Bobo-Dioulasso et la campagne électorale: Les monuments publics ou les no-man ’s-lands

La loi qui interdit d’apposer des affiches électorales sur les édifices publics semble avoir oublié les monuments. A Bobo-Dioulasso, ceci s’observe sur les places et carrefours, hérissés de réclames, aussi hideux que des épouvantails. Ces hommes-sandwishes sans droit ni respect sont pourtant des œuvres d’art.

Une des légendes urbaines de Bobo-Dioulasso est le monument sans nom de la place – également sans nom ! – située au carrefour des routes allant à Banfora et Orodara. Deux hommes en bronze, plus grands que nature, s’y tenaient debout, la main dans la main. D’aucuns prétendent que celui aux traits négroïdes était Blaise Compaoré et l’autre, en djellaba, Mouammar Kadhafi. Durant « les Emeutes de la vie chère » en 2009, la statue de Compaoré fut déboulonnée et égorgée. Réparée et remise en place, elle subira le même sort en octobre 2014 lors de l’insurrection populaire. Du coup, il ne reste plus sur le socle que la figure solitaire de Kadhafi, comme un symbole de la persistance du « Guide » dans la conscience des Africains. A son bras, une organisation de la société civile a attaché son emblématique balai…
Mais, aujourd’hui, M. Kadhafi est devenu un homme-sandwich dont chaque centimètre carré du burnous est placardé d’affiches pour les élections du 29 novembre. Un sort subi par tous les autres monuments publics de la ville. Ainsi, la futuriste statue de la place de la Femme est-elle devenue illisible. Pareil pour celle de la place du Paysan, réalisée par Saliou Traoré, qui montre un cultivateur debout, face à l’est. Commandée pour l’An IV de la Révolution démocratique et populaire en 1987, elle rend hommage à la paysannerie et reste un symbole fort de notre pays. Quant au monument du Cinquantenaire qu’on doit à Siriki Ky, il n’est pas épargné, lui non plus. Il n’y a que la futilité du cône d’aluminium de la place de la Révolution qui semble avoir enfin trouvé une certaine fonction dans ce vandalisme généralisé…
De fait, les monuments sont des œuvres d’art qui participent à la fois de l’éducation artistique du citoyen et des devoirs de mémoire collectifs. D’aucuns se rappellent qu’en 1999 une dame avait saisi la commune de Bobo-Dioulasso par voie de presse pour dénoncer l’ancienne statue de bronze de la place de la Femme, qui figurait un personnage féminin qui, tête baissée, tenait un balai. A l’opposé de ce symbole phallocratique, le nouveau monument est une large plaque d’acier bruni où a été découpée une femme qui marche la tête haute, en brandissant un flambeau. Comme le monument du Paysan, celui de la Femme honore une couche sociale. Si leur message est occulté ou altéré par des affiches d’une autre nature, ce sont les droits au plaisir esthétique et à l’édification morale et politique des Bobolais qui sont sapés.
Or la loi dispose clairement qu’on ne peut pas placarder des affiches électorales sur des édifices publics. Les monuments publics doivent être considérés comme tels et pas comme des no-man ‘s-lands, des terrains vagues où l’on jette subrepticement ses ordures. En septembre dernier, le critique Alcény Barry, dans un article intitulé « Art et vandalisme : pas touche à nos monuments ! », s’élevait contre l’habillage des statues de Ouagadougou avec de la cotonnade durant la Danfani Fashion Week. Encore qu’il s’agissait là d’une activité promouvant l’artisanat et un patrimoine locaux !
Ici, dans « la capitale culturelle », une telle hérésie est inexplicable. Autant que le silence des acteurs de la Culture qu’une circulaire du ministère la Culture qui invite à formuler des « plaidoyers pour la prise en compte de la Culture et du Tourisme dans le budget et le plan annuel d’investissement 2016 ». En clair, un appel du pied pour un lobbying auprès des politiques en campagne. Pour la présidentielle et les législatives, cela semble cuit. Prenons date pour les municipales.
Sid-Lamine Salouka

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