Arrêt du coton Bt au Burkina : Plutôt une réduction!

Dans une publication en date du 4 janvier 2016, Brian Dowd-Uribe et Matthew A. Schnurr, respectivement enseignants à l’université de San Francisco et de celle de Dalhousie, annoncent que le Burkina Faso a entamé un processus pour abandonner le coton génétiquement modifié d’ici 2018. Raison invoquée : le problème de qualité du coton transgénique, notamment la fibre qui est courte et ne pèserait moins que celle du coton conventionnel, citent-ils dans leur document fort d’une douzaine de pages et édité par la Presse de l’Université d’Oxford.

Il n’en fallait pas plus pour créer un tollé sur les réseaux sociaux relayés par de nombreux activistes qui, tout en applaudissant « la bonne nouvelle », ont contribué à semer la confusion à tous les niveaux. Le Pays des hommes intègres, véritable modèle dans le domaine de la production des OGM, notamment de l’or blanc, 2e au rang des produits d’exportations, après l’or, renonce-t-il désormais aux cultures transgéniques? Le premier pays producteur africain de coton avec 700 000 tonnes en 2015 est malade au point de préférer l’arrêt d’une expérience entamée dans les années 2000, pour justement relever une filière où les fortes quantités de pesticides déversée dans les champs ne semblaient plus inquiéter les ravageurs du cotonnier ?
Si cette information de l’arrêt du coton est d’actualité, il reste qu’au niveau des sociétés cotonnières (Sofitex, Socoma et Faso Coton), c’est motus et bouche cousue ; pourtant, le document mentionne qu’il est incompréhensible que le Mali, qui a produit 500 000 tonnes, soit parvenu à trouver des acquéreurs sur le marché mondial tandis que la plus grande production, notamment celle du Burkina, attend toujours. Vrai ou faux ? L’écoulement a-t-il été oui ou non effectif à ce jour ? Mystère et encore mystère ! Mais ce qui est certain, les auteurs de la publication révèlent que nos sociétés cotonnières réclameraient 30 milliards de FCFA, soit environ 280 millions de dollars américains à la firme Monsanto à titre de compensation pour les pertes subies depuis 2010. Si l’information s’avérait fondée, on comprend aisément pourquoi un tel silence. Un expert de la Sofitex nous dira ceci en ces quelques mots que nous reprenons in extenso : «Je crois qu’on n’est pas en train de stopper avec le coton Bt. On est en train de faire des réglages pour corriger la longueur de la soie (la fibre). Il y a des incompréhensions avec le partenaire (Monsanto) et en attendant de nouveaux accords, on va réduire la part du Bt». Du côté de Monsanto, c’est clair : la question de la fibre est une réalité et, avec ses partenaires burkinabè, des solutions sont en cours pour remédier à ces difficultés. Et mieux, dit-on, la firme est en train de travailler sur une nouvelle variété locale, la FK 64 pour suppléer celle dont la dégénérescence de la qualité est constatée à l’heure actuelle. Ce qui est d’ailleurs confirmé dans une lettre de Monsanto en date du 29 janvier 2016 au nouveau ministre de l’Agriculture. Morceau choisi : « Monsanto en collaboration avec la recherche a démarré la conversion d’une nouvelle variété de coton FK64 développée par l’lNERA. Cette nouvelle variété a l’avantage d’avoir des fibres longues et tous les outils modernes de transfert et de contrôle seront utilisés pour son introgression ». C’est donc dire que tout n’est pas perdu pour les Burkinabè qui devront plutôt affronter le problème ensemble que de tirer sur l’ambulance.
Cyr Payim Ouédraogo

Les propositions de Monsanto!

Nous vous proposons un extrait d’une lettre (du 29 janvier 2016) envoyée récemment par la firme Monsanto au tout nouveau ministre de l’Agriculture. La société fait des propositions dans le but de trouver des solutions au problème de la fibre. Le contenu est digne d’intérêt !
« Afin de trouver des solutions pour répondre de façon efficiente et durable à la question de la longueur de la fibre, Monsanto a mis en place des stratégies à court, moyen et long terme :
– A court terme :
Monsanto travaille activement en collaboration avec la recherche et les sociétés cotonnières afin de mieux comprendre les raisons de réduction de longueur de la fibre et des recommandations seront formul6es lors d’un atelier international prévu en 2016 à Ouagadougou (y compris le besoin de faire de nouveaux rétrocroisements, de redémarrer les rétrocroisements avec différents donneurs ainsi que des modifications à apporter au programme de croisement actuel).
– A moyen terme :
Monsanto et l’INERA travaillent depuis 2013 sur un nouveau type de cotonnier qui est non seulement résistant aux insectes mais tolérant au glyphosate. Cela signifie que ce coton en même temps qu’il contrôle les insectes permet aussi de contrôler les mauvaises herbes par une application directe de glyphosate. Les résultats de la première année montrent que certaines lignées de coton BG!!/RRFlex obtiennent des caractéristiques au niveau des fibres de coton au moins équivalentes au coton conventionnel. Cette technologie pourrait être diffusée dès 2018 si tous les partenaires sont disposés à l’adopter.
– A long terme :
Monsanto en collaboration avec la recherche a démarré la conversion d’une nouvelle variété de coton FK64 développée par l’lNERA. Cette nouvelle variété à l’avantage d’avoir des fibres longues et tous les outils modernes de transfert et de contrôle seront utilisés pour son introgression».
C.P.O.
Source: Lettre de Monsanto au ministre de l’Agriculture

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