Danielle Cliche, Secrétaire de la Convention 2005: « Plus de 105 projets financés dans les pays du sud »

Dans le cadre du cinquantenaire du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou, tenu du 23 février au 02 mars 2019, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), a mené une série d’activités portant entre autres sur les questions d’égalité et de diversité dans le cinéma africain, la liberté artistique, le lancement du rapport mondial 2018 « ReIPenser les politiques culturelles », la table ronde des bénéficiaires du Fonds international pour la diversité culturelle (FIDC). Nous avons rencontré dans les bureaux de la Commission nationale du Burkina Faso le 26 février 2019, Danielle Cliche, Secrétaire de la Convention de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Avec elle, nous avons échangé sur la Convention de 2005, le Fonds international pour la diversité culturelle, l’éducation aux arts, l’égalité des genres, etc. Lisez plutôt !

Parlez-nous de la Convention sur la diversité culturelle.

La Convention a été adoptée en 2005 et c’est pour cela qu’on l’appelle la Convention de 2005. Elle a été adoptée à une époque où la possibilité pour les Etats de mettre en place des politiques culturelles n’était pas évidente. Il y avait des évènements où, le droit des Etats d’investir dans le cinéma par exemple, était mis en cause. Cette convention internationale, qui est maintenant signée par cent quarante six (146) pays dans le monde, la majorité en Afrique, donne aux autorités publiques la possibilité, le droit d’investir dans l’industrie culturelle. Cette convention est très riche, avec plein d’idées. Par exemple, ce matin (Ndlr : l’entretien a été réalisé le mardi 26 février 2019, après la tenue d’une table ronde sur l’égalité des genres et la diversité dans le cinéma africain), nous parlions des femmes qui travaillent dans le cinéma et comment les soutenir. Dans la convention, il est dit que les Etats doivent soutenir les femmes créateurs, producteurs, distributeurs pour qu’elles aient accès à la vie culturelle. Cela ne veut pas dire qu’il faut séparer les hommes et les femmes. C’est pour réduire les barrières pour permettre aux femmes de travailler dans l’industrie cinématographique, par exemple.

La convention a été adoptée il y a de cela quatorze ans que pensez-vous de la mise en œuvre de cette convention à travers le monde ?

Nous avons, il y a quelques années, commencé à publier un rapport global sur la mise en œuvre de la convention partout dans le monde. Et c’est très intéressant, parce qu’on voit comment chaque pays prend ce texte. Comme je le disais tout à l’heure, c’est un texte dont le contenu est très diversifié et très riche en idées. Et nous voyons comment les Etats s’inspirent et travaillent avec ce texte. Par exemple, nous essayons de voir comment nous pouvons avoir une loi internationale qui dit qu’il faut soutenir le droit des artistes, promouvoir la mobilité des artistes. On sait très bien qu’ils ont souvent des problèmes de visas avec plusieurs pays. Ou il y a aussi des questions sur la liberté des expressions artistiques, ou la question du développent : Qu’est-ce que le développement ? Dans ce rapport, il y a plein d’exemples dans le monde sur les manières dont les pays ont décidé de mettre en œuvre cette convention là. Bien sûr, ce n’est pas quelque chose qui va changer le monde en vingt-quatre (24) heures, ni dans dix (10) ans. L’idée de la convention, c’est vraiment de travailler au niveau structurel. Nous n’allons pas non plus dicter aux pays ce qu’ils doivent faire. C’est une convention qui promeut la coopération internationale et la solidarité entre les pays, pour avoir un échange d’expériences, de connaissances. Pour la mise en œuvre, ça avance, même si nous voulions que cela se fasse plus vite. Mais on sait que pour changer la façon de faire des structures, il faut du temps.

L’égalité des genres, par exemple, figure en bonne place dans la Convention de 2005. Mais on remarque qu’il y a encore des disparités dans la prise en compte du genre à travers le monde. Quelles actions peuvent être entreprises pour que le problème soit résolu ?

Là, c’est une grande question (rires). Il y a, de manière plus générale, une inégalité des genres dans les différents secteurs. Ce n’est un problème spécifique dans le domaine de la culture. La Convention dit qu’il faut que l’Etat réduise les barrières pour une plus grande prise en compte de femmes. Elle dit qu’elle doit avoir une carrière, une rémunération juste. Les femmes doivent avoir accès aux postes de décision. Ce matin, nous avons vu la composition des membres du jury de cette 26ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou. Il y a eu une meilleure prise en compte du genre dans le choix du jury. Maintenant, il faut identifier à tous les niveaux, dans tous les domaines, les barrières qui empêchent la prise en compte des femmes. Dans le domaine du cinéma, par exemple, il faut que les institutions et les fonds puissent trouver des bourses pour soutenir les projets de films proposés par des femmes. Les chiffres montrent que les femmes reçoivent moins de 25% de tous les financements, des fonds, des bourses, des aides dans le domaine cinématographique. Sur ce point, nous pouvons mener des plaidoyers pour que les choses changent dans ce secteur parce que c’est très important. On peut aussi penser à la création de nouveaux programmes et des fonds pour les femmes dans le financement des industries artistiques et créatives. Du reste, il faut changer aussi les mentalités des gens dans nos sociétés. Nous utilisons la Convention de 2005 comme un outil, un instrument pour poser le débat.

Quel peut être le rôle de la société civile dans la mise en œuvre de cette convention ?

La société civile joue absolument un rôle clé. Cette convention internationale reconnaît que la société civile a un rôle très important à jouer. Nous travaillons, par exemple, à créer des espaces de discussions et d’échanges pour que les organisations de la société civile, les gouvernements, les décideurs, se rencontrent pour parler des politiques culturelles au niveau des pays. Nous avons aussi un Fonds international pour la diversité culturelle (FIDC) où la société civile peut soumettre des dossiers lors des appels à projets.

Vous parliez du Fonds international pour la diversité culturelle (FIDC). Expliquez-nous davantage l’esprit du fonds…

Ce fonds a été créé par la Convention, car il est compris dans le texte de création de la Convention. Il a été créé en 2010 et aujourd’hui, plus de cent cinq (105) projets ont été financés par celui-ci dans plus de cinquante sept (57) pays du sud. C’est un fonds qui donne de l’argent, jusqu’à cent mille (100 000) dollars américains, pour aider à la mise en place de politiques culturelles, pour former les entrepreneurs, pour formaliser les entreprises informelles. Aussi, le fonds est là pour soutenir plein de projets qui ne sont pas juste artistique mais qui ont une valeur en plus.

Dans la Convention, il figure aussi en excellente place l’éducation aux arts. Que faire pour que cette éducation artistique devienne une réalité et soit opérationnelle ?

Nous avons travaillé, il y a quelques années, avec le Burkina Faso pour introduire l’éducation aux arts dans les curricula de formation. Ce n’est pas juste un programme mondial comme vous le voyez. C’est une question importante. La Convention parle d’une chaine de valeurs dans la création et la production. Pour renforcer la production et la création, il faut éduquer. Il faut investir dans le domaine de l’éducation artistique pour créer de la valeur ajoutée, pour créer des compétences dans tous les secteurs artistiques.

Votre message…

J’invite les gens à lire le Rapport mondial 2018 sur la mise en œuvre de la Convention de 2005. C’est un document très important pour comprendre les progrès et les défis à relever pour la promotion de la diversité culturelle dans le monde. (Ndlr : le rapport mondial a été lancé le 28 février 2019).

Jean-Yves Nébié    

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