Biotechnologies agricoles: « C’est une des solutions pour atteindre la sécurité alimentaire au Burkina Faso » Dr Oumar Traoré

Le Forum Ouvert sur la Biotechnologie Agricole (OFAB) a organisé, le samedi 22 juillet 2017 à la salle de réunion de l’Autorité de Développement de la Région du Liptako Gourma, une session de renforcement des capacités sur la biotechnologie agricole et la biosécurité au profit des représentants de la société civile. Une première initiative qui a été plus que fructueuse puisque les échanges ont été directs, souvent passionnés et enrichissants entre des acteurs qui ne partagent pas forcément la même vision et la même opinion sur le sujet.

Le Burkina Faso attend, pour cette saison agricole humide 2017-2018, une production de 5 200 000 tonnes de céréales, de 1 568 000 tonnes de cultures de rente et de 1 891 000 tonnes de cultures maraîchères. Pour l’atteinte de ces objectifs, plus de 33 milliards ont été octroyés aux collectivités territoriales et aux producteurs. En plus de cette subvention, plusieurs techniques existent pour améliorer la productivité des cultures, parmi lesquelles les biotechnologies agricoles.
L’adoption des biotechnologies agricoles constitue une bataille stratégique pour le Burkina Faso au regard de leur aspect bénéfique à l’environnement (diminution de l’usage des pesticides), à la biosécurité, à la sécurité alimentaire et à l’économie. Malheureusement, elles suscitent de vives polémiques au sein des populations, des organisations de consommateurs et de producteurs. Et la présence des organisations de la société civile, notamment le Mouvement Burkinabè des Droits de l’Homme et des Peuples (MBDHP), à cet atelier de consolidation des capacités sur la biotechnologie agricole moderne, organisé par le Forum Ouvert sur la Biotechnologie agricole (OFAB) ce 22 juillet 2017 traduit tout cet intérêt ; ces organisations étant des opposants à l’introduction des organismes génétiquement modifiés (OGM) dans l’agriculture et l’environnement burkinabè en raison de la préservation de la biodiversité, des risques sur la santé humaine et animale, des considérations éthiques et religieuses. La tâche des chercheurs, regroupés au sein de l’OFAB, s’annonçait grande quant à l’attente des participants, venus à l’information. Mais le discours à eux tenu était bien à la hauteur des desiderata.
De la présentation des biotechnologies agricoles modernes
La loi n° 064-2012/AN du 22 juillet 2012 portant régime de sécurité en matière de biotechnologie définit la biotechnologie moderne comme l’ « application de techniques de recombinaison de l’acide nucléique et de fusion cellulaire in vitro, qui franchissent les barrières physiologiques naturelles de la reproduction ou de la recombinaison, autrement que par la reproduction et la sélection naturelle ». Autrement dit, la biotechnologie concerne toutes les applications de la science et des technologies issues de plusieurs disciplines (physique, chimie, informatique, etc.) à des organismes vivants ou à leurs composantes dans le but de modifier des matériaux à des fins de production de biens, de connaissances, de services. Elle trouve des applications dans divers domaines comme la santé, l’industrie, l’agriculture.
Selon le Dr Oumar Traoré, point focal de OFAB au Burkina, l’histoire des biotechnologies remonte aux origines de la sédentarisation de l’homme qui, pour subvenir à son alimentation, a dû se mettre à l’agriculture et à l’élevage tout en sélectionnant les espèces les plus résistantes pour la reproduction. Il s’agit des biotechnologies traditionnelles (bouturage, greffage, marcottage, fermentation, etc.). Mais la situation climatique de nos jours oblige les chercheurs à s’intéresser aux techniques d’amélioration des espèces afin de faire face aux changements climatiques et d’atteindre la sécurité alimentaire. Dans ce sens, ils mettent à contribution les techniques, comme la sélection assistée par marqueur, le croissement, la mutagénèse (exposition aux ultra-violets), la détection des agents pathogènes des plantes, la transgénèse, pour mettre au point des produits agricoles résistant aux stress environnementaux, aux maladies, aux ravageurs, aux mauvaises herbes. En plus, ces produits peuvent être combinés aux techniques agro-agricoles (zaï, paillage, cordons pierreux, haies vives, digues filtrantes, utilisation des engrais organiques issus du compostage, etc.) pour atteindre un rendement très important et même des excédents. Au Burkina Faso, les produits biotechnologiques agricoles existants sont ceux commercialisés par l’Institut de l’Environnement et de Recherches Agricoles (INERA) lors de la foire aux semences de variétés améliorées (maïs, sorgho, petit mil, riz, niébé, etc.). Le Dr Oumar Traoré assure que « les biotechnologies constituent une des solutions pour atteindre la sécurité alimentaire. Elles ne sont pas imposées aux producteurs, qui sont libres de les adopter ou non. ». Par ailleurs, la question des organismes génétiquement modifiés (OGM) n’a pas été occultée.
Il n’y a pas de produits agricoles génétiquement modifiés au Burkina Faso
Les organisations de la société civile n’ont pas hésité à exposer leurs appréhensions concernant les OGM qui effraient à plus d’un titre. Les préoccupations portaient essentiellement sur les risques sur la santé humaine et animale (les allergies, la présence ou la production de substances toxiques, les conséquences à long terme), les risques environnementaux (la contamination génétique, l’impact sur la biodiversité, la destruction de certains êtres vivants utiles mais non visés, le déséquilibre écologique).
Mais le Dr Valentin S. Edgar Traoré, coordonnateur d’OFAB-Burkina, et ses collaborateurs assurent qu’au Burkina aucun OGM n’est exploité en plein champ, à l’exception du coton transgénique (coton Bt), dont la culture est suspendue « temporairement » depuis le 22 avril 2016, sur décision de l’Association interprofessionnelle du coton du Burkina (AICB) regroupant les sociétés cotonnières et l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPCB). Par contre, il y a le niébé Bt qui est testé en champ confiné, c’est-à-dire en station de recherche.
Le Dr Edgar Traoré n’exclut pas les risques liés à l’exploitation et à la consommation des OGM, mais il explique qu’il existe une législation nationale qui régule l’exploitation, la production, l’importation et l’exportation des OGM au Burkina. La loi n° 064-2012/AN du 22 juillet 2012 portant régime de sécurité en matière de biotechnologie s’applique, en effet, à « la mise au point, à l’expérimentation, à la production, à la dissémination, au stockage, à la destruction ou à l’élimination, à l’importation, à l’exportation, au mouvement transfrontalier, y compris le transit de tout organisme génétiquement modifié et de tout produit constitué ou contenant un organisme génétiquement modifié ». Cette loi garantit la biosécurité, la responsabilité, la réparation des dommages, la consultation du public avant l’importation et l’exploitation en espace confiné ou à plein champ. Elle sanctionne toute utilisation dangereuse, toute introduction intentionnelle en violation des dispositions de la présente loi. Les amendes vont de 100 000 000 (cent millions) à 8 000 000 000 (huit milliards) de francs CFA. Ainsi, les risques sur la santé et l’environnement sont limités. Le législateur a mis en place un organe chargé de l’application de ces dispositions, qui est l’Agence nationale de biosécurité (ANB), et deux organes consultatifs, l’Observatoire national de biosécurité (ONB) et le Comité scientifique national de biosécurité (CSNB).
Au demeurant, l’OFAB invite les populations, les hommes de médias, la société civile, les décideurs politiques, les représentants des producteurs à s’informer sur les biotechnologies agricoles afin d’adapter les cultures aux changements climatiques et de permettre à l’agriculture burkinabè d’être productive et plus compétitive.
Jean-Yves Nébié (stagiaire)

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