AN I de l’insurrection burkinabè : Radioscopie!

La plus belle page de l’histoire écrite au Burkina Faso est sans doute l’insurrection des 30 et 31 octobre 2014 qui a balayé illico presto Blaise Compaoré d’un pouvoir qu’il ne voulait plus abandonner, après plus de 27 ans de règne. Face à Barack Obama qui clamait des institutions fortes en Afrique, l’ex-président burkinabè, en guise de réplique, estimait que c’est plutôt d’hommes forts que nos pays ont besoin, suscitant au passage un accueil triomphal par ses ouailles à son retour des Etats-Unis. Mais l’homme fort sera terrassé par un peuple fort qui n’avait pas dit son dernier mot. Depuis l’exil de successeur de Thomas Sankara en terre d’Eburnie, la mobilisation du peuple est restée intacte contre les fossoyeurs et les dictateurs. La lutte a même gagné en intensité synonyme d’une belle symbiose entre toutes les couches socioprofessionnelles contre les multiples dangers qui pointaient à l’horizon. Le dernier en date a été la manœuvre de trop du général félon et de sa bande de l’ex-régiment de sécurité présidentielle qui a permis aux Burkinabè de triompher une fois de plus. Aujourd’hui, être Burkinabè est une fierté, un modèle et un espoir en Afrique! Pays pauvre, mais béni de par ses populations, serait-on tenté de dire. Gloire aux vivants mais honneur et hommage à nos vaillants martyrs des 30 et 31 octobre 2015 et à ceux du honteux putsch du 16 septembre 2015 rejeté énergiquement par les civils, les militaires, la communauté internationale.
L’insurrection a ouvert une voie royale à un retour de la justice au Burkina Faso où des dossiers de crimes de sang, économiques, etc. avaient été malmenés, torpillés, voire même enterrés par les tenants du pouvoir à l’époque. Désormais, le dossier Thomas Sankara et ses 12 camarades tombés sous des balles assassines; celui de Norbert Zongo et ses compagnons, le dossier du juge Salifou Nébié, etc. ne constituent plus un tabou. L’heure de la vérité et de la justice a donc sonné!
Le principal acquis reste donc la chute et la fuite de Blaise Compaoré justifiant une ère radieuse et prometteuse pour notre Burkina. Mais faisons en sorte de ne pas décevoir car les vicissitudes de la vie peuvent anéantir le fameux espoir. Et pour cause, côté politique, beaucoup de choses restent à faire. En effet, beaucoup de ceux qui ont soupé avec le président déchu sont toujours là; ceux-là qui, moralement, sont aussi responsables de crimes de Blaise Compaoré guettent aussi Kosyam; ceux-là qui ont pillé nos maigres richesses ne sont pas prêts de se ranger. Alors est-ce l’insurrection électorale prônée par l’épouse du père de la révolution burkinabè, Thomas Sankara, ne devrait-elle pas faire prendre conscience à plus d’un? Le travail d’assainissement de la faune politique ne dit-elle pas se poursuivre? Ce qui est certain, pro ou anti-Blaise, tous doivent savoir qu’ils sont désormais dans un autre, sinon un nouveau Faso et que plus rien ne sera comme avant.
Mais puisque nous parlons de dangers, auscultons le contexte économique du pays qui se profile à l’horizon. Le chômage des jeunes jadis rampant devenu en quelques années un chômage à ciel ouvert peut constituer une sérieuse menace pour la quiétude du pays. Depuis le début, la Transition a fonctionné parfois en baisse de régime et c’est à se demander si le terme « Transmission » qui a germé dans l’esprit de Burkinabè n’est pas hélas un signe avant-coureur d’une déliquescence du tissu social où tout le monde pratiquement semble croulé sous le poids des difficultés pour assurer sa pitance quotidienne. La détermination de la population est tellement si forte que par moments l’énergie débordante inquiète également plus surtout les futures autorités qui seront toujours hantés d’être à tout moment chassé par la rue. La récente traque des SG considérés comme des collabos de gré ou de force des putschistes présente une radioscopie inquiétante quant à la relative stabilité de nos institutions. Mais d’aucuns ne se plaindront pas si le spectre de ce type d’expédition punitive peut un tant soit peu assagir certaines autorités ou simplement leur faire une piqûre de rappel qu’elles sont là pour servir le peuple et non pour se servir; qu’elles sont là pour aider à sortir le Pays des hommes intègres de la pauvreté que de l’envoyer ad patres !
Cyr Payim Ouédraogo

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