« Nouvelles du Kuntaara » de Sid-Lamine Salouka Les mots pour dire sans ambages

Romancier, nouvelliste, poète et conteur, Joseph Bakhita Sanou a été plusieurs fois lauréat de la Semaine nationale de la Culture (SNC). Dans cet écrit, celui qui est aussi conseiller pédagogique de français se penche sur Nouvelles du Kuntaara de Sid-Lamine Salouka, œuvre primée à la dernière SNC.

 Nouvelles du Kuntaara tel est le titre des sept nouvelles du recueil de 134 pages de Sid-Lamine Salouka, paru aux Editions Educ Afrique en 2014 (Ouagadougou, Burkina Faso).

D’emblée, le titre a de quoi retenir l’attention. Car à la quatrième page Kuntaara désigne la République-du-non-sens. En réalité, « /Kun-/ /-taara/ » se traduit également par « sans tête». Ce qui nous conduit naturellement à l’expression « sans tête ni queue », chose qui pique la curiosité du lecteur, même averti. Et ce, d’autant plus que le terme « kuntaara » est du dioula, et que l’auteur (qui maîtrise cette langue) sait de quoi il parle !

Sept nouvelles, c’est évidemment sept récits autonomes, allant du conte au roman, si l’on garde présent à l’esprit la définition du genre qui nous intéresse. Outre cela, il y a cette unicité du temps : la majorité des nouvelles tiennent en une journée, si l’on excepte bien sûr les retours en arrière et les anticipations des récits. Ensuite, nous avons l’unicité de lieu, par exemple, dans l’Heptaméron de Marguerite de Navarre des personnes se trouvent dans un même lieu et se racontent des histoires. Salouka, lui, procède autrement. En effet, bien que chacune des nouvelles ait sa thématique propre, toutes se déroulent dans un même pays : le Kuntaara[SS1] [SS2] . Par conséquent, toutes ces nouvelles deviennent autant d’épisodes (ou sens filmique du terme) réalisés dans ce pays imaginaire. Et quel pays imaginaire ? Certainement, l’un des pays en connaît d’Afrique de l’après Indépendance ; ce pays avec Korobo sa capitale, avec ses localités telles Posso ou Zeemtenga, avec son drapeau, avec en prime sa « kuntaara’s beer ».

C’est dire que le microcosme fictif créé par le nouvelliste n’en demeure pas moins vrai, pour ne pas dire réaliste. Ainsi, le décor est campé où évoluent des personnages appartenant à diverses catégories sociales certainement visibles au Burkina Faso ou dans d’autres pays africains. C’est le cas de « Son Altesse », un puissant gourou, et de son « loyal » chauffeur Long Bill ; c’est Djénè et Vadpoko-la-Blanche, de véritables enfers dans la paix conjugale ; c’est aussi Zulwango, bannie par son père le Goanghin Naaba pour être tombée enceinte hors mariage (« bannie, elle est, bannie, elle le restera ») ; c’est également cet ex-instituteur devenu un politicien au faîte d’une certaine gloire, et qui, par ses manœuvres démagogiques, crée un conflit entre les habitants de Zeemtenga. Dans cette scène politique, se trouve Adolf, un désabusé de la politique qui raconte ses déboires à un étudiant qui, lui, pleure le Maréchal Brakadir, un chef d’État victime d’un coup d’État. Parce que, pour lui, « c’est la fin de l’Afrique » et parce que « c’était le seul ! ». Enfin, il y a « Ces gens de bien », engagés dans une œuvre humanitaire comme dans l’accompagnement des malades du Sida. Toutefois, ce qui les préoccupe au premier chef, c’est l’argent que cela leur rapporte. C’est, affirme le narrateur, « le symbole de cette catégorie de décideurs, qui se glorifient d’être dans le « bon sida » : celui où l’on s’engraisse et se construit des villas sur la souffrance et la mort des malades ».

Bref, « Nouvelles de Kuntaara », ce sont sept nouvelles aux personnages bien campés, avec des thèmes variés qui sont autant de zooms, au sens cinématographique, sur nombre de maux qui minent le Berceau de l’humanité. De toute évidence, Salouka, qui est aussi un critique de cinéma, a su rendre cela dans ses nouvelles. Car en variant les points de vue narratifs, il a privilégié les personnages-narrateurs. Et ce procédé, somme toute maîtrisé, aboutit à ce que je nommerais de la superposition narrative, comme par exemple ces notes d’un personnage, commenté par un autre personnage –narrateur, un peu comme dans La Peste de Camus.

En somme, Salouka est à mon sens un écrivain à l’expression directe, engagée, qui use de la tonalité aussi bien badine qu’ironique, avec des images justes et des proverbes du terroir africain (plus d’une dizaine dans ces nouvelles) bien à propos. Disons avec les mots pour dire sans ambages les choses telles qu’elles sont. Du reste, une nouvelle, lorsqu’elle est bien menée, à mon sens, vous oblige à revenir sur certains de ses points pour en saisir la portée. Telles sont dans leur ensemble ces nouvelles kuntaaraises de Sid-Lamine Salouka.

Joseph Sanou
Ecrivain

« Nouvelles du Kuntaara » by Sid-Lamine Salouka: Using words to speak bluntly

Novelist, short story writer, poet and storyteller, Joseph Bakhita Sanou was several times winner of the National Culture Week NCW). In this writing, the one who is also a French pedagogical advisor examines Nouvelles du Kuntaara by Sid Lamine-Salouka, winning work at the last NCW

Nouvelles du Kuntaara is the title of the 134-pages collection of short stories by Sid Lamine Salouka, published by Educ Afrique Editions in 2014 (Ouagadougou, Burkina Faso)
From the outset, the title draws attention. At the fourth page Kuntaara means the Republic of nonsense. In reality, « / Kun- / / -taara / » also means « headless ». This leads naturally to the expression « with no head and tail » something that piques the reader’s curiosity, even if he is warned. And that, especially since the term « kuntaara » is in Dioula and the author (who masters this language) knows what he is talking about!
Seven short stories, it is obviously seven autonomous narratives, from storytelling to the novel, if one keeps in mind the definition of the genre that interests us. Besides this, there is the uniqueness of time: the majority of short stories happen in a day, if of course we except flashbacks and anticipations stories. Then, we have the uniqueness of place, for example, in the Marguerite de Navarre Heptaméron people are in one place and tell one another stories. Salouka proceeds otherwise. Indeed, although each short story has its own topic, all take place in one country: the Kuntaara [SS1] [SS2]. Therefore, all these short stories become episodes (at the cinematic sense of the term) happening in this fantasy land. And what fantasy land? Certainly, one of the post-independence African countries; this country with its capital city Korobo, with its localities such as Posso or Zeemtenga, with its flag, with the added bonus « kuntaara’s beer. »
This means that the fictional microcosm created by the novelist remains true, if not realistic. Thus, the stage is camped where the characters evolve from various social groups certainly visible in Burkina Faso and in other African countries. This is the case of « His Highness, » a powerful guru, and his « loyal » driver Long Bill; it is Djene and Vadpoko-the white, real hell in the marital peace; it is also Zulwango, banished by his father Goanghin Naaba for getting pregnant outside marriage (« banished, she is banished, and she will remain so »); it is also this former teacher who became a politician at the peak of a certain glory, and who by his demagogic maneuvers, creates a conflict between the inhabitants of Zeemtenga. In this political arena, there is Adolf, a politics-disillusioned who tells his troubles to a student who mourns Marshal Brakadir, a victim of a head of state coup. Because, for him, « this is the end of Africa » and because « he was the only one! ». Finally, there are “These good people » committed in humanitarian work like supporting AIDS patients.
However, their direct concern is the money that they will earn. The narrator says it is « the symbol of this category of decision makers who boast of being in the “right AIDS” where one fattens and built villas on the suffering and death of patients. »
In short, « les Nouvelles du Kuntaara » are seven short stories with well-drawn characters, with varied themes which are all zooms, within a cinematic sense on many ills that plague the cradle of humanity. Obviously Salouka, who is also a film critic, has captured this in his short stories. By varying the narrative points of view, he has favored the characters-narrators. And this well mastered process, leads to what I would call the narrative overlay, such as the notes of a character, commented by another character-narrator, much like La Peste by Camus.
In short, Salouka is in my view a writer with a direct, committed expression, who uses both playful and ironic tone, with appropriate pictures and sayings of the African soil (more than ten in these short stories). Let’s use words to bluntly say things as they are. Moreover, a short story, when well written, in my opinion, requires you to go over some of its points in order to grasp its scope. Such are as a whole these Kuntaara short stories by Sid Lamine-Salouka.
Joseph Sanou
Writer

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *