Biotechnologies:Une chercheure japonaise rassure

Le Centre national de recherche scientifique et technologique (CNRST) et l’ambassade du Japon au Burkina Faso ont organisé conjointement une conférence inédite sur le thème «L’agriculture du futur : du patrimoine génétique naturel à l’agriculture de précision. Amélioration de la résistance des plantes aux stress environnementaux », le 6 juillet 2017 à l’hôtel Ramada à Ouagadougou. Ont été témoins de cette importante rencontre sur les biotechnologies des représentants de plus d’une quarantaine de structures dans le domaine de la recherche, des universités, de la filière coton (sociétés cotonnières, producteurs, etc.), des médias, des associations, etc.

Depuis que l’Association interprofessionnelle du coton du Burkina (AICB), regroupant les sociétés cotonnières, et l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPCB), ont annoncé, lors de sa conférence de presse du 22 avril 2016, « la suspension temporaire de la culture du coton génétiquement modifié », le Burkina Faso, qui était considéré comme un des rares pays en Afrique leader dans le domaine des biotechnologies, retournait au 100% coton conventionnel. Une décision plus que grave quand on sait que l’arrêt a été brutal et que cela pourrait bien sûr engendrer un impact sérieux au niveau des producteurs, des sociétés cotonnières, voire de l’ensemble de la filière.
Depuis, le Burkina Faso est toujours à la recherche du remède contre la qualité de sa soie dans l’espoir de renouer, peut-être, un jour, avec le coton transgénique.
Et la présence massive et remarquable des participants de tous bords à la conférence du 6 juillet 2017 montre à quel point les attentes étaient nombreuses. Le ton a été d’ailleurs donné par le délégué général adjoint chargé de la Recherche et de la Coopération du CNRST, Dr Oumar Sanogo, qui a laissé entendre que c’est une opportunité de se remettre sur les rails dans le domaine des biotechnologies. Même son de cloche pour le modérateur du jour, Dr Paco Sérémé, ancien directeur de l’Institut de l’Environnement et de Recherches agricoles (INERA) et ex-secrétaire exécutif du CORAF/WECARD, qui n’a pas hésité à interpeller les autorités sur cette technologie importante à laquelle notre pays a tourné le dos. « C’est une question de volonté politique, car il y a un recul à ce niveau ; et cette conférence peut être un nouveau départ pour nous », a-t-il ajouté, avant de présenter l’éminente scientifique venue du Pays du soleil levant, Professeur Natsuko Kinoshita du laboratoire d’entomologie et de zoologie appliquée de l’Université de Tsukuba (Japon). De la thématique, retenons que les stress environnementaux comme le froid, la salinité et la sécheresse ont un impact négatif très important sur la productivité des cultures à travers le monde. Les plantes, pour survivre dans ces conditions défavorables, ont développé des stratégies sophistiquées d’adaptation. Les produits de certains gènes d’induction du stress permettent ainsi à la plante de résister dans des conditions préjudiciables. Le transfert de ces gènes dans les plantes confirme leur rôle protecteur pour l’adaptation aux stress. Les travaux de la chercheure japonaise s’intéressent à certains de ces thèmes. Pour elle, la biotechnologie n’est pas nouvelle car, depuis l’existence humaine, on a toujours fait recours aux ressources humaines. L’agriculture du futur ne peut se faire, dit-elle, sans la biotechnologie, sans les ressources nano-technologiques et sans données de numérisation. Professeur Natsuko a répété et insisté sur le fait que les cultures transgéniques ne sont pas toxiques pour l’homme.
Elle a axé sa présentation sur des images vidéos montrant le processus de l’extraction de l’ADN d’une fraise par une étudiante de son laboratoire au Japon, l’importance des données pour une recherche de précision pour impacter positivement l’agriculture, l’exemple de l’insecte robot pour détecter à temps la présence des ravageurs qui paraît comme une arme redoutable et à moindre coût plutôt que d’investir dans les insecticides. Toujours sur la biotechnologie moderne, sa difficulté à être bien comprise du public et de l’ensemble des acteurs vient du fait que les chercheurs n’arrivent pas à bien communiquer autour de la question. Des acteurs de la filière ont saisi la balle au bond pour réaffirmer qu’ils ne sont pas contre les OGM. Et que si une solution était trouvée sur la longueur de la soie, ils retourneraient au coton Bt. A ce sujet, ils ont demandé si la chercheure et son Laboratoire ne pouvaient pas aider le Burkina Faso pour la soie puisse retrouver sa qualité d’antan. La Japonaise n’a pas écarté une possibilité de collaboration dans ce sens et s’est dit également disponible pour accueillir des étudiants burkinabè dans son université, plus précisément dans son laboratoire.
Cyr Payim Ouédraogo

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