Enseignement bilingue ou enseignement pour la Francophonie ?

Dr OUEDRAOGO Tiga Alain
INSS/CNRST
Tel: 00226 70 12 52 62 Mail: alainoued1@yahoo.fr
Résumé
Les choix éducatifs en matière de langues d’enseignement, s’inscrivent dans un contexte marqué par la complexité des rapports entretenus entre langue, pouvoir, développement et éducation sans pour autant construire une place réelle à ces langues aussi bien d’un point de vue législatif que scientifique Le bilinguisme au Burkina Faso d’aujourd’hui est d’amener les jeunes apprenants à apprendre le français en utilisant les langues nationales comme premier support.

Introduction
L’enseignement des langues a connu plusieurs paliers dans la marche du système éducatif burkinabè. Un bref regard à travers l’évolution du discours ces dernières années laisse présager plutôt des langues africaines au service de la francophonie et non des langues africaines au service des africains. Nous allons fonder notre analyse sur le discours au niveau international relatif à l’introduction des langues premières dans les systèmes éducatifs, nous aborderons également les caractéristiques linguistiques spécifique au Burkina Faso et nous proposerons des pistes de sortie au regard de l’évolution de sa politique éducative. Comme le mentionne si bien les Etats généraux de l’enseignement du français en Afrique subsaharienne francophone (2003) : “ La coexistence entre le français et les langues africaines, née de l’Histoire, ne doit pas se vivre en termes de “guerre des langues” mais bien en termes de solidarité et de complémentarité. Le partenariat linguistique français/langues nationales se fonde sur l’affirmation de l’égalité des langues –cultures et le refus de toute hiérarchisation dans ce domaine.”

L’introduction des langues nationales dans les systèmes éducatifs africains est une réflexion qui perdure depuis les indépendances. Pour HAMERS J.F. et BLANC M.(1983), « La langue nationale est celle qui peut avoir ou ne pas avoir un statut officiel au niveau de l’Etat mais qui est utilisée par une partie importante de la communauté sur un territoire plus ou moins étendu et peut avoir reçu une reconnaissance officielle limitée » , Un certain nombre de positions internationales, qu’elles soient relayées par des conférences ministérielles ou autres, par les instances de la Francophonie ou des Nations Unies (UNESCO), reflète la progression de ces discours et surtout leur poids sur les politiques éducatives nationales. L’engagement de la communauté internationale pour la défense de la langue maternelle semble avoir finalement constitué un vaste domaine de références décontextualisées participant ainsi à l’élaboration d’un consensus mou en faveur de l’introduction des langues nationales dans les systèmes éducatifs qui permet d’éclairer d’une certaine manière l’évolution du Burkina Faso dans la gestion politique du multilinguisme qui le caractérise, en particulier dans ses choix éducatifs.

Nous essaierons ici, ce rappel qui semble pourtant fondamental, de relever quelques étapes ayant marquées l’évolution des différents discours correspondants aux prises de position face aux langues africaines. Ainsi, nous présenterons dans un premier temps par ordre chronologique quelques rencontres internationales, séminaires, colloques ou autres ayant eu pour thème de recherche les problématiques liées à l’enseignement bilingue langues nationales/français en Afrique subsaharienne durant ces dix dernières années. Ensuite, les rencontres et publications propres à l’UNESCO seront soulignées avant de présenter l’évolution du discours de la Francophonie face à ces langues africaines.

1) Rencontres internationales :
Depuis 1947, suite à une réunion d’experts commandée par l’UNESCO pour étudier les problèmes relatifs à l’éducation de base en Afrique subsaharienne, la question de l’introduction des langues nationales au sein du système scolaire africain se pose. En conclusion du rapport de l’époque, cité dans UNESCO/bureau de Ouagadougou, (2002), nous pouvons lire : « Doit-on pour faire acquérir aux élèves les idées essentielles de la civilisation moderne se servir de leur langue maternelle ? ».

Du 5 au 9 mars 1990, s’est tenue à Jomtien en Thaïlande la Conférence mondiale sur l’éducation pour tous sous-titrée « Répondre aux besoins éducatifs ». Cette rencontre a eu énormément d’impact sur la politique éducative au Burkina puisque c’est pour répondre aux objectifs de l’éducation pour tous qui s’y étaient fixés que le pays a mis en place son plan national d’éducation. Ensuite, en 1996, s’est déroulé à Accra (Ghana) du 26 au 30 août, un séminaire panafricain sur les « problèmes et perspectives de l’utilisation des langues africaines dans les systèmes éducatifs ». A l’issue du séminaire, la déclaration d’Accra a été adoptée par les Ministres de l’Education et les représentants des ministres des dix-neuf pays présents dont le Burkina. Ce texte exprime la volonté des ministres à promouvoir les langues nationales africaines et leur utilisation dans les systèmes éducatifs africains. Il propose aussi « l’adoption sans réserve du projet d’une charte fixant l’orientation principale, les axes et les objectifs d’une politique générale, et les lignes majeures pour poursuivre la promotion et l’utilisation des langues nationales africaines dans les systèmes éducatifs » BURKINA FASO: DPLN, (2002)
Un an après, se tenait la conférence intergouvernementale des ministres sur les politiques linguistiques à Hararé. La déclaration correspondante ouligne que ses participants sont convaincus « de la nécessité et de l’urgence pour les Etats africains d’adopter des politiques précises concernant l’utilisation et le développement des langues maternelles ainsi que des langues communautaires, nationales, interafricaines et internationales ». (Ibid)
L’an 2000 est marqué quant à lui par l’organisation du forum mondial sur l’éducation à Dakar qui a rappelé la nécessité « de promouvoir l’utilisation de la langue maternelle dans l’éducation de la petite enfance, dans les premières années de l’enseignement primaire et dans la formation des adultes ; de créer un lien entre développement personnel et patrimoine culturel des apprenants ; et de renforcer la confiance en soi des apprenants ».(Ibid) La même année a eu lieu la huitième conférence des ministres africains de l’éducation en Tanzanie. Ce rassemblement a encore une fois insisté sur la nécessité de prendre en compte les langues maternelles dans l’enseignement.
Les quelques citations retenues contribuent largement à notre démonstration qui va à présent être renforcée par un rappel de l’engagement de l’UNESCO dans la défense d’un droit à l’enseignement dans sa langue maternelle.

2) L’engagement des Nations Unies :
« L’éducation est un droit fondamental de l’être humain. C’est une condition essentielle du développement durable ainsi que de la paix et de la stabilité à l’intérieur des pays et entre eux, et donc le moyen indispensable d’une participation effective à l’économie et à la vie des sociétés du XXIème siècle soumises à un processus de mondialisation rapide. La réalisation des buts de l’éducation pour tous ne saurait être différée plus longtemps. Il est possible et nécessaire de répondre aux besoins éducatifs de tous. » UNESCO- KARTHALA, (2002).
Pendant longtemps, l’UNESCO a été le seul organisme à défendre la promotion des langues africaines comme langues d’enseignement et le réseau LINGUAPAX (dont l’un des objectifs est la culture de la paix), a su témoigné de la vitalité des idéaux humanistes de cet engagement visant « à promouvoir la culture de la paix à travers l’éducation plurilingue, à tous les niveaux éducatifs, et le respect de la diversité linguistique, avec pour objectif général d’apporter une réponse linguistique spécifique aux problèmes posés par la recherche de la paix, la défense des droits de l’homme et la promotion d’une véritable éducation pour la démocratie ». UNESCO- KARTHALA, (2002).
De nombreuses conférences jalonnent cette prise de position dès 1951 en défendant la nécessité de prendre en compte les langues nationales dans l’enseignement. Nous avons choisi d’en relater ici quelques grandes étapes cités dans BURKINA FASO, (1994).
– 1951 Réunion des experts sur l’utilisation des langues vernaculaires dans l’éducation, Paris ;
– 1953 L’emploi des langues vernaculaires dans l’enseignement, rapport de l’UNESCO ;
– 1965 Conférence de Téhéran ;
– 1971 Réunion des experts sur la promotion des langues africaines comme instruments de culture et d’éducation permanente en Afrique orientale et centrale, Dar es Salaam ;
– 1975 Conférence intergouvernementale sur les politiques culturelles en Afrique : langues et traditions orales, Accra ;
– 1977 Intégration des langues africaines dans une politique d’enseignement, ACCT, UNESCO ;
– 1981 Réunion d’experts sur la définition d’une stratégie relative à la promotion des langues africaines ;
– 1997 Conférence intergouvernementale sur les politiques linguistiques en Afrique, Harare.
La lecture de ces quelques titres ainsi que l’attention portée aux dates permettent de constater l’ancienneté et la régularité de ces recherches. La nécessité d’introduire les langues nationales à l’école est donc un postulat qui traverse le champ éducatif depuis les années 50, c’est-à-dire avant même l’accès à l’indépendance politique pour certains pays d’Afrique subsaharienne comme le Burkina Faso. La permanence de ce discours ne peut être sans impact sur les représentations collectives de cette problématique. Seuls quelques textes et réunions ont été rappelés pour mémoire mais la bibliographie de l’UNESCO est bien évidemment beaucoup plus conséquente et dans ce champ de recherche leur référence constante témoigne de la crédibilité accordée à ses positions et de leur impact international. Mais cela est-il si simple ? Ne pourrions-nous pas déceler une certaine forme de rétroaction négative derrière ces évidences marquées par une idéologie de paix universelle qui en chemin est amenée à rencontrer d’autres systèmes de valeurs tels ceux défendus par la Francophonie par exemple ?

3) La Francophonie et les langues africaines:
On ne saurait proposer une définition du sujet dont il est question, sans énoncer ici les grandes étapes du discours de la Francophonie face à la problématique posée comme telle des langues nationales. Après avoir rappelé brièvement l’historique de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) et insisté sur l’impact de certains sommets sur le discours international se référant à l’introduction des langues nationales dans l’enseignement, nous remarquerons que ces positions institutionnelles ont suivi une certaine évolution allant d’une reconnaissance de la diversité linguistique à une promotion de celle-ci pour enfin prôner une dynamique (politique, nous le verrons) du partenariat linguistique.

a) Bref historique de la Francophonie :
Remarque : plutôt que de paraphraser des chronologies ou présentations officielles par nature fort précises, nous avons choisi de rapporter ici la présentation proposée par l’OIF sur son site Internet (www.francophonie.org) tout en soulignant les points pertinents pour cette étude.

« Sous l’impulsion de trois chefs d’État africains, Léopold Sédar Senghor du Sénégal, Habib Bourguiba de Tunisie, Hamani Diori du Niger et du Prince Norodom Sihanouk du Cambodge, les représentants de 21 Etats et gouvernements ont signé à Niamey, le 20 mars 1970, la Convention portant création de l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT). Nouvelle organisation intergouvernementale fondée autour du partage d’une langue commune, le français, elle est chargée de promouvoir et de diffuser les cultures de ses membres et d’intensifier la coopération culturelle et technique entre eux. La convention de Niamey indique que l’ACCT doit être l’expression d’une nouvelle solidarité et un facteur supplémentaire de rapprochement des peuples par le dialogue permanent des civilisations.
Le projet francophone a considérablement évolué depuis la création de l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT) seule organisation intergouvernementale de la Francophonie issue de la Convention de Niamey en 1970, devenue l’Agence de la Francophonie en 1995. Compte tenu de son statut intergouvernemental exclusif, il a été décidé en 1999 de retenir comme appellation d’usage : Agence intergouvernementale de la Francophonie.
Les Sommets des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage se réunissent depuis 1986 . Ils impulsent une dynamique et orientent l’action des opérateurs de la coopération francophone vers les enjeux identifiés comme prioritaires pour l’avenir de la Communauté francophone.
Afin de donner à la Francophonie sa pleine dimension politique, les chefs d’État et de gouvernement décident en 1995 à Cotonou de créer un poste de Secrétaire général, clé de voûte du système institutionnel francophone. Celui-ci est élu au Sommet de Hanoi en 1997 en la personne de M. Boutros Boutros-Ghali, ancien secrétaire général des Nations unies. En 1998, la Conférence ministérielle réunie à Bucarest a pris acte de la décision du Conseil permanent d’adopter l’appellation  » Organisation internationale de la Francophonie « .
A Beyrouth, (Liban, octobre 2002), M. Abdou Diouf, ancien Président de la république du Sénégal, est élu Secrétaire général de la Francophonie.
À Ouagadougou, en 2004, réunis en Xe Sommet, les chefs d’État et de gouvernement ont approuvé les nouvelles missions stratégiques de la Francophonie et ont pris la décision de parachever la réforme institutionnelle afin de mieux fonder la personnalité juridique de l’Organisation internationale de la Francophonie et de préciser le cadre d’exercice des attributions du Secrétaire général.
A Antananarivo, la Conférence ministérielle de la Francophonie a adopté, le 23 novembre 2005, une nouvelle  » Charte de la Francophonie  » qui donne à l’Agence de la Francophonie, l’appellation d’Organisation internationale de la Francophonie. »

Cette présentation, si succincte soit-elle, permet justement par la synthèse qui guide le propos de souligner l’évolution politique majeure des instances de la Francophonie que nous souhaitions relever. A présent, quelques dates fondamentales en ce qui concerne l’évolution du discours de la Francophonie face à l’introduction des langues nationales dans les systèmes éducatifs vont être rappelées. Ceci permettra de mettre en exergue deux temps dans cette évolution, le premier correspondant à une promotion de la diversité culturelle et linguistique, le second à la promotion d’un partenariat linguistique.

b) La Francophonie, de la coexistence au partenariat des langues :
« Le dysfonctionnement linguistique entre le milieu familial de l’enfant et l’école est tel que la scolarisation ne produit que des élèves désorientés, sans fondement culturel. La politique des langues partenaires n’aboutira que dans la prise en compte de la réalité linguistique en valorisant les langues nationales et en enseignant mieux le français. Tel est le but de l’éducation bilingue ». (2004, les journées scientifiques organisées par l’AUF)
La promotion de la diversité culturelle et linguistique par la promotion de la langue française (de 1970 à 1989) a été marquée principalement par trois rencontres. A Niamey (1970), 21 pays signent le Traité instituant l’Agence de coopération culturelle et technique, première Organisation intergouvernementale francophone. Ce Traité pose comme priorité la promotion de la langue française par « la promotion et la diffusion des cultures respectives » tout en rappelant la « relation historique entre le génie de la langue française et l’idéal d’émancipation dont elle fût et demeure le support ». Ensuite, à Maurice lors de la Conférence générale (1975), c’est « la promotion des cultures et des langues nationales » qui est avancée.
Enfin, s’effectue à Dakar lors du IIIe sommet des chefs d’États et de gouvernements ayant en commun l’usage du français (1989) un revirement puisque sont définis pour la première fois comme axes prioritaires de coopération l’éducation et la formation. Nous pouvons lire dans les Actes de ce sommet (Le projet francophone, enjeux et défis) : « Humanisme de différence, la Francophonie doit s’affirmer devant le danger mortel de l’uniformisation et de la mondialisation des cultures. L’association du français, des langues et des cultures nationales devient donc dans ce contexte un impératif majeur. »

Le partenariat quant à lui, se concrétise dans un premier temps par la mise en place en 1988 du programme Langues Africaines, Français et Développement dans l’Afrique francophone (LAFDEF) qui, soutenu par le Ministère français de la coopération et du développement et réalisé en liaison avec l’ACCT, abordait pour la première fois de manière conjointe les langues africaines ET le français ; et dans un second temps par le plan de Cotonou issu de la Conférence ministérielle de la Culture qui s’est tenue en 2001 au Bénin et qui avait été préparée par le VIIIe sommet de Moncton (1999). Lors de cette conférence, les ministres de la culture des États et gouvernements membres de l’Agence Internationale de la Francophonie ont adopté une déclaration commune sur la diversité culturelle et linguistique afin de consolider et mieux déployer les efforts en faveur du développement. Cette déclaration relatée dans le plan de Cotonou vise deux objectifs majeurs concernant cette étude : « la conception et la mise en œuvre de politiques culturelles et linguistiques » et « la consolidation du rôle de la langue française et des langues nationales partenaires en tant que vecteurs d’expression des créateurs, de développement, d’éducation, de formation, d’information, et de communication au sein du monde francophone ». C’est ici que l’ère du partenariat linguistique se concrétise encore plus : l’AIF, pour répondre à ces interpellations lance conjointement trois programmes («Le français dans la vie internationale» ; «Promotion du français et appui à son enseignement» et enfin «L’appui aux politiques linguistiques et aux langues partenaires»). Pour réaliser cette programmation, l’AIF met en place un Conseil international francophone des langues (CIFLA), seule instance du partenariat linguistique. Cette institution basée sur trois réseaux : le Réseau international du français dans le monde (RIFRAM) ; le Réseau international des langues africaines et créoles (RILAC) et le Réseau international francophone d’aménagement linguistique (RIFAL) est définie par l’Agence Internationale de la Francophonie (AIF) comme étant « son organisme de politique linguistique », les principales lignes de cette politique étant « l’utilisation du français », « le respect du plurilinguisme », et « la promotion des langues partenaires » (et non nationales).
Ce conseil est la seule instance du partenariat linguistique comme cela a déjà été souligné alors comment ne pas conclure à la dimension purement politique de cette notion ? Soulignons aussi que le CIFLA est l’héritier entre autres du Conseil international de recherche et d’étude en linguistique fondamentale et appliquée (CIRELFA).
De la recherche à la politique, de la défense de la richesse de la diversité linguistique à la mise en place d’un partenariat que nous commençons à percevoir dans sa dimension politique, le rapport aux langues africaines a su semble-t-il s’adapter aux enjeux de la mondialisation.

Nous n’avons pas souligné lors de la présentation du programme LAFDEF le lien effectué entre langues et développement dans l’intitulé du programme de recherche pour rappeler ici cette conception de la politique linguistique plaçant le partenariat des langues au centre du développement durable, position reprise et affirmée par le Xe sommet de la Francophonie qui s’est tenu à Ouagadougou (2005). Par ailleurs, un des axes prioritaires énoncés lors de cette rencontre a été la promotion de la langue française et de la diversité culturelle et linguistique. Comme si le cercle se refermait, le discours francophone (institutionnalisé) sur les langues nationales aurait-il effectué un cycle de rotation qui passait nécessairement par la notion de partenariat ? La politique des langues partenaires n’est donc pas un point de vue défendu depuis longtemps par la francophonie et la lecture des actes des derniers sommets souligne que la notion de diversité est encore bien présente, le partenariat linguistique du point de vue francophone apparaît alors comme un outil de promotion de la langue française. Mais sans ce détour par ses instances l’aurions-nous clairement perçu ?

Conclusion
L’éducation bilingue au Burkina Faso ne saurait être abordée sans, si ce n’est une compréhension, du moins une présentation, des discours internationaux auxquels elle se réfère.
Ce rappel permet de souligner deux approches bien différentes voire opposées : celle d’un humanisme porté par la reconnaissance d’une diversité dans tous les actes de citoyenneté dont l’éducation (point de vue défendu par l’UNESCO) et celle d’une nécessité de coopération non seulement culturelle mais aussi linguistique menée par la défense et la promotion de la langue française face à la mondialisation (OIF). Les choix éducatifs en matière de langues d’enseignement et de langues enseignées et donc les recherches linguistiques préalables s’inscrivent dès le départ dans un contexte ambivalent, marqué par la complexité des rapports entretenus entre langue et pouvoir d’une part, et d’autre part par ce consensus qui a progressivement construit le discours de la reconnaissance d’une place à accorder aux langues africaines dans le développement et donc dans l’éducation sans pour autant construire une place réelle à ses langues aussi bien d’un point de vue législatif que scientifique.
Le bilinguisme au Burkina Faso d’aujourd’hui est d’amener les jeunes apprenants à apprendre le français en utilisant les langues nationales comme premier support. Pour les tenants cela permet d’économiser du temps, de l’argent et du matériel. Alors beaucoup de questions restent posées : à quand un enseignement monolingue des langues nationales pour le développement ? A quand la traversée des langues nationales vers d’autres frontières linguistiques ? A quand le décollage linguistique pour le développement des pays africain ?

Bibliographie
BURKINA FASO, (1994), Les langues nationales dans les systèmes éducatifs du Burkina Faso: état des lieux et perspectives, actes du colloque organisé du 02 au 05 mars 1994 à Ouagadougou.
BURKINA FASO: DPLN, (2002), « Etude sur les expériences sous-régionales en matière d’introduction des langues nationales à l’école élémentaire » in Kuuopole D.D.(ed.).
CHAUDENSON R. et CALVETL.J., (2001) Les langues dans l’espace francophone : de la coexistence au partenariat. Paris,
HAMERS J.F. et BLANC M., (1983), Bilingualité et Bilinguisme Bruxelles Mardaga.
UNESCO/bureau de Ouagadougou, (2002,) Etude sur les langues nationales et l’éducation au Burkina Faso, Niaméogo A. (consultant).UNESCO- KARTHALA, (2002), Futurs africains, la pauvreté? Promouvoir l’autonomie et la sécurité humaine des groupes défavorisés: Bénin, Burkina, etc., Paris, Karthala.

Site Web
www.francophonie.org

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