Coton génétiquement modifié au Burkina: La société civile dans les champs des producteurs

Du 30 novembre au 3 décembre 2015, plusieurs membres d’associations de la société civile ont pris d’assaut l’ouest du pays pour s’imprégner des réalités sur le coton génétiquement modifié. L’initiative de l’association Ensemble sécurisons le Faso (ESF), avec l’appui du Forum ouvert sur la biotechnologie agricole (OFAB) Burkina Faso, a été studieuse. Elle a permis de révéler l’intérêt manifeste des caravaniers pour lever le doute ou la peur du coton génétiquement modifié que d’aucuns présentent comme un danger.
Sokoura, à 35 km sur l’axe Dédougou-Bobo, lundi 30 novembre 2015 : premier contact des visiteurs avec un producteur de coton, Soumaïla Dao, dans son champ, le soir, au coucher du soleil. Le cotonculteur est très sollicité par ces curieux du jour venus de la capitale du pays l’assaillaient par de multiples questions de toutes sortes sur son travail, ses conditions de vie, sur le coton génétiquement modifié. Il est aidé par moments par le Dr Edgar Traoré de l’INERA qui donnait de plus amples informations sur certaines questions très techniques. La nuit était pratiquement tombée quand le car repris la route pour la ville de Sya, destination finale. Le lendemain, le cap est mis sur l’axe Bobo-frontière du Mali, avec des visites inopinées à plusieurs producteurs dont les champs étaient situés en bordure de la route. Ainsi, tour à tour, les échanges se feront avec Mahamadi Soro à Dandé, Dany Kéita du village de Moribougou, pour ne citer que ceux-ci. Pas de questions taboues, les heures passent et les producteurs réagissent avec une certaine aisance et une grande disponibilité sans aucun complexe aux interrogations surprises des participants. Les visages sont enthousiastes, signe de satisfaction des explications et des témoignages donnés ou recueillis çà et là. C’est la joie et même certains caravaniers n’hésitent pas à donner coup de main en récoltant un peu de coton. De retour à Bobo, c’est au Programme coton de l’INERA Bobo que la visite et les échanges se poursuivront avec le responsable des lieux, le Dr Bazoumana Coulibaly et son staff composé, entre autres, de Denis Sanfo qui a pris une part active à l’expérimentation du coton génétiquement modifié dans notre pays dans les années 2000. La situation d’ensemble est faite sur les différentes interventions de l’Institut de recherche dans le domaine du développement des variétés conventionnelles mais aussi celles transgéniques. Puis s’en est suivi la visite de la banque de semences qui a révélé que des quantités énormes de diverses semences sont conservées à des températures extrêmement basses. Beaucoup de variétés conventionnelles ne sont pas encore utilisées. Des semences de coton à fibre rougeâtre y sont stockées comme pour dire que nos chercheurs veillent au grain. Des encouragements et félicitations leur sont adressés pour les nombreux efforts fournis.
Le dernier rendez-vous des caravaniers a eu lieu avec le Dr Esther Kargougou, responsable du laboratoire de certification de la qualité des semences de la Sofitex où 50 agents officient. Le labo bien équipé offre une possibilité à l’équipe de Dr Kargougou d’identifier les bonnes semences (OGM comme conventionnelles), les mauvaises, celles qui sont blessées, etc., au moyen d’un système d’appareillage de pointe et des tests rigoureux. Des simulations sont faites au grand bonheur des visiteurs ébahis par une telle expertise. Une satisfaction qui confirme que ce genre d’initiative mérite d’être renouvelé et ouvert à d’autres acteurs…
Cyr Payim Ouédraogo
Ce qu’ils nous ont confiés! (encadré)
Aïchata Ouédraogo de l’association Soutong-Nooma pour le développement des initiatives en milieu rural à Kongoussi (province du Bam) : « Je salue les initiateurs de cette caravane car elle a été très bénéfique. Personnellement, j’ai beaucoup appris sur les OGM en allant échanger directement avec les producteurs à la base. Cela a permis de renforcer mes connaissances sur les différents types de coton, à savoir celui conventionnel et le coton Bollgard II (OGM). Je peux désormais témoigner en toute aisance des avantages mais aussi des limites de chaque coton. J’ai pu également m’imprégner des conditions de travail des uns et des autres ainsi que de l’adhésion systématique des producteurs visités. Nous avons fait aussi le tour du Programme coton de l’INERA où nous avons découvert plusieurs types de semences conservées dans des banques et échangé avec les responsables sur le problème de la longueur de la fibre qui pose problème. Autre fait important pour moi, c’est la visite du laboratoire de certification de la qualité des semences de la Sofitex où un travail sérieux est fait pour s’assurer de la qualité des semences conventionnelles mais également transgéniques, avant que celles-ci ne parviennent aux producteurs. Cette caravane, je le réitère, a été très enrichissante ! J’ai beaucoup appris. Le doute est levé et je dirai même que la peur relève du passé, eu égard à ce qu’on a toujours entendu sur les OGM que l’on nous présentait comme quelque chose de monstrueux».

Mohamed Ouédraogo, producteur de céréales/embouche de bovins à Dio (Sourou) :
« Je suis un peu rassuré par rapport à la qualité des tourteaux car on nous avait dit que les tourteaux issus du coton génétiquement modifié étaient nocifs pour nos animaux et que même il y avait une diminution de la quantité et de la qualité des protéines (taux inférieur à la normale). C’est donc dire que je venais à cette caravane avec beaucoup d’appréhensions et de questionnements. Finalement, avec les explications des producteurs et surtout des techniciens, j’ai compris que les points relatifs à mes préoccupations n’étaient pas du tout fondés. Je pense que je n’ai pas eu tort en participant à cette visite importante. Je constate in fine que nous subissons par ignorance le poids des rumeurs. Je demande aux autorités d’améliorer la communication sur les cultures génétiquement modifiées car nous autres producteurs et même consommateurs, beaucoup croient à ce qui se raconte sur les médias. En repartant d’ici, nous pouvons également être de bons relais pour un partage sain de l’information sur les OGM produits au Burkina Faso. Je retiens que la technologie Bt est une prouesse à saluer étant donné que les avantages sont multiples pour les producteurs et tient compte de la protection de notre environnement notamment les sols ; etc. ».

Mahama Ilboudo, secrétaire général de Ensemble sécurisons le futur (ESF) :
L’association est dans le domaine alimentaire, de la biosécurité, des changements climatiques. Nous avons eu à sillonner le pays pour distribuer des semences améliorées à bien de nos producteurs. Cette caravane que nous organisons avec le soutien d’OFAB est une opportunité pour une dizaine d’associations venues de Kongoussi , de Yako, de Kombissiri, de Ouaga, du Sourou, de Tenkodogo, et une équipe de journalistes d’aller toucher du doigt les réalités du terrain. Nous sommes plus que satisfaits parce que lors de notre rencontre bilan, certains ont avoué que c’était la première fois qu’ils voyaient un cotonnier et qu’ils ont largement appris au contact des producteurs; et comme on le dit souvent la vérité appartient aux producteurs. En venant ici, on comprend que certaines rumeurs sur la nocivité du coton OGM ne sont que de l’intox. Cette sortie a permis d’avoir l’info vraie ; ce qui m’amène à dire qu’elle a été bénéfique à plusieurs titres. Les participants ont pu découvrir toutes les activités gravitant autour du coton en visitant l’INERA, la Sofitex ; maillons forts du système dans notre pays.
Nous allons répercuter toutes les informations récoltées sur le terrain car nous devons protéger et veiller sur notre filière parce que des intérêts divergents s’entrechoquent. Il nous revient chaque fois de nous référer aux bonnes sources pour ne pas déstabiliser ce fleuron qui fait vivre des milliers, voire des millions de personnes et qui apporte des devises importantes à notre pays. A la suite du coton, c’est de bonne guerre que l’on s’intéresse aussi à d’autres spéculations essentielles et vitales comme le sésame, le maïs, etc., à travers une bonne communication et promotion ».

Dr Edgar Traoré, chercheur à l’INERA : « C’est vraiment un sentiment de satisfaction comme je le disais sur le terrain ; le rôle d’OFAB est de créer un cadre d’échanges et de partage d’expériences pour une meilleure compréhension des questions liées à la biotechnologie moderne et aux organismes génétiquement modifiés. En dépit des efforts consentis pour donner l’information juste et saine sur ces technologies éprouvées, pour apporter un plus à l’agriculture africaine et pouvoir nourrir plus de gens, il se trouve toujours des imposteurs ou des gens qui voient le diable, le mal dans ces technologies. Pourtant, elles sont bien surveillées pour s’assurer que les produits sont sains pour l’homme, l’animal et notre environnement. OFAB a voulu donc éclairer cette société civile. Cette caravane fut l’opportunité pour les participants d’approcher les utilisateurs de ces technologies, de poser toutes les questions souhaitées aux producteurs de coton, aux techniciens de l’INERA et à ceux de la Sofitex à travers les agents du laboratoire de certification de la qualité des semences. Les uns et les autres se sont rendus compte eux-mêmes que le Burkina Faso est souverain dans la production de semences conventionnelles mais aussi génétiquement modifiées. Pour une fois, on n’aura pas passé le temps comme cela se fait à Ouagadougou à bourrer les gens d’informations théoriques puisque la caravane a permis à la société civile de vérifier par elle-même certaines informations qui paraissaient confuses au départ, de découvrir de nouvelles choses et d’apprendre aussi au contact d’autres acteurs ».

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