Bois sacrés: Quand la tradition sauve l’environnement !

Les bois sacrés sont des îlots de végétation situés à proximité des villages, souvent présentés comme des reliques de forêts naturelles, préservées de l’action humaine en respect aux traditions et à la crainte qu’inspirent les esprits malfaiteurs qu’elles sont censées héberger.

Elles sont des fragments forestiers associés à un esprit, une divinité ou un temple. Ce sont des aires protégées traditionnelles, directement gérées par la population locale à des fins culturelles.
Les forêts communautaires sont également des sites protégés par la population locale mais ne qui présentent aucun caractère sacré. Les bois sacrés forment avec les forêts communautaires des zones- refuges pour de nombreuses espèces animales et végétales. En fonction des domaines phytogéographiques du Burkina, les forêts sacrées et les forêts communautaires présentent des caractéristiques floristiques et physionomiques bien distinctes.
Selon certains responsables coutumiers, les bois sacrés sont des intermédiaires incontournables entre les habitants et leurs ancêtres. C’est ainsi qu’ils y font des sacrifices pour demander santé, prospérité, maternité, pluie, bonne saison, invulnérabilité à l’égard des personnes mal intentionnées, protection contre les mauvais sorts. Tout arbre dans les bois sacrés abrite des esprits et leur destruction est soit sanctionnée par la mort du contrevenant soit par une destruction des acquis du village.
Les bois sacrés du Burkina abritent généralement des cimetières de chefs de terre, de chefs de village, d’enfants et de femmes enceintes décédées par suite d’accident. Ils sont les lieux d’initiation dans certains villages car abritant des fétiches, des divinités et des esprits en leur sein. Ils sont aussi des lieux de bénédiction ou de malédiction dans d’autres villages.
Bien que la conservation de la biodiversité par la population ne soit pas la première cause dans la gestion des forêts sacrées, elle constitue néanmoins une bonne voie pour atteindre cet objectif. Environ 300 bois sacrés ont été recensés au Burkina. Ce sont des zones-refuges pour de nombreuses espèces végétales. La preuve est que l’on rencontre dans certains plusieurs espèces devenues rares ou qui ont disparu dans les terroirs environnants. Chaque forêt héberge un nombre limité d’espèces (de 25 pour les plus pauvres à 65 pour les plus riches).
Environ 300 bois sacrés au Burkina Faso

Cependant, prises dans leur ensemble, les forêts sacrées et les forêts communautaires renferment plus de deux cents espèces végétales.
La crainte de certains bois sacrés, en l’occurrence les bois des cimetières, et la perception favorable qu’ont les habitants quant aux valeurs magico-religieuses de certaines espèces, sont des supports incontournables pour une conservation des espèces végétales en milieu rural. De peur de subir les mêmes sorts que ceux qui y ont été enterrés, les forêts- cimetières ne sont pas fréquentées en dehors des jours des sacrifices, des cérémonies rituelles et d’enterrements, ce qui épargne par conséquent les ressources naturelles de toute forme d’exploitation.
Cependant, beaucoup de facteurs concourent à la dégradation des forêts sacrées (pression humaine et agricole exercée sur les ressources naturelles, changements climatiques…).
Le système de gestion des ressources naturelles des bois sacrées du Burkina est traditionnel. Dans certains villages, toute activité dans les bois est interdite par les règles coutumières, même le ramassage de bois mort. Les prélèvements se font dans les forêts communautaires dont la gestion incombe au délégué du village et à ses conseillers. Ce qui n’est pas le cas chez d’autres où le prélèvement d’espèces médicinales, la cueillette des fruits, la fauche d’herbe et le ramassage de bois mort sont autorisés par le responsable des sacrifices. Mais celui-ci ne donne son accord que si les plantes recherchées n’existent plus dans les savanes.
Mathis Wendlasida

Source : Atlas de la Biodiversité de l’Afrique de l’Ouest, Tome II

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