Rain cell Africa: Mesurer la quantité d’eau par téléphone

François Zougmoré est professeur titulaire à l’Université Ouaga I Joseph Ki-ZERBO et par ailleurs directeur de l’Ecole doctorale. Son équipe et lui viennent d’être récemment honorés en France grâce au fruit de leur recherche baptisée « Rain Cell Africa ». Nous l’avons rencontré dans la soirée du 18 février 2016 pour en savoir davantage sur la nouvelle trouvaille.

 

TrophéeISC : Que peut-on retenir de l’école doctorale dont vous êtes le directeur?

FZ
: Depuis 2010, il y a eu de nouvelles structures qui ont été mises en place pour gérer la formation des études doctorales. Dans ce cadre, nous avons fait la fusion de beaucoup de formations doctorales qui existaient dans différents domaines. A cela, on a fait trois grandes formations, c’est-à-dire une école doctorale en Science de la Santé, en Lettres -Sciences Humaines-Communication et une autre en Science et Technologie.

Quel est le profil de ceux qui en sortent?
Ceux qui sortent de l’école doctorale sciences et technologies sont des docteurs dans tous les domaines des sciences. Vous avez ceux qui font la biologie, la géologie, les mathématiques, les technologies appliquées…

Depuis l’existence de l’école doctorale, combien de spécialistes ont été mis sur le marché de l’emploi?
Depuis le début de l’année 2016, nous sommes à 82 thèses. Mais jusque-là nous n’avons pas encore fait le point de l’année 2015. Je puis vous dire que chaque année il y a un grand nombre de docteurs qui sortent de cette école. Il y a des étudiants qui viennent de presque partout, de l’Afrique centrale, de l’Afrique de l’Est, du Tchad, de Madagascar sans oublier ceux de la sous-région, notamment la Côte d’ivoire, le Togo, le Mali, le Bénin… Les études doctorales ne sont pas un problème d’enseignement mais une question de formation par et pour la recherche.

L’école semble inconnue du public. Qu’est-ce qui explique cela?
(Rires…)Nous avons fait le même constat. Pour cela, nous avons décidé de mener certaines activités en vue de la faire connaître davantage, notamment par des conférences de presse. La présentation du prix que nous avons reçu la semaine dernière fait partie de notre méthode de communication. Tout cela pour que les gens sachent qu’il y a du boulot qui se mène à l’université et particulièrement à l’école doctorale. C’est une question de communication et je crois que nous allons relever le défi.

Vous venez justement d’être honoré en France grâce à votre travail de recherche baptisé « Rain Cell Africa ». Que retenir de cette technologie?
Il faut préciser les choses. Le terme Rain cell africa est un acronyme en anglais qui veut dire estimation de la hauteur des pluies par… En quoi consiste cette technologie ? En vérité, c’est un étudiant du nom d’Ali Doumounian qui a fait sa thèse là-dessus. Depuis une dizaine d’années, nous travaillons dans les laboratoires sur les réseaux et communication, les fibres optiques… Le travail de notre étudiant était donc de voir le problème d’affaiblissement du signal. Il y a donc eu une coïncidence avec un programme qui est venu ici pour travailler sur le satellite. Comme nous travaillons sur les télécoms et disposons d’un background, alors nous avons travaillé avec le programme. Le problème était de savoir ce que nous allons constater comme perte de signal donné entre deux pilônes de télécommunication cellulaire. Et c’est à partir de ce point qu’on va trouver la quantité de pluie tombée dans une région donnée. Pourquoi la communauté internationale a-t-elle bien apprécié le travail ? Tout d’abord, il y a l’impact du point de vue connaissance de la gestion de la ressource en eau, son impact sur l’agriculture, sur les différents besoins en matière d’alerte précoce sur la sécheresse, l’inondation… Cette technologie est très intéressante pour le remplissage des barrages et pour les prévisions. Nous avons débuté les travaux en décembre 2011 et les premières mesures ont commencé en fin juillet 2015.

Quel est son impact réel pour l’Afrique et notamment pour le Burkina Faso ?
Sur la carte du Burkina, nous avons 80% du territoire qui est couvert par le réseau de téléphonie mobile Telecel. Si nous avons l’information à tout moment, on peut donc, après une pluie, vous dire que dans telle ou telle région il y a eu une telle quantité de pluie tombée. C’est important pour l’agriculteur parce que, pour semer, il faut savoir quelle spéculation faire.

Cette technologie à première vue est destinée aux agriculteurs ; pourtant la majeure partie de ceux-ci sont analphabètes. Cela ne serait pas un handicap pour une meilleure utilisation? Nous avons l’intention de faire en sorte que des dispositions soient prises pour que les paysans puissent vraiment s’en approprier et en faire leur outil de travail. Comment ? Là, nous allons mener encore des études. Pour le moment nous allons mettre des informations à la disposition de Telecel et les gens pourront donc l’interroger pour savoir ce qui est fait.

Quel peut être le coût d’une telle technologie?
(Rires…) Là, je suis désolé. Il faudrait d’abord une étude plus sérieuse sur la question avec les professionnels et autres. Mais il faudrait faire en sorte que le prix soit le plus accessible possible à tous les producteurs. Il ne doit point dépasser les possibilités du paysan le plus pauvre. Il faut que tout le monde ait accès à cette technologie, c’est cela notre vision. Nous travaillons à amoindrir certaines difficultés des populations et non à les compliquer davantage.

A quand l’utilisation réelle du produit sur le terrain?
Nous sommes sur de bonnes voies avec Telecel, et très bientôt il sera opérationnel. Vous serez informé dans les jours à venir. Ce qui est sûr, nous sommes prêts à partager ce que nous avons trouvé.

Rain cell Africa a-t-il fait l’objet d’un brevet ?
Non ! Le brevet, par définition, c’est une protection. Quelqu’un ne peut pas utiliser votre trouvaille s’il ne demande pas votre autorisation. C’est cela. Or, nous voulons faire de Rain cell Africa un patrimoine mondial. Alors, nous n’interdisons personne quant à son usage. Cependant, ce que les potentiels utilisateurs pourront faire, c’est nous citer au moins par courtoisie. Par exemple, citer Doumounian et collaborateurs, ce n’est pas compliqué. C’est tout ce que nous leur demandons. Nous sommes les premiers à avoir fait un tel travail, il serait donc malhonnête de l’utiliser sans en citer les auteurs.

Votre équipe de recherche a-t-elle reçu un soutien quelconque de la part des opérateurs de téléphonie mobile dans le cadre de la recherche?
Il faut dire quand même que Telecel a mis des données à notre disposition et cela c’est déjà une grande contribution. Nous, à notre niveau, nous ne leur avons exprimé un quelconque besoin. Tout notre travail a été financé par nous-mêmes.

Qu’attendez-vous des nouvelles autorités, eu égard à votre technologie ?
Franchement, nous voulons qu’elles nous aident à mettre nos projets de recherche en œuvre. Nos doctorants ne disposent pas de bourses. Il faut que ces derniers fassent la vacation pour pouvoir vivre. C’est très difficile pour eux de suivre normalement leurs thèses. Mais, une fois qu’ils ont la bourse, je crois qu’ils seront concentrés sur leur travail. Pour cela nous demandons l’accompagnement du nouveau gouvernement. Que les nouvelles autorités se penchent sérieusement sur la question afin que la recherche aille plus loin car elle est le moteur du développement.

Issa Karambiri

 

Rain Cell Africa: Measured the water’s quantity using phones

Francois Zougmoré is a tenured professor in Ouagadougou University Joseph Ki-ZERBO and by the way, the director of the doctoral school. He and his team have been recently honored in France for the results of their search called “Rain cell in Africa”. We meet him the February 18th 2016, in the evening, to learn more about those discoveries.

TrophéeISC : What is the important things to know about the doctoral school you are in charge of?
FZ : Since 2010, new structure have been created to manage the doctoral education’s formation. A lot of doctoral formation existed in numerous domain, and we decide to unify them. We created three big formations, that is to say one doctoral school in Sciences and Health, one in Letters-Human Sciences-Communication and finally one in Sciences and Technologies.

ISC : What is the profile of the people who came out of those formations?
Since January the 1st 2016, we get 82 theses. But until today, we didn’t take stock of last year results. Nevertheless I can tell you that every year there is a lot of doctor who came out from this school. Students came from everywhere; Central Africa, Eastern Africa, from Chad, Madagascar, and I don’t forget the one who came from the area especially from Cote d’Ivoire, Togo, Mali, Benin… Doctoral studies are not a teaching problem, but a formation for and by the research.

The school seems to be unknown. What explain that?
(Laugh…) We get to the same results. That’s why we decided to lead activities like press conference, so the society can know us better. Last week we received a price, and we decided to present it to the press. That’s part of our communication. And we do that because people don’t know a lot of work is done in the university and especially in the doctoral school. It’s all about communication and I think we can challenge it.

You just have been honored in France thanks to your work called “Rain cell Africa”. What is important to know about this technology?
Firstly we have to precise something. Rain cell in Africa is an acronym in English who means estimates the rain level by… What is about this technology? Actually, a student name Ali Doumounian make a thesis about this subject. For about 10 years, we worked on laboratories about networks and communications, fiber optics… Our student had to work on the signal weakening. And by coincidence there was a program which intends to work on satellite. As we were working on telecommunication and get a background, we work on this program. The problem was to know if we could observe a waste of signal between two antennas of cell telecommunication. Thanks to that program we could find how much rain felled in an area.

Why the international community like our work?
First of all, there was an impact on the knowledge of the resource’s management, an impact on farming, and the need of drought’s and flood’s information. This technology is really helpful for dam’s feeling and weather forecast. We start in December 2011 and the first measured have been taking on July 2015.

What is the real impact for Africa and especially for the Burkina Faso?
In Burkina, 80% of the territory is covered by the cell’s network Telecel. At every moment we can get the information, as a result we can say how much it rained in such region. That’s really important for the farmer, because he have to spread at the good time.

This technology seems to intend to farmer. Yet the majority is illiterate. Will it be a handicap for it utilization?
We intend to let farmer use it as a work’s tool so we have to simplifying that. How ? We have to study. For now we’ll give information to Telecel, and people will be able to question about what is done.

What could be the cost of this technology?
(Laught…) I’m sorry. Firstly we have to study this question with professionals. We have to let the poorest people get it so everyone will be able to use it. That’s how we see it. We work for helping people not making their lives worst.

When does the product will be able to be use?
It will be able to be use soon. Thanks to our partner Telecel everything makes progress. You’ll know soon.

Is there any patent about Rain cell in Africa?
No ! A patent is a protection, nobody can use your idea without asking you, and we want to create something for the entire world. So everybody can use it and develop it. That’s the important thing about our project. Of course people who use it can quote the authors, it calls manners. For example quote Doumounian and Co isn’t hard. That’s all we ask.

Does your searching team gets any support from mobile phone company during your search?
We have to say that Telecel gave us a lot of data and that’s already a great help. We don’t ask for anything, we fund our project by ourselves.

What do you expect from the new government for your technology?
They could help us to keep our research program on. Our students don’t get any grant. They have to work for living. So it’s really hard to work on their study. If they get grants they could entirely work about their PhD. We ask for support and the authorities have to take a serious look at this. The research has to go further because it is the development’s key.

Issa Karambiri
Traduction : Simon Vermot Desroches

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