Biotechnologie et biosécurité: Dr Moussa Savadogo explique, sensibilise et conscientise !

Dans le cadre de la session spéciale du Forum ouvert sur la biotechnologie agricole (OFAB) consacrée au 55e anniversaire de l’indépendance du Burkina Faso, Dr Moussa Savadogo du Réseau africain d’expertise en biosécurité (ABNE-NEPAD) a débattu en langue mooré avec les populations de Kaya le 11 décembre 2015 sur un sujet éminemment scientifique. Le thème a porté sur « L’Afrique face aux enjeux de la biotechnologie et de la biosécurité : défis et opportunités ».

Les connaissances scientifiques et technologiques de l’homme avancent et se développent indéfiniment. Elles s’appliquent à tous les domaines d’activités, y compris l’agriculture. Le communicateur du jour fera donc remarquer que les peuples et les nations qui maîtrisent l’outil scientifique et technologique sont ceux qui dominent les autres. La biotechnologie moderne n’est qu’une étape de cette dynamique infinie de la maîtrise de la science et de la technologie. Au regard des controverses sur les organismes génétiquement modifiés (OGM), Moussa Savadogo, qui a décidé d’adapter son langage aux participants dont la majorité était constituée de maraîchers, a fait un rappel des enjeux de l’utilisation des biotechnologies modernes ainsi qu’un aperçu du bilan de 20 ans après la première culture de variétés génétiquement modifiées. Il est également revenu sur le statut des biotechnologies et de la biosécurité en Afrique avec leurs défis et les différentes opportunités.
Il s’est appuyé sur le témoignage du scientifique Mark Lynas, lors d’une conférence le 3 janvier 2013 autour des préjugés et des rumeurs infondées sur les OGM, pour étayer une situation de peur dans laquelle les décideurs et les populations vivent à la suite de campagnes de désinformation. Extrait donc du récit de Lynas : « La première fois que j’ai entendu parler des cultures génétiquement modifiées, j’ai pensé : qu’elles entraîneraient l’augmentation de l’utilisation des pesticides chimiques. Il s’est avéré que le coton et le maïs GM, pour résister aux ravageurs, nécessitaient beaucoup moins de pesticides ; qu’elles seraient dangereuses. Il s’est avéré que ces produits sont plus sains et plus précis que ceux issus des méthodes classiques de sélection utilisant par exemple la mutagenèse; que personne n’en voudrait. Il s’est avéré que le coton Bt a été piraté et introduit frauduleusement en Inde, et le soja tolérant aux herbicides également piraté et introduit au Brésil, parce que les agriculteurs les appréciaient et en voulaient ; qu’elles bénéficieraient seulement aux grandes multinationales. Il s’est avéré que des milliards de dollars de bénéfices revenaient aux agriculteurs, lesquels n’avaient plus besoin d’utiliser beaucoup de pesticides ; qu’elles spolieraient les agriculteurs et que la technologie Terminator volerait leur droit d’utiliser leurs propres semences. Il s’est avéré que ceci n’est pas vrai et que depuis longtemps déjà les agriculteurs sont habitués à acheter chaque année leurs semences hybrides, et qu’en réalité le concept Terminator n’a jamais été utilisé en dehors du laboratoire ».
Selon le conférencier, la biotechnologie végétale moderne a été développée pour résoudre des problèmes concrets dans le domaine agronomique, dans la lutte contre les mauvaises herbes, dans celle contre les ravageurs des cultures : insectes, parasites ….
Cette technologie, a-t-il souligné, permet d’utiliser des sols pauvres : par exemple faire pousser des cultures sur des sols pauvres en azote ou trop salés ; de créer des variétés résistantes aux stress abiotiques, notamment celles résistantes à la sècheresse et des variétés tolérantes aux inondations. Il y a aussi des problèmes nutritionnels qui consistent à augmenter la teneur en vitamines dans certaines cultures : sorgho, riz, maïs, manioc, banane, patate douce. L’adaptation aux changements climatiques est aussi une raison de se tourner vers les biotechnologies. Dr Moussa Savadogo évoquera les intérêts de l’utilisation des cultures biotechnologiques qui se traduisent par des bénéfices économiques (augmentation des rendements et des revenus agricoles), des gains environnementaux (Réduction des émissions de carbone, réduction de l’utilisation de pesticides, économies de terres) ; des bénéfices médicaux et pour la santé publique. Robert Paarlberg, dit-il, dans son célèbre livre «Starved for Science» ou «Affamé de science» décrit comment la biotechnologie est en train d’être maintenue éloignée du continent africain» ou en d’autres termes comment le continent africain est en train d’être tenu à l’écart de la biotechnologie. Et que dire de feu Norman Borlaug, le père de la Révolution verte, qui a laissé entendre : “Je sais maintenant que l’humanité dispose de la technologie pouvant lui permettre de nourrir de façon durable les 10 milliards de personnes–que cette technologie soit déjà disponible sur le terrain ou en maturation dans les laboratoires. La question la plus pertinente est plutôt de savoir si les agriculteurs seront autorisés ou pas à utiliser cette nouvelle technologie”. Depuis les premières cultures GM (1,7 million d’hectares) en 1996 aux USA, on a enregistré en 2014 à travers le monde : 175 millions d’hectares, soit une augmentation de 100 fois par rapport à 1996 ; 28 pays ; 18 millions de producteurs dont 90% sont de petits producteurs pauvres. Côté réglementation, Dr Savadogo indiquera que la biotechnologie moderne fait l’objet d’un suivi particulier. Le Burkina Faso a révisé sa loi de biosécurité en 2012 et des décrets d’application ont été adoptés par le gouvernement en Octobre 2014 et en Janvier 2015.
La conférence de Kaya a été très intéressante à plus d’un titre et ils ont été nombreux les participants à demander que de telles initiatives soient renouvelées…
Cyr Payim Ouédraogo

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