A NOS BURKINABISMES : L’EXPRESSION « SAP-SAP »

« Sap-sap». Voici une expression qui est passée dans le langage ordinaire des Burkinabè, au point de paraître une trouvaille heureuse pour une compagnie de téléphonie mobile qui, on s’en doute, ne l’exportera pas avec le même succès dans un autre pays. Car ici, lorsqu’un client dit à un vendeur de cartes de recharges prépayées : « Fais-moi un sap-sap », il sait que son interlocuteur comprendra par cette onomatopée « vite, vite ».

Le sens de l’expression ne se devine pas uniquement à partir du redoublement d’une syllabe dont le claquement suggère la rapidité d’une action. Bien entendu, il y a de cela, comme dans « tao-tao » en more, « djuuna-djuuna » en dioula, « salen-salen » en bobo-mandarè ou « lao-lao » en peul. Mais plus, l’expression « sap-sap » a son origine propre et celle-ci est ancrée dans l’histoire du Burkina Faso.

En effet, SAP, c’est avant tout l’acronyme de « Société africaine de pneumatiques. » Créée en 1972, cette entreprise lança, deux ans plus tard, la commercialisation de ses pneus et chambres à air pour cycles. Pour ce faire, elle eut recours au seul média couvrant alors tout le pays, la radio nationale en l’occurrence. C’était aussi l’époque du fulgurant Inoussa Sankara qui en était un des animateurs-vedettes et qui régnait sur les ondes avec son « Concert en mooré » du samedi après-midi. Recruté par la SAP Olympique, le futur créateur de la radio Savane FM assura le succès de la marque par son bagout irrésistible auprès des mooréphones. La légende dit aussi qu’il se mit dans les poches une véritable petite fortune de ce temps-là. Mythe ou réalité ? Qu’importe. Ce qui est sûr, c’est que la SAP devint alors le synonyme de la qualité d’un produit aux vertus nationales affirmées, surtout dans le contexte de la première guerre malo-voltaïque qui fouettait le patriotisme de nos concitoyens.

Un autre épisode de l’expression « sap-sap » est l’avènement d’un attaquant d’exception : Joseph Kaboré. Symbole de rapidité, génie du placement et meilleur buteur du championnat plusieurs années de suite, Joseph Kaboré fut par la presse sportive surnommé « SAP Olympique ». Pouvait-on rêver bien plus évident avec la vélocité que la marque ayant une panthère pour emblème était censée conférer par ses pneumatiques ? Et, de fait, l’athlète demeure à nos jours une gloire reconnue. Joseph Kaoré a même été sélectionneur national, en tandem avec le regretté gardien de but Sidiki Diarra, une autre idole du football burkinabè.

Mais, au bout du compte, d’où vient cette expression « sap-sap » qui nous est si chère ? De nos braves militaires, tout simplement. Hé, oui, c’est à l’intérieur des casernes que l’expression « sap-sap » serait née ! En redoublant le mot « SAP », les bidasses ont construit une locution qui signifie « très vite » sur le modèle des expressions dans nos langues nationales, ainsi expliqué plus haut. Partie de cette composante de la nation, la locution adverbiale a conquis tout le pays et est devenue une partie de notre patrimoine.

Reste qu’elle doit passer nos frontières et, par la vertu de la francophonie, entrer dans le dictionnaire. Défi à la mondialisation et aux technologies de l’information et de la communication, domaine où exerce la compagnie de téléphonie qui se fait tant d’argent sap-sap ! Allons seulement…

Tiens, un autre burkinabisme !

Sid-Lamine SALOUKA

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