FEDERATION AFRICAINE DE LA CRITIQUE CINEMATOGRAPHIQUE : LE BURKINA OUT ?

La Fédération africaine de la critique cinématographique vient de tenir, du 17 au 19 décembre 2015 à Marrakech au Maroc, son 3ème Congrès d’où est sorti un nouveau bureau dans lequel l’Association des Critiques de Cinéma du Burkina Faso (l’Ascric-B) n’a aucun membre.

Un communiqué officiel de la Fédération africaine de la cinématographie cinématographique définit ainsi cette institution : « Créée à Tunis le 8 Octobre 2004 en marge des 20èmesJournées Cinématographiques de Carthage, la F.A.C.C est une organisation non gouvernementale qui regroupe des associations africaines de critiques de cinéma ainsi que des membres individuels. Elle est présente dans 33 pays sur le continent et comporte aussi des associations de la diaspora africaine en Europe.
Basée à Dakar, au Sénégal, la Fédération compte aujourd’hui plus de 350 journalistes et critiques de cinéma. Elle est dirigée par un bureau fédéral composé de sept membres. Son magazine électronique de cinéma « Africine.org » lancé en 2005, est classé aujourd’hui leader mondial (Cinémas africains et diasporas). Sa base de données couvre près de 16 000 films et offre aux visiteurs plus de 2 647 articles et analyses sur le cinéma en Afrique. »
En tant que membre fondateur de la Facc, l’Association des critiques de cinéma du Burkina Faso (Ascric-B) avait eu, durant un certain temps, un rôle prépondérant dans ladite fédération. Ainsi, Clément Tapsoba, président de l’Ascric-B, avait assumé la présidence du premier bureau de la Facc, avant d’être élu à la vice-présidence dans le deuxième bureau. Cependant, depuis plusieurs années, la Facc était en butte à des dysfonctionnements dus tant à des positionnements stratégiques des associations nationales qu’à des conflits individuels et de leadership.
Dans ce contexte, le Burkina Faso, pays hôte du plus grand festival de cinéma africain, était parti pour y jouer un rôle d’importance. Ce, d’autant plus que durant les éditions du Fespaco, la Facc organisait des ateliers de formation propices à un brassage des critiques du continent.
Cependant, identifiée pour accueillir le siège de la Facc, Ouagadougou a trainé les pieds quant à la satisfaction des doléances des critiques africains, notamment la signature d’une convention de siège avec la mise à disposition d’un bâtiment y afférent. Conséquence : Dakar, plus entreprenante, abrite aujourd’hui le siège de la fédération. D’autres incompréhensions sont nées entre la Délégation générale du Fespaco et la Facc à propos du Prix de la critique qui, dans la plupart des festivals de cinéma, est purement honorifique et n’implique aucune rémunération pécuniaire. Or, les statuts du Fespaco disposent que tout prix spécial doit s’accompagner d’espèces sonnantes et trébuchantes. Un ping-pong où l’Ascric-B a dû jouer le rôle ingrat d’arbitre. Elle est même allée plus loin en donnant dans un patriotisme de bon aloi, en défendant les positions du ministère de la Culture et du Fespaco.
Il semble que l’Ascric-B paie aujourd’hui ce positionnement par son absence dans le bureau nouvellement élu. Cela sonne comme un désaveu continental, autant pour l’association nationale du Burkina que pour le pays tout entier. Et, à l’instar de certains Algériens qui se sont inquiétés de l’absence de leur pays dans le bureau, on peut demander pourquoi « la Mecque du cinéma africain » n’a pas pu placer un de ces citoyens dans le bureau de la Facc. Ici, les arguties du type « c’est de l’alternance » ne sont pas de mise. L’équipe de l’actuel président (Justin Ouoro) a manqué de vision et de tactique. En embrayant certains conflits (même ceux qui avaient une certaine légitimité) là où s’attendait à plus de tempérance, elle s’est tout simplement aliénée certains critiques et associations nationales et apporté de l’eau au moulin de ses adversaires.
Pourtant, ce qui paraît à l’abord comme une déconvenue, est un chalenge de premier choix pour l’Ascric-B. Justin Ouoro et son équipe doivent travailler à remobiliser les troupes. Tout en faisant appel aux déçus des premiers moments, une ouverture doit être faite aux jeunes confrères. Le renforcement des capacités, tant au niveau de l’analyse de l’esthétique cinématographique que d’un management plus performant devrait être parmi les objectifs à court terme. Egalement, l’Ascric-B doit nouer des partenariats bénéfiques dans l’optique d’une critique journalistique visible et lisible au Burkina, dans un délai bref.
L’indépendance de l’association, en tant que société savante, est un autre combat. L’Ascric-B se doit de jouer rôle éminemment pédagogique pour le succès et l’honneur de la cinématographie nationale, sans pour autant relayer, de façon automatique, les positions gouvernementales, ou prétendues telles. Le but réel de certains gourous a été jusque-là de caporaliser les esprits à leur profit et gloriole personnels. Si cela arrivait de nouveau, les acteurs du cinéma burkinabè iraient à des postures et des choix artistiques nuisibles. Comme l’option faite de donner plus d’importance aux téléfilms et autres productions alimentaires au détriment du cinéma d’auteur. Saluée comme une trouvaille burkinabè par l’autorité étatique et la critique nationale à une certaine époque, cette expérience a sa part dans l’échec répété des réalisateurs burkinabè dans la conquête de l’Etalon d’or aux dernières éditions du Fespaco.
Pour l’Ascric-B, il s’agit donc d’une piqûre de rappel : les critiques burkinabè doivent faire preuve de professionnalisme et, sur le plan humain, cultiver la confraternité dans les rapports avec les critiques pris individuellement et avec les autres associations nationales. Car rien ne serait dommage que la persistance d’une telle « sanction » pour une association qui était si bien partie.
Sid-Lamine Salouka

Bureau entrant de la Fédération africaine de la critique cinématographique
– Président :Khalil DAMOUN (Maroc)
– Premier Vice-Président : Mahrez KAROUI (Tunisie)
– Deuxième Vice-Président : Yacouba SANGARE (Côte d’Ivoire)
– Secrétaire Général : Espéra DONOUVOSSI (Bénin)
– Secrétaire Général Adjoint : Fatou Kiné SENE (Sénégal)
– Trésorier général : Pélagie NG’ONANA (Cameroun)
– Chargé de la communication : Charles AYETAN (Togo)

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