines localités notamment Ouagadougou et bien d’autres. Vous savez également que nous sommes confrontés à des problèmes frontaliers ; nous avons depuis peu des experts en histoire des frontières issus de cette structure qui aident énormément le MATDS à résoudre de tels problèmes. A l’IRSAT, des réalisations dans le domaine alimentaire existent, notamment la fabrication des biscuits à base de patate, d’igname, de manioc, de sorgho ou de mil. Et dans ce domaine, il y a une formation des acteurs des PME et des PMI aux bonnes pratiques d’hygiène dans la fabrication de biscuits et de jus de fruits. Vous avez également des insecticides naturels dont les résidus ne sont pas persistants comme ceux des composés chimiques qui sont mis au point dans cet institut. On peut citer en exemple celui qui est fait à base de Nimier. J’avoue que même si les résultats sont effectifs et probants, il y a un réel problème de visibilité. Le chercheur est formé pour fabriquer des technologies qui doivent être portées par un maillon essentiel qu’est la communication. Avec ce que nous faisons lors du FRSIT (Forum national de la recherche scientifique et de l’innovation technologique), des différentes foires et des ateliers, de plus en plus, nous sommes sollicités. Il y a aussi la publication des résultats de recherches ; ce qui me donne l’occasion de saluer la venue d’Infos Sciences Culture pour enrichir ce paysage. Aussi, il faut savoir que ce n’est pas à tous les niveaux de la recherche qu’il faut communiquer. Même quand c’est prometteur, il faut attendre les résultats de tous les tests et si c’est concluant on va vers la vulgarisation.

Même si nos chercheurs trouvent, le personnel est de plus en plus vieillissant ; qu’est-ce qui est fait actuellement pour assurer la relève?

La recherche est menée à plusieurs niveaux dans les universités publiques comme privées, les structures des ministères de la santé, celles de l’Environnement et de bien d’autres départements ministériels. Le CNRST, qui est directement rattaché au ministère de la Recherche scientifique et de l’Innovation, dispose d’un personnel, environ 1100, toutes catégories confondues, avec un peu moins de 50% qui constituent des chercheurs. Entre 2011 et 2012, une étude a montré que dans les cinq prochaines années, près de 40% des chercheurs seront admis à la retraite. Alors, notre ministre a tiré la sonnette d’alarme. Un dossier a été monté et nous avons demandé une mesure spéciale pour le remplacement de ce personnel. Nous avons reçu l’autorisation de recruter près de 500 chercheurs sur plusieurs années. Ainsi, en 2013 nous avons recruté 96 chercheurs et 84 en 2014. Cette année, nous attendons l’autorisation du ministère de la Fonction publique pour le faire. Par ailleurs, les autorités favorables à certaines réquisitions nous permettent d’avoir encore les doyens pour quelque temps pour assurer la formation de nouveaux arrivants.

On se rappelle qu’à la fin d’année 2014, de nouvelles recrues avaient eu un mouvement d’humeur face un certain nombre de problèmes ; où en sommes nous aujourd’hui ?

A l’époque le DG du CNRST ne pouvait pas prendre une mesure quand on sait que le problème avait des répercussions colossales sur le plan financier. Mais comme on a un ministre qui a très bien compris, le problème est résolu et même pour ceux qui sont venus après. Maintenant, il faut que les finances suivent toujours par rapport à nos ambitions. Aux débats budgétaires, on vous donne souvent une camisole où on ne peut pas entrer en toute aisance. Si les prévisions sont toujours conformes à ceux qu’on nous dote, les mêmes soucis ne se répèteront pas.

Parlant de finances, dites nous quelle est la contribution de l’Etat aux activités de recherches?

L’Etat fait déjà beaucoup, mais ce n’est pas assez si on tient compte du fait qu’au niveau régional et africain le souhait est que les différents pays puissent mettre au moins 1% du PIB pour financer les domaines de la science et de la technologie. En Afrique de l’Ouest, on tourne entre 0,2 et 0,5% par contre dans certains pays comme la Tanzanie ou en Afrique australe on est à 1,5 voir 2%. Si on tient compte de cette situation au niveau des régions, on dira que c’est peu mais quand on voit l’effort de notre gouvernement, on peut dire que c’est beaucoup même s’il reste encore des efforts à faire. Le budget du CNRST est autour de 5 milliards : 2/3 sont consacrés aux dépenses du personnel ; ensuite, il y a les dépenses de fonctionnement. Il y a également une ligne concernant l’appui des activités de recherches d’environ 200 millions. Ce n’est pas toujours évident avec la décentralisation des centres qui ont également des charges de fonctionnement. Il est donc difficile de financer directement les activités de recherches. Par contre au niveau des chercheurs, il y a un certain dynamisme reconnu même au niveau international qui arrivent à participer à des appels à projets et ramènent un bon pactole.

Au regard de ces difficultés, est-ce que le Burkina a une certaine autonomie dans la recherche en ce qui concerne les résultats, quand on sait que certains projets sont financés par des aides extérieures ?

La plupart des bailleurs de fonds qui font des appels à projets où nous allons compétir pour arracher des financements de recherche ne sont pas exigeants sur ce point. Pour leur grande majorité, les résultats appartiennent à la structure de recherche.

Quelles est la participation du privé à la valorisation de la recherche et de ses résultats dans notre pays ?

Je pense tout d’abord qu’une véritable valorisation des résultats de la recherche ne peut se faire sans l’implication du privé. Malheureusement, force est de constater que pour le moment, ce n’est pas encore le cas au Burkina.

Comme vous l’avez dit plus haut, il existe un certain dynamisme au sein des chercheurs burkinabè ; toutes choses qui font qu’ils sont convoités. La fuite des cerveaux ne vous déstabilise pas?

(Rires) Ce n’est pas au niveau des chercheurs seulement mais un problème général qui existe aussi bien au privé qu’au public. Il faut dire que ce n’est pas forcément une mauvaise chose, car pour un chercheur qui se retrouve à l’international, il y aura toujours des retombées pour son pays d’une manière ou d’une autre. Mais il faut reconnaître aussi que ça peut handicaper certaines activités. Le départ d’une personne ressource dans certains cas peut paralyser totalement un laboratoire.

 La biotechnologie notamment les Organismes génétiquement modifiés (OGM) ne fait pas l’unanimité au sein de la population. Que fait le CNRST pour faire comprendre de cette technologie ?

Quand on parle d’OGM, les gens voient tout de suite certaines maladies, cancer, etc. Ce n’est pas forcément ça. De nos jours, nous avons tellement de contraintes : sur le plan des nouvelles technologies et sur de l’émergence de nouvelles maladies. Et les OGM constituent une voie à explorer. On ne dit pas que c’est la voie de prédilection, mais elle reste une voie à connaître. Parce que si nos chercheurs ne sont pas suffisamment aguerris sur ces questions, nous serons toujours à la traîne. Nous avons la chance d’avoir une Agence nationale de biosécurité, donc tout cela est bien encadré par la loi. On ne peut pas faire des essais n’importe comment ou même exporter du matériel. Il y a eu des questions orales au CNT où nous sommes allés avec monsieur le ministre apporter des éléments de réponses. Il y a eu également des séances de formation menées par l’Agence nationale de biosécurité. Il faut dire que c’est la méconnaissance des mesures prises qui font peur. A tous les niveaux, nous travaillons pour assurer une meilleure compréhension de ce qui est fait au niveau national.

Une adresse particulière à l’endroit de nos lecteurs…

Je vais remercier Infos Sciences Culture pour cette opportunité de communiquer sur notre secteur. On nous accuse souvent d’être enfermés dans une tour d’ivoire ; c’est une belle occasion pour nous. A travers vos lignes, j’aimerais inviter tous ceux qui aimeraient avoir des informations sur le CNRST ou sur un de ses démembrements de ne pas hésiter à venir nous voir.

Bélélé Jérôme William Bationo

Dr Roger Nébié, executive officer of CNRST: « Our 5 billion XOF budget is not enough!»

Central coordinating structure of research in Burkina Faso, the National Centre of Scientific and Technological Research (CNRST) is one of the strong links that will lead the development of our country policies on scientific research, invention, innovation technology. In this exclusive interview, the new executive officer of the structure since April 2014, Dr. Roger Nebié, director of research in organic chemistry, reveals the major tasks and directions of his institution. Interview !

You replaced a man who has strongly printed his mark on the institution (Prof. Basile Guissou), do you succeed in working at the same pace as he did?
It’s always difficult to replace a monument. Men are not the same but we are working calmly with all employees; even if we cannot do more at the moment, we can at least maintain the course.

For those who are still unaware of CNRST, what can you say?
CNRST is the controlling and coordinating body of all research activities that are carried out in various institutes affiliated to it. Its primary mission is to help define and implement the national policy on scientific and technological research. The Centre is responsible for generating and disseminating knowledge for the socio-economic development of Burkina Faso. The armed wings of the institution are four in number (04). The largest is the Institute of Environment and Agricultural Research (INERA). It also is the best known. We also have the Health Sciences Research Institute (SSRI), the Applied Science and Technology Research Institute (IRSAT) and the Institute of Corporate Sciences (INSS)

It is noted that these technical structures are projects’ carriers; what are the most important registered projects that deserve to be known by the general public?
There is a large number of projects and results that are already known by the general public, especially projects from INERA for the protection and fertilization of the soil and many others. Besides, if we consider an institute like IRSS, which has developed a number of herbal products, we have the phyto-medicines that intervene in several areas. For example, the FACA has been developed and helps calm sickle cell crisis. As for the INSS, a linguistic map was implemented to help describe and locate the different languages spoken in Burkina Faso. The institute has also produced many books on the history of some localities including Ouagadougou and many others. You also know that we are facing border issues; we recently had experts in border history from this structure who enormously help MATDS to solve such problems. At IRSAT, achievements in food exist, notably the manufacture of potato, yam, cassava, sorghum or millet – based biscuits. And in this area, there is a training of actors of SMEs and SMIs on good hygienic practices in the production of biscuits and fruit juices. We also have natural insecticides, which residues are not persistent like chemical components that are developed in this institute. One example is the insecticide made from the Nimier. I must admit that even if the results are convincing and effective, there is a real problem of visibility. The researcher is trained to produce technologies to be supported by a critical link which is communication. With what we do during the FRSIT (National Forum for Scientific Research and Technological Innovation), different fairs and workshops, we are increasingly approached. There is also the publication of research results; which gives me the opportunity to greet the coming of Infos Sciences Culture to enrich this landscape. We must also be aware that it is not at all levels of research that we have to communicate. Even when it is promising, we must await the results of all tests and if that is successful we go towards extension.

Even if our researchers find, the staff is growing older; what is being done today to take over?Research is conducted at several levels in public and private universities, the structures of the ministry of health, those of Environment and many other ministries. CNRST, which is directly under the Ministry of Scientific Research and Innovation, has a staff of about 1100 persons including all categories, of which less than 50% are researchers. Between 2011 and 2012, a study showed that in the next five years, nearly 40% of researchers will be eligible for retirement. So our minister has pulled the alarm. A folder was prepared and we requested a special measure for the replacement of such personnel. We received permission to recruit nearly 500 researchers over several years. Thus, in 2013 we recruited 96 researchers and 84 in 2014. This year we expect the authorization of the Ministry of Public Service to do so. Furthermore, authorities who are favorable to certain requisitions allow us to still have the Deans for some time to train newcomers.

We remember that at the end of 2014, new recruits had a fit of temper due to some problems; what is the situation today?
At that time, the General Director of CNRST could not take any action when we know that the problem had colossal repercussions financially. But as our minister understood it very well, the problem is solved and even for those who came after. Now, finances must match our ambitions. During budget debates, we often give you a straitjacket where you cannot get in easily. If the forecasts are always consistent with what we are endowed, the same problems will not be repeated.

Speaking of finances, what is the government contribution to the research activities?The government is already doing much, but it is not enough if we consider the fact that at the regional and African level the wish is that different countries invest at least 1% of GDP to finance science and technology. In West Africa, it oscillates from 0.2 to 0.5%, contrariwise in some countries like Tanzania and South Africa the rate is at 1.5% and even 2% to. If we take into account the situation in the regions, we will say that this is not enough, but when we consider the effort of our government, we can say that it’s a lot even though there is still work to do. The budget of CNRST is around 5 billion: 2/3 is spent on staff costs; then, there are the operating expenses. There is also a line of around 200 million on the support to research activities. It is not always easy with the decentralization of the centers which also incur operating expenses. It is therefore difficult to directly fund research activities. Contrariwise, researchers’ dynamism is recognized even internationally as they participate in calls for projects and bring back a good jackpot.
Considering these difficulties, does Burkina have some autonomy in research regarding the results, given the fact that some projects are financed by external aid?
Most donors who make calls for projects where we will compete to pull research funding are not demanding in this respect. For the great majority, the results belong to the research structure.
What is the private sector participation in the valorization of research and its results in our country
Firstly, I think that a real valorization of research results cannot be done without the involvement of the private sector. Unfortunately, it is clear that for the moment this is not yet the case in Burkina.

As you mentioned earlier, there is a certain dynamism within the Burkinabe researchers; So, they are coveted. The brain drain does not destabilize you?
(Laughings) It’s not at the level of the researchers only, but a general problem that exists both in the private and t public sector. Admittedly, this is not necessarily a bad thing, because for a researcher who finds himself internationally, there will always be benefits for his country in one way or another. But we must also recognize that it may hamper some activities. The departure of a contact person in some cases can totally paralyze a laboratory.

Biotechnology particularly genetically modified organisms (GMOs) does not meet the consent of all the population. What does the CNRST to make this technology understood?
When we speak about GMOs, people see right away some diseases, cancer, etc. It’s not necessarily that. Today, we have so many constraints in terms of new technologies and the emergence of new diseases. And GMOs are an avenue to explore. We do not say that this is the preferred route, but it is a way to know. If our researchers are not sufficiently experienced in these matters, we will always be lagging behind. We are fortunate to have a National Biosafety Agency, so all this is regulated by law. You cannot make tests anyhow or even export the equipment. There were oral questions to the National Transition Council (CNT) and we went with the Minister to provide answers. There were also training sessions conducted by the National Biosafety Agency. We must say that it is the lack of knowledge regarding the measures which have been taken that frightens. At all levels, we work to ensure a better understanding of what is done at the national level.

A particular message to our readers…
I would like to thank Info Sciences Culture for this opportunity to communicate on our sector. We are often accused of being locked up in an ivory tower; this is a great opportunity for us. Through your lines, I would like to invite everyone who would like to have information on CNRST or one of its branches to not hesitate to visit us.
Bélélé Jérôme William Bationo
Traducteur : Omar Koudougou

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